Eux

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Après j'ai grandi ...

Automne semait la pagaille sans s'en rendre compte. Depuis des semaines les autres esprits remuaient ciel et terre pour trouver une solution au souci qu'il était devenu.


Partout où il passait, il semait sa tristesse comme on semence un champ. Comme une mauvaise herbe, il était impossible aux autres saisons d'effacer les traces de son passage. Pourtant, elles avaient travaillé jour et nuit pour rendre aux plantes leur forme d'origine, mais jamais elles ne réussirent à les faire renaitre de leur cendres. Du haut de leur nuage, Été avait tenté de rendre aux fleurs leur éclat, les couleurs redevenaient vives un instant puis retrouvaient leur teinte terne et à son plus grand désarroi, ses intentions se révélaient plus néfastes qu'autre chose car souvent le changement reprenait plus radicalement. Printemps avait suivi les mêmes pas que son amie et avait tenté de redonner un souffle nouveau à la flore, sans grand succès. Hiver, plus nerveux et radical avait carrément détruit certains des buissons qui étaient devenus marrons et perdaient petit à petit toutes leurs feuilles. Il n'avait pas épargné les arbres et les plantes, partout la gèle recouvrait le paysage, ce que Été se dépêchait de faire disparaitre, il n'était pas encore l'heure de faire revêtir au monde son manteau blanc. La température baissa toutefois d'un cran.

Ils étaient déjà fatigués de passer derrière le nouvel esprit. Hiver souhaitait le détruire, l'anéantir pour de bon ce qui avait outré Printemps qui était plus douce et moins encline à la violence. Été, qui n'était pas d'accord non plus avait refusé net et cherchait sans relâche une solution. Du haut de leur nuage, l'humeur n'était pas au beau fixe.

De son côté Automne parcourait le monde. Il avait grandi de quelques centimètres et avait désormais la taille d'un gros ballon. Il s'émerveillait de voir sa planète, les lacs, les rivières, les montagnes et les longues plaines. Il avait tenté de parler à plusieurs animaux, mais ces derniers s'étaient contentés de le regarder bizarrement en rentrant la tête avant de partir se terrer à l'abri des regards. Quand le petit esprit avait croisé la route d'humains, son petit coeur très semblable à une minuscule flammèche avait bondi dans sa poitrine. Tout était magnifique à ses yeux, mais il se trimballait toujours avec une ribambelle de pensées toutes plus amères les unes que les autres, Automne se sentait perdu et abandonné. Seul l'espoir de trouver un but à son existence le gardait debout, le regard bas et la mine défaite il découvrait les pays les uns après les autres avec comme seule amie sa mélancolie, cela laissait des traces dans son sillage.

Le monde devenait froid, les arbres perdaient leurs feuilles et pleuraient l'été qui jusque-là avait réchauffé leurs écorces, les fleurs se dénudaient de leur pétales et se recroquevillaient sur elle-même en attendant le retour du soleil, les buissons perdaient leur éclat et brunissaient à vue d'œil. La terre elle-même devenait sèche, dépitée de voir le monde changé ainsi sans comprendre ce qui se passait elle avait baissé les armes et s'était endormie. Loin d'être épargnée, la faune avait également ressentie ces changements étranges. Elle qui devait encore avoir de beaux jours avant l'apparition du froid hivernal se questionnait sur ce nouveau climat. Elle voyait la vie autour d'elle s'éteindre doucement, lentement alors qu'en temps normal le passage à l'hiver était brutal. Les animaux savaient quand l'hiver allait arriver, hors là ils faisaient face à quelque chose de nouveau et ne savaient pas comment réagir. Il ne faisait pas assez chaud pour se prélasser au soleil et préparer tranquillement les réserves pour la saison blanche, et il ne faisait pas encore assez froid pour se terrer et attendre le retour du printemps. Perturbée, la faune attendait nerveusement que quelque chose ou quelqu'un les avertisse de la marche à suivre.

Malheureusement, personne ne savait quoi faire, pas mêmes les esprits qui se demandaient combien de temps allait durer ce phénomène. Hiver s'était emmuré dans un bloc de glace et boudait toutes les tentatives d'Été de le faire revenir à la raison. Il avait en horreur qu'on lui dise quoi faire et voir un nouvel esprit n'en faire qu'à sa tête et modifier la façon dont il allait entrer en scène dans quelques semaines le mettait hors de lui. Qui plus est il n'appréciait que modérément que le nouveau imite son travail, il était le seul qui pouvait éteindre le monde et faire hiberner la vie. Il s'énervait d'autant plus en remarquant le travail bâclé du petit esprit, lui au moins gelait tout sur son passage et ne laissait pas derrière lui un arrière-goût d'inachevé.
Été remarqua aussi ce drôle de travail, elle nota également cette sensation de "pas fini" ce qui la fit faire une comparaison entre Printemps et celui qu'elle nomma Automne. Tous deux avaient comme tâche cette phase de transition, ils modifiaient le temps, le décor, doucement sans précipitation, avant de laisser la saison suivante faire son oeuvre. Été, qui était sage et objective, tenta de calmer Hiver en le lui faisant remarqué, ce dernier fit tomber du brouillard sur la planète en réponse. Printemps soupira et alla auprès de son amie pour regarder l'oeuvre de la nouvelle saison en contrebas.

"Espérons qu'il arrêtera avant qu'Hiver ne descende."

Son amie lui répondit par un hochement de tête. En effet il était préférable de ne pas pousser à bout la patience de l'esprit blanc.

Automne s'arrêta au bord d'un lac et ressentit une drôle de chaleur au creux de lui. Comme un éclair de soulagement, il avait senti une bourrasque chaude d'un rose vif lui traverser la peau. Il regarda autour de lui sans comprendre, rien n'était différent, il était toujours aussi seul au sein d'une lande abandonnée par la population. Mais pourtant, il se sentait différent, il réfléchit un instant avant de reprendre sa route. Perdu dans ses pensées, il faisait le tour des choses qu'il connaissait, le nom des plantes et des fleurs, les types d'arbres qui existaient, les différents animaux qui peuplaient sa planète ... quand enfin il comprit. Un mot revenait sans cesse dans son esprit, Automne, il s'appelait Automne. Comment le savait-il ? Il n'en savait rien, mais il en avait la certitude, ce mot désignait son nom, ce qu'il était. Il sourit légèrement avant de reperdre sa bonne humeur, il ne savait toujours pas ce qu'il devait faire. Pourtant, une idée germa doucement au fond de sa petite flammèche, il sentait que quelque chose changeait et allait arriver et qui sait ? Peut-être que bientôt il aurait un peu de compagnie, c'est tout ce qu'il souhaitait.

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