5.2. La botte secrète

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La jeune femme poussa la porte vitrée et fit signe à Ben quand il la remarqua. Elle hésita à les rejoindre, peu sûre d’elle. Si elle faisait preuve d’une confiance absolue en elle quand il s’agissait de son travail, c’était bien plus difficile lorsque ce n’était pas des clients qui lui faisaient face, mais de potentiels amis. Elle avait passé une bonne soirée avec eux, la semaine précédente, mais cela ne voulait pas dire qu’ils étaient prêts à recommencer. Le sourire éclatant que lui adressa le grand brun la rassura aussitôt. Alors, elle se fraya un chemin entre les tables pour les rejoindre à la leur.

Elle n’eut pas le temps de réaliser ce qu’il se passait que Ben lui claquait déjà deux bises sur les joues, vite imité par Anis et Ilyes. Seul Matthias s’abstint et la fusilla du regard.

— C’est quoi, ça ? s’étonna Anis, lorsqu’il aperçut le casque de chantier dans son sac en toile.

— J’ai dû aller régler quelques problèmes de travaux sur un de mes immeubles, grimaça-t-elle.

Les trois hommes haussèrent un sourcil et restèrent bouche-bée. Il y avait trop d’informations chocs dans cette phrase. Régler un problème de travaux ? Elle avait l’air si fragile, ils ne l’imaginaient pas patauger dans la boue, ou grimper sur un échafaudage. Mais la chose qui les avait plongé dans cette stupeur restait la dernière partie de sa réponse. Un de mes immeubles. Combien en avait-elle, au juste ? Qui pouvait se vanter de posséder plusieurs immeubles parisiens ? Face à leur air ahuri, Léna se décida à leur expliquer son métier.

— Donc, si je résume bien, tu t’occupes d’acheter des appartements à Paris, commença Anis, l’air perdu. Tu les fais refaire à neuf et tu les revends ?

— Certains oui, sinon je les fais louer.

Ben et Ilyes hochèrent la tête, pensifs. Anis, lui, tentait de comprendre ce qui l’avait décidée à faire ce travail. Il ne comprenait pas ce qu’elle pouvait trouver d’intéressant à cela. Il s’était même toujours tenu éloigné de ce genre de personnes, qui ne pensent qu’à faire du profit. C’était à cause de gens comme elle que les loyers parisiens étaient exorbitants. Il n’était pas le seul.

— Et t’arrive à dormir la nuit ? cracha Matthias. Ça t’embête pas de te faire de la thune sur le dos des gens qui en ont pas ?

Léna haussa les épaules. Elle n’avait jamais vu les choses de cette façon. Du plus loin qu’elle se souvienne, elle avait entendu Sergueï parler de son empire immobilier, de la façon dont il voulait l’étendre. La spéculation faisait partie de son quotidien.

— On en revend beaucoup à des bailleurs sociaux, se défendit-elle.

— Ces connards sont pires que tout, rétorqua Matthias.

La jeune femme allait répliquer, loin de vouloir se laisser marcher dessus par cet homme acariâtre, qui ne lui avait laissé aucune chance dès leur première rencontre. Mais l’arrivée du serveur derrière elle l’en empêcha.

— Elle va prendre un thé au citron, commanda Ben, en lui adressant un clin d’oeil.

Léna fronça les sourcils. Ilyes éclata de rire face à sa réaction.

— C’est sa botte secrète pour draguer les jolies filles, expliqua Anis, hilare, lui aussi.

— C’est à la fois admirable, une telle mémoire, reconnut Léna. Mais c’est aussi très….

— Flippant ? pouffa Ilyes.

— Oui, exactement, rit-elle.

Ben se renfrogna et croisa les bras sur son torse, l’air boudeur. Ses amis étaient en train de compromettre toutes ses chances avec la petite blonde. Et ça les faisait rire. La jeune femme souriait, amusée par sa réaction. Elle posa une main sur son épaule et lui dit :

— T’as oublié la cuillère de miel, souffla-t-elle.

Matthias observait leur manège d’un œil. Il avait beau tourner et retourner la question dans sa tête, il ne comprenait pas ce que ses amis pouvaient trouver à cette femme. Ils semblaient tous trois s’être vite emballés à son sujet. Durant la semaine qui avait séparé les deux soirées, ils n’avaient eu de cesse de surveiller la porte, comme si elle allait entrer et les rejoindre. Il ne leur avait fallu qu’un verre pour tomber sous son charme. Lui ne laisserait pas avoir.

Il fut alors soulagé quand elle partit, après que son téléphone eûteut sonné, comme la dernière fois. Tous se demandèrent ce que pouvait bien signifier cette sonnerie, mais aucun n’osa poser la question. Elle leur adressa un sourire joyeux, jeta un billet sur la table et s’éclipsa.

— Toujours d’une amabilité folle, railla Anis, à l’intention de Matthias.

— Qu’est-ce que tu lui trouves, sérieux ? râla ce dernier, en se tournant vers Ben.

— Je sais pas, elle a l’air cool. Et elle est canon, répondit-il, avec nonchalance.

Ben esquissa un sourire espiègle. Ses amis le connaissaient bien. Il était du genre à foncer quand une femme lui plaisait. Mais Léna était bien différente de celles qu’il séduisait habituellement. Et pour une fois, elle faisait presque l’unanimité. L’avis de Matthias n’avait que peu d’importance, Ben savait qu’il n’acceptait aucune femme dans son entourage. Les rares qu’il fréquentait ne passaient qu’une nuit à ses côtés. Il ne les revoyait jamais.

— T’es relou, hein, soupira Ben. Tu parles toujours de cette Caly, comme si c’était une réponse à tout. Ça fait sept ans qu’elle t’a plaqué, mec. Faudrait que tu passes à autre chose. Et ça veut pas dire qu’elles le feront toutes.

— Caly m’a pas plaqué. On était pas ensemble, s’indigna Matthias, une grimace dégoûtée sur le visage.

— Bon allez, on va pas remettre ça sur le tapis. J’en ai marre d’entendre parler d’elle, intervint Anis. Elle va nous pourrir la vie encore combien de temps ? Elle est partie, ok. Mais comme l’a dit Ben, c’était il y a sept ans. Et ça veut pas dire que toutes les femmes du monde sont des connasses qui…

— C’est pas une connasse, souffla Ilyes, la gorge nouée. On peut arrêter de parler d’elle ? Moi, j’aimerais bien oublier.

— Je demande que ça, d’oublier, s’emporta Anis. Dis ça à cet abruti.

— Vous cassez les couilles, grogna Ben. Est-ce qu’il pourrait y avoir un automne, où vous ne parlez pas de cette meuf dès que vous en avez l’occasion ? Ça devient lourd.

Le grand brun termina son verre et s’en alla, sans un regard pour eux. Tous les ans, depuis qu’il les connaissait, il devait supporter leur mauvaise humeur à l’approche du mois de novembre, sans même savoir ce qu’il s’était passé avec cette femme fantomatique.

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