2.

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Alex s’installa dans son canapé, trop nerveuse pour dormir dans l’immédiat. Elle ôta ses chaussures, libéra ses cheveux et posa ses pieds sur la table basse. Tête en arrière, nuque calée contre le dossier, elle s’efforça de détendre chacun de ses muscles, lentement, progressivement. Évacuer la tension, ne pas se laisser submerger par les sensations éprouvées ces dernières heures, excitation, peur, frustration. Un exercice maîtrisé, répété dès que nécessaire afin de reprendre le contrôle et maintenir un maximum d’objectivité. La jeune femme émergea petit à petit de cette demi-torpeur, tendit un bras, attrapa son ordinateur et l’ouvrit. Quitte à rester éveillée, autant consigner les événements obtenus cette nuit.

Lorsqu’elle avait entendu, sur la fréquence de la police, le signalement de la querelle de voisinage, elle n’y avait pas accordé beaucoup d’importance. Les messages filaient comme un fond sonore auquel elle prêtait une oreille distraite. Alors qu’elle achevait son travail du soir, deux appels la poussèrent à augmenter le volume. Rien de concret, juste une intuition. Elle se concentra sur la conversation, prit des notes et saisit son téléphone. Elle pressentait quelque chose, encore floue et fondée sur des présomptions trop minces, mais son instinct lui soufflait de creuser. Deux incidents, seulement une heure après un premier cas, les trois impliquant un jeune dans une agression et un comportement anormal du suspect, troubles du comportement, état de choc. Plus qu’une coïncidence. Des blancs subsistaient, il lui fallait des détails, notamment sur cette histoire de violence domestique. Une heure et trois coups de fil lui fournirent une première réponse. Avoir d’anciens patients flics éparpillés dans tous les commissariats de Paris s’avérait utile.

Un homme d’une trentaine d’années avait agressé sa compagne et présentait une « attitude étrange ». Sans précision sur celle-ci. Au cours de la soirée, il se serait rué sur elle, avec rage, et s’était effondré, inconscient, tout de suite après. Par chance la femme s’en tirait avec des contusions seulement. Un policier au standard lui apprit qu’un psychiatre avait été requis pour une évaluation, suite à des propos confus et des troubles de la mémoire. Le troisième cas se situait dans un cybercafé, un client avait attaqué la personne assise à côté de lui pour un motif futile. La victime s’était défendue et avait causé autant de dommages que l’agresseur. Blessé et incohérent, l’homme se trouvait à l’hôpital. Pris séparément, des faits anodins, violents, mais considérés comme une routine. Trois points la tracassaient, la concomitance des actes, leur contexte et surtout l’état des suspects.

Sans plus d’hésitation, elle s’était préparée, tenue correcte, mise impeccable et avait débarqué au commissariat. Elle obtint, de la dispatcheuse, les derniers éléments de l’enquête et comptait bien rencontrer le prévenu. Manque de bol, l’inspecteur Sam Derty était sur l’affaire, ce qui lui compliquerait sérieusement la tâche. Il ne l’aimait pas, pas plus elle que son travail, méprisait son rôle auprès des policiers et ne le cachait pas. Elle n’ignorait pas la raison de cette animosité, et même en le sachant, elle ne pourrait l’atténuer que s’il y mettait du sien. Ce qui ne figurait pas au programme. Peu importait. Ce n’était pas le charmant inspecteur rigide qui entraverait ses recherches. Surtout qu’Alex avait l’aval du commissaire, il devrait s’y soumettre. Son rôle n’était pas à proprement parler nouveau, d’autres psychologues officiaient avec la police judiciaire, mais elle avait opté pour une installation à demeure. Elle était persuadée que côtoyer tous les jours l’équipe, partager leur quotidien, intervenir même dans des affaires qui, a priori, ne requerraient pas sa présence apporterait autant aux policiers qu’à sa profession. Elle fournissait un nouvel angle à leur travail et elle était déterminée à faire ses preuves.

L’inspecteur Sam Derty l’avait dédaignée, fait habituel, mais contre toute attente l’évocation de cas similaires avait suscité un léger intérêt. Malgré lui, certes. Mais il était curieux et perfectionniste, de quoi permettre à Alex de s'expliquer. Elle détailla les grandes lignes des deux autres affaires et surtout mit en avant toutes les questions sur lesquelles il serait intéressant de se pencher : y avait-il des antécédents judiciaires ou psychiatriques, avait-on retrouvé sur les lieux des psychotropes ou de l’alcool et enfin, la plus importante, ces trois jeunes hommes se connaissaient-ils ? Sam l’écouta, le visage figé. Une fois le récit achevé, il se racla la gorge et prit une longue inspiration.

— Dites-moi une chose. Si je réponds à toutes ces questions et si j’établis un lien entre ces hommes, à quoi cela mènera-t-il ? Et je dis bien, si j’accepte de faire tout ça.

— À comprendre ce qui s’est passé, à comprendre ces garçons, s’exclama Alex, déstabilisée par la remarque.

— Mais ça n’entre en rien dans le cadre des enquêtes, vous êtes d’accord ? Il ne s’agit que de recherches supplémentaires utiles à votre travail et non au mien.

Sam avait lancé son verdict d’une voix placide, ce qui achevait d’agacer Alex.

— Nous poursuivons un objectif similaire, voyons ! Comprendre, c’est prévenir ! Et on ne sait jamais ce que vous pourrez découvrir !

— Quoi donc ? De la manipulation mentale, qu’ils appartiennent tous à une secte ? énonça-t-il froidement.

Elle fulminait même si elle était consciente que perdre son calme ne servait à rien. Surtout face à un type qui gardait son sang-froid en toute circonstance, qui ne laissait rien transparaitre, comme en ce moment. On ne percevait ni colère ni ennui. Elle se sentait trop vulnérable à s’afficher ainsi. Le silence entre eux s’étira, chacun jaugeant l’autre.

— Très bien, reprit-elle avec plus de sérénité. L’usage de drogue donnerait des circonstances atténuantes, tout comme un passif psychiatrique et orienterait la peine, voire une piste pour un traitement. J'admets que la dernière question est un caillou jeté en l’air. Ça n’apportera certainement rien. Cela vous satisfait-il ?

Aucune réaction, aucun mot. Sam avait rompu le contact, s’était levé, avait mis son manteau et, sac en main, avait murmuré :

— Je vous chercherai ces renseignements demain. Il est tard, bonne nuit.

Une heure et demi après, de retour chez elle, Alex était toujours incapable de dire s’il accordait du crédit à ses paroles ou s’il avait accepté pour se débarrasser d’elle. Le résultat était le même. Après sa matinée hebdomadaire à l’hôpital prévue le lendemain, elle récupèrerait ces informations.

À huit heures, Alex pénétrait dans la salle d’attente déjà bondée des urgences. La fatigue pesante de la soirée se dissipa dans les vapeurs de désinfectant et la satisfaction d’apporter une aide concrète à des personnes en détresse. Elle aimait ces demi-journées, immergée dans la frénésie de ce service. Ici, elle était la bienvenue, soulageait l’équipe, les patients, même à la marge de leurs problèmes. Les soignants n’hésitaient pas à se confier à elle, ou à lui indiquer des malades dont l’état pourrait nécessiter son intervention, en dehors de la lourdeur administrative et de la pression de l’hôpital. Docteur en psychologie, Alex n’avait aucune fonction officielle et aucun pouvoir réel dans ces locaux. Seules ses recherches justifiaient sa présence, une participation annexe par rapport à l’activité habituelle, mais qui, au fil des semaines, avait trouvé un équilibre. Écouter, s’intéresser, accorder du temps.

Elle agissait de même au commissariat où elle devait essuyer la méfiance, le dédain des policiers et des suspects. Malgré la détresse imprimée dans les murs des urgences, seuls des sourires et une lueur de soulagement accueillaient son arrivée. Elle s’asseyait au chevet de patients, en attente de soins ou d’une hospitalisation, elle prenait place dans cette salle d’attente anxiogène et parlait avec les familles, ou prenait une pause avec les aides-soignants. Les médecins ne considéraient pas toujours ses déambulations d’un bon œil, elle ne soignait pas, ne délivrait aucun traitement, encombrait presque. Ils s’y étaient faits, l’ignoraient tout simplement.

Après avoir salué l’équipe à l’accueil, la jeune femme franchit les portes battantes et s’engagea dans le couloir des soins. Tous les box étaient occupés, constata-t-elle. La nuit avait été agitée ici aussi. Elle pénétra dans la salle de repos des soignants et entama son rituel. Trois heures plus tard, elle avait vu cinq patients, dont deux avaient juste envie de discuter, et rassuré une infirmière à la limite de l’explosion. Au détour d’un couloir, elle croisa Louis, infirmier aux urgences depuis cinq années. Le jeune homme, sourire aux lèvres, affichait la fatigue habituelle d’un travail nocturne. Alex l’aimait bien, il était toujours doux avec les malades, patient avec les cas compliqués et humain malgré le stress et les longues heures de service.

— Alex ! s’écria-t-il. On n’a pas réussi à se voir de la matinée !

— Je sais bien que tu te cachais dans un coin avec une jolie fille, s’amusa la psy.

— Si seulement ! J’ai fini ma journée, enfin il y a deux heures maintenant. Un café ? proposa-t-il.

Blond, au visage juvénile, Louis Flisch consacrait sa vie aux urgences. Pas de famille, pas d’attache, il enchaînait les heures et figurait parmi les premiers à diriger Alex vers des patients.

— La nuit a été longue ? s’enquit-elle, tasse en main.

— Elles le sont toutes.

Aucune rancune, aucune résignation dans ses propos. Il affichait en permanence de l’enthousiasme, le même entrain, à la fin comme au début de son service.

— J’ai passé une bonne partie de la matinée avec un vieux monsieur un peu perdu.

— Motif de sa venue ?

Alex comprit qu’il demandait sa présence auprès de ce patient. Sa technique était toujours la même. Il exposait un cas et finissait par lui suggérer avec une douce ingénuité d’aller lui parler.

— Il a été admis pour une tension trop élevée, tachycardie et un peu de fièvre. Rien d’alarmant en soi, mais il a 90 ans, son aide-soignante à domicile a préféré ne pas prendre de risque.

— Qu'ont trouvé les médecins ?

On soignait le corps avant l’esprit. Alex comme tous les psychiatres ou psychologues n’était que la deuxième ligne.

— Rien. Une batterie de tests et un bilan sanguin ont été effectués. Ils imputent ces symptômes à de l’anxiété et vont le renvoyer chez lui. Je lui ai parlé un peu, j’ai eu l’impression que ça lui faisait du bien.

Ça leur faisait toujours du bien. Louis s’intéressait réellement à ses patients, au-delà des raisons physiques de leur présence aux urgences.

—Tu peux aller le voir avant qu’il sorte ?

— Bien sûr, affirma Alex.

N’était-ce pas pour ça qu’elle venait toutes les semaines ? Box 4, dernière visite de la matinée. Le vieil homme, allongé sur le brancard, offrait un visage livide, des tics nerveux parcouraient ses doigts. De sa main libre, il se grattait sans cesse la joue, puis le bras immobilisé par la perfusion et recommençait son manège. Les jambes se frottaient l’une contre l’autre provoquant le bruissement du drap de papier qui les recouvrait. Alex s’approcha, se présenta et s’installa à ses côtés.

— Vous êtes là parce qu’ils croient que je suis fou ou sénile ? demanda-t-il d’une voix caverneuse.

— Je rends visite à beaucoup de patients. Certains veulent me parler, d’autres non. Je ne pose aucun diagnostic. Je sais que venir aux urgences engendre beaucoup de stress, l’attente, l’incertitude et puis l’équipe est parfois débordée.

— Ils ont dit que je n’avais rien. Une santé de jeune homme ! ricana-t-il.

— Vous vous sentez comment ?

— Un peu tendu, c’est vrai. J’aimerais rentrer chez moi.

— Vous avez de la famille qui vient vous chercher ?

— Ma petite-fille doit arriver. Elle est très inquiète pourtant je lui ai dit que c’était juste un petit coup de fatigue. Hélène, mon aide-soignante, s’est inquiétée pour rien.

— Il vaut mieux prévenir. Elle a bien fait de vous emmener si elle était soucieuse. Vous vivez seul ?

— Oui, j’ai perdu ma femme, il y a dix ans maintenant.

Sa voix n’était plus qu’un murmure.

— Vous recevez un peu de visite ?

— Hélène vient tous les jours, le médecin de temps en temps et puis, Carla, ma petite aide-ménagère.

— C’est bien, ça doit vous soulager. Vous vous entendez bien avec eux ?

— Ça égaie un peu mon quotidien. Même si je suis conscient d’être un poids pour eux. Ils ont mieux à faire que de s’occuper d’un croulant comme moi.

— Ne dites pas ça, je suis certaine qu’ils sont ravis de passer du temps avec vous.

Qu’il était dur d’affronter la solitude de la vieillesse. Alex savait à quel point leurs journées étaient difficiles, faites de petites routines et de beaucoup d’attente.

— Pour certains peut-être. Pour d’autres, c’est leur métier. Mais c’est vrai que ça me fait du bien. Prenez Carla, c’est une boule d’énergie, toujours avec des histoires rocambolesques.

Son sourire à l’évocation de la jeune femme s’évanouit soudain et ses doigts s’agitèrent de nouveau.

— Sauf ces derniers jours. Hier, elle était nerveuse, elle a même cassé une lampe. Celle du buffet qui avait résisté à trente ans de vie.

— Vous savez ce qui l’a perturbée ?

— J’ai essayé de lui demander, mais elle a esquivé et m’a évité tout le reste de la matinée. J’ai beau être vieux, je ne suis pas aveugle.

Le tressautement des jambes s’accentua, visiblement cet épisode le marquait.

— Ça a l’air de vous contrarier de la voir ainsi ?

Il leva des yeux étonnés vers elle et immobilisa sa main.

— Je ne sais pas. Je suis un peu dépassé par les jeunes aujourd’hui. J’ai peut-être fait ou dit quelque chose. C’est vrai que parfois elle me parle de sa vie, me demande des conseils. Je n’aurais peut-être pas dû.

— Vous n’avez certainement rien fait de mal, pas intentionnellement en tout cas. Elle était distraite, ça ira mieux la prochaine fois.

— Oui, elle avait la tête ailleurs, regardait sans cesse son téléphone. Vous avez raison, reprit-il après une pause, ça n’a rien à voir avec moi. Elle ne serait pas dans tout ses états à cause d’un vieillard cacochyme.

Louis entra dans la pièce, empêchant Alex de réagir. Le jeune homme vérifia une dernière fois les constantes du vieil homme et enleva la perf. Pressée de libérer le box, l’équipe médicale ne voulait pas prolonger le séjour d’un patient sans pathologie manifeste.

— Et bien Monsieur, tout est rentré dans l’ordre. Une tension de jeune homme et un cœur de sportif ! sourit-il. Vous allez pouvoir rentrer.

— Et vous docteur, votre conclusion ? Je perds la boule ? s’adressa l’homme à Alex.

— Je ne suis venue que pour discuter et vous semblez vous porter comme un charme. Vous vous faites du souci pour votre entourage, c’est tout. Prenez soin de vous, souffla-t-elle en sortant de la chambre.

Louis la rejoint immédiatement, le regard inquiet.

— Alors, t’en penses quoi ?

— Je ne l’ai pas vu longtemps, mais de prime abord, il a l’air juste contrarié et anxieux. Il se sait dépendant des autres et lorsqu’il voit son entourage en proie à des problèmes, il se sent coupable.

— Coupable ?

— Il a peur que ça vienne de lui, d’être un fardeau ou de se retrouver seul. Son aide-ménagère montrait des signes de tension et de stress, elle a peut-être un souci et lui l’a pris pour lui. Puis a somatisé tout ça. C’est trop tôt pour affirmer quoi que ce soit, mais ça ressemble à de l’angoisse. Parler semble lui avoir fait du bien. Je l’ai encouragé à poursuivre sur cette voie.

— D’accord. Tu me soulages et c’est vrai que ses constantes sont normales. Bon, je boucle et rentre enfin chez moi.

— Repose-toi bien et à la semaine prochaine Louis.

Alex observa l’infirmier s’éloigner dans le couloir. Il vivait pour ses patients, ressentait leur peine, leur douleur. Elle se demanda combien de temps il pourrait tenir ainsi. Une empathie trop profonde vous tuait à petit feu. Elle en savait quelque chose.

La psy souffla, à la fois rassurée sur l’état du vieil homme et songeuse sur le degré d’anxiété et ses manifestations pour une broutille. Elle aurait voulu parler à cette Carla ou à l’aide-soignante, pour dresser un tableau plus complet du personnage. Mais elle s’éloignait de son objectif et de ses préoccupations immédiates. Elle devait se rendre à son bureau où, elle l’espérait, Derty aurait les informations souhaitées.

En frappant au bureau de l’inspecteur, elle s’attendait à un accueil glacial, voire exaspéré. Elle ne fut pas déçue. Derty leva les yeux vers elle, serra imperceptiblement les mâchoires comme pour retenir une réflexion et lui tendit un mince dossier.

— Voilà vos infos.

— Et ? l’interrogea-t-elle avec un grand sourire.

Face à l’hostilité, le mieux était l’indifférence. Si le policier avait estimé que ces questions étaient une perte de temps, il n’aurait rien entrepris. Or, il avait recueilli ces renseignements et même il les avait soigneusement compilés. La voyant s’installer, il souffla et planta son regard dans le sien.

— Et quoi ? répéta-t-il.

— Écoutez, je sais que vous n’avez pas beaucoup de considération pour ma profession…

— Ce n’est pas ça, la coupa Sam.

— C’est quoi alors ?

Mal à l’aise, il n’avait visiblement pas envie de s’expliquer ou de justifier. Lui laissait-elle le choix ? Alex prenait les conflits à bras le corps, refusant de se terrer dans le silence.

— Dites-moi, ordonna-t-elle.

— Vous n’êtes pas flic. Vous jouez à l’enquêteur et je n’ai pas besoin de ça.

Indépendant, secret et refusant toute attache. Oui, elle l’avait bien cerné. Travailler avec elle, supposait exposer ses idées, ses pensées et il les gardait jalousement pour lui. Sauf que son expérience lui montrait que se confronter à autrui apportait aussi beaucoup. Elle ne désirait pas qu’il change de caractère, juste qu’il travaille en équipe.

— Je ne joue pas, reprit-elle d’une voix calme. Je peux apporter une aide différente, si tant est qu’on m’en laisse l’occasion. Je n’interfère en rien dans vos décisions ou votre travail. J’apporte un nouvel éclairage ou des questions qui sortent du champ habituel. Je ne suis pas là pour vous étudier vous ou vos collègues, ou pour vous forcer à vous confier, si c’est ce qui vous inquiète.

— Je l’ai compris. Même si c’est inscrit dans vos gènes que de nous passer à la loupe. Je suis méfiant, je l’admets. Je n’ai pas envie que l’on vienne me dire comment faire mon travail. Ou qu’on me décortique.

Il se cala dans son fauteuil et sembla réfléchir à ses propos. Cet homme représentait une énigme qu’elle aurait aimé résoudre, c’était vrai. Tantôt distant, tantôt sincère. Comme là. Elle possédait certaines pièces, plus qu’il ne l’aurait voulu, mais pas toutes.

— Très bien, lança-t-il telle une conclusion à ses pensées. Nous sommes partis sur de mauvaises bases. Je dois reconnaitre que sur ce coup, vous avez eu de l’intuition.

Il la fit taire d’un geste alors qu’elle s’apprêtait à répliquer.

— Mais fixons les règles d’abord. Je mène la danse. Je décide des directions à prendre et des conclusions à tirer. J’accepte de discuter avec vous et d’entendre votre éclairage. Mais c’est tout, est-ce clair ?

C’était un début. Pas à proprement parler une collaboration comme elle l’avait espéré.

— On ne peut plus clair, affirma la jeune femme.

— Bien.

Il ne dirait rien, le fourbe !

— Et alors, cette intuition ? insista-t-elle. Qu’avez-vous découvert ?

— Rien.

— Mais je croyais…

— Aucun antécédent psy, pas de traces de drogue ou d’alcool dans les trois cas.

Elle acquiesça, curieuse de la suite.

— Chacun des suspects montre un état de choc accompagné de migraines, d’une amnésie et d’une foule d’autres symptômes mineurs.

— Et le possible lien entre eux ?

Derty plissa les yeux, posa ses coudes sur le bureau et lui demanda.

— Comment avez-vous su qu’il y en avait un ?

— Une intuition, vous l’avez dit vous-même. Alors ?

— Ils jouaient tous à un jeu vidéo juste avant les agressions.

— Pas très concluant comme lien, rétorqua-t-elle déçue.

Sam sourit pour la première fois depuis qu’elle le côtoyait. Un sourire franc, moqueur même.

— Ce n’est pas tout. Vous aviez raison, il y a un élément qui me perturbe.

Il ménagea une pause, mettant Alex au supplice.

— Ils jouaient tous ensemble en réseau au moment des faits.

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