Ma seule amie

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"Frères humains qui après nous vivrez

N'ayez contre nous le cœur endurcis"

C'est comme ça, je crois que commence la ballade des pendus de Villon. Un beau poème. Mais faux.

Les humains n'ont jamais été frères, et ne le seront jamais. L'humanité est condamnée à se haïr elle même !

Frères humains, je vais mourir.

Mon cancer pourrait être soigné par une technologie uniquement disponible aux Etats-Unis. Mais je n'ai l'argent ni pour le voyage, ni pour payer la thérapie. Je meurs faute d'argent, comme des milliers d'autres chaque jour.

Pourquoi l'homme recherche-t-il Dieu ? Il l'a créé : l'argent est le dieu de ce monde.

C'est pour lui que des gens tuent, c'est pour lui que des gens crèvent. L'argent, messieurs-dames, est Dieu et Satan. Nous avons créé une divinité quasi-omnipotente. Soyons fiers, elle nous détruira.

Comme un virus qui nous contrôlerait à notre insu, pour nous faire faire n'importe quoi.

Frères humains, je vous regarde, perché sur le toit de mon immeuble. Dans ma main, ma seule amie verse dans ma gorge des rasades d'alcool.

Frères humains... Comme si les hommes étaient encore humains. Certes il en reste des biens, j'imagine du moins. Peut-être pas après tout...

"Le salaire de l'homme, c'est la laisse du chien", une phrase de Gaël Faye je crois. C'est marrant, parce que les hommes, ou peut-être est-ce seulement les français, passent leurs temps à appeler au boycott, et à manifester contre des grosses entreprises pour des raisons quelconques.

Eh, les gars, boycotez !

Vous seuls pouvez changer les choses. Si vous arrêtez d'acheter, vous mettrez fin à la société de consommation. C'est simple, mais pourtant personne ne se met d'accord. Vous voulez des changements, mais surtout que ce soit les autres qui les fassent.

Enfin, je m'égare. La faute de mon amie. Elle est déjà vide, d'ailleurs.

Mes bouteilles sont comme nos vies : fières est bien pleines au début, vides et sans intèret ensuite. Et pour finir je la jette dans un coin.

Frère humain, adieu ! Je n'attendrais pas que mon cancer me tue. Il y a une vingtaine de mètres jusqu'au trottoir. Si je calcule bien c'est suffisant. Mon amie empêchera ce papier de s'envoler, elle m'aura plus rendu service que vous autres.

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