III - La Mine

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Six heures. La cloche retentit, la colonne s'allonge. Quatre à quatre, nous nous rangeons les uns derrière les autres. Pioches à l'épaule, bougies au casque, on discute, on prend les nouvelles de nos congénères. Un corbeau passe, une pierre vole, les deux retombent sourdement.

« Silence ! crie le chef. »

Un lourd grincement parcourt l'air, les lourdes portes rugissent : c'est l'heure. Les gars de la première ligne lancent un long murmure, que nous imitons. Nous commençons notre descente vers les profondeurs. Une, deux. Au pas, la colonne passe le portail, pioches à l'épaule, bougies au casque. La chaleur de la mine est déjà palpable, le dur labeur est déjà devant nous.

Les flambeaux sont allumés, les wagonniers nous dépassent. Un sourd grondement nous informe que l'entrée est refermée et que notre journée commence. Nous descendons au niveau moins cinq, à environ quatre cents pieds sous terre.

Le tunnel d'accès a été creusé dans la roche il y a deçà un siècle. Cette mine, où notre compagnie est affectée, est l'une des plus productives. Chacun de nous extrait quatre-vingts livres de métal par jours, soit deux wagons, remplis à ras-bords.

L'étage où nous sommes actuellement à une superficie de trois hectares, pour une demi-douzaine de lieues de galeries. Le vacarme y est assourdissant, de par les fréquentes explosions et le martèlement continu de nos pics et burins sur la pierre, se répercutant contre les parois. Rythmées par d'entraînants chants, les compagnies de mineurs envahissent les tunnels à six heures du matin. Je ne ressortirai que ce soir, ou en cas d'évacuation.

La colonne arrive au lieu de travail et se sépare. Je retrouve mon « trou », une salle où cent guerriers pourraient tenir aisément. C'est la plus grande pièce du niveau, elle renferme un riche filon de minerai, en extraction depuis une année. Et nous ne l'exploitons qu'à deux, ceux qui nous aident habituellement sont réquisitionnés en aide aux charpentiers depuis un mois.

Un échafaudage de bois et de cordages, accroché aux murs, mène jusqu'au bas, qui est encombré de gravats. Un seul moyen de remonter la matière : un simple système de poulies et de seaux !

J'allume mes bougies et entame cette seconde descente, serin. Le travail ici est épuisant, de par l'inconfort et le manque de place total, dû à la largeur des passerelles et aux déchets de roches. Je me faufile dans une faille, que je dois élargir, où je ne passe que de profil en longeant la paroi. De l'eau qui suinte me dégouline dans le dos et les pierres m'écorchent les mains.

Je m'extirpe enfin de ce passage difficile pour atterrir dans une petite salle, où se situe mon filon. J'allume deux torches, saisi ma masse et mon burin, avant de m'agenouiller. Je dépose devant moi une petite statue de bois, représentant Ymir, notre ancêtre. Il est aux côtés de Dumathoïn, notre Dieu des Mines. Je fais une prière à eux pour m'assurer protection et prospérité, toute la durée de ce jour. C'est un rituel que chacun de nous exécute avant de se mettre au travail, avant d'entamer cette journée dans l'ombre de Tercendre.

Tandis que je range mes statuettes, des cliquetis lointains me parviennent : la mine a retrouvé toute son agitation quotidienne !

Un instant plus tard, la voix de mon compagnon de mine Adril résonne dans la pièce voisine. Je me joins à cet air, rythmé par le métal fracassant la roche !

Sous une forteresse isolée de montagne
Des richesses plus précieuses que l'or stagnent
En une terre sans joie ni liesse
Loin d'être accueillante pour l'âtre.

Dans les ténèbres souterraines du monde
En un lieu inconnu jusque-là
Attendait la richesse des rois
Que seuls pouvaient déceler les intrépides.

Ceux d'entre nous creusant assez loin
Extrayant le gromril à plein
Nulle lumière des étoiles, nulle lumière du soleil
Et toujours, nous creusions sans trêve ni répit.

Mais voilà que survinrent les peaux vertes nos ennemis
Et avec eux nos malheurs, toute joie enfuit
Nulle hache, nul marteau ne les détournant
Bouillonnant à flots noirs de sang.

Rois et thanes, voici venue l'heure de la guerre
Et les viles hordes sur nos armes pointées s'échouèrent
Mais des entrailles de la terre, une terreur inavouable
S'éveillait au fracas des combats

Des ténèbres de notre chute survenant
Une sourde terreur meurtrière nous laissâmes
Notre espoir brisé, virant à l'effroi

Chassés de nos salles et de nos foyers
Contraints par monts et par vaux d'errer
Partis à jamais, une perte si terrible
Dans la noirceur de la féroce Terre Mère !

Les dernières paroles de ce chant qui nous est cher se répercutent sur les parois, laissant place à l'incessant martèlement si typique des sous-sols de Tercendre.

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