II - Le Ravitailleur

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Dans la triste contée de Tercendre, en Behôrie du Nord, se situe un gigantesque territoire minier. Cet endroit habité du petit peuple est un haut lieu de la métallurgie. Des forges immenses des Frères Brômst aux géants haut-fourneaux des ateliers débordants de fonte, on ne voit ici qu’un paysage montagneux et noir, recouvert de suie, dont les seuls semblant d’arbres ne sont que les forêts de cheminées en briques.

Pas d’animaux, pas de nuages ni de soleil, juste un ciel de fumées et un vacarme de wagons, d’explosions et de bruits métalliques de toutes sortes. Un paradis pour les mineurs de Tercendre, les Nains Witchleins, des travailleurs de l’ombre au cœur de pierre, au corps de marbre. Petits et trapus, ils ne connaissent de cette Terre que ses profondeurs rocheuses et poussiéreuses, dont ils extraient sans relâche les minerais. Charbon, fer, cuivre, matériaux précieux et de construction, tout est bon au commerce. Toutes les semaines, des convois de marchandises, destinées à ériger de lointaines forteresses ou encore créer de sublimes bijoux, exportent les matières issues du sol de Tercendre aux quatre coins du monde.

Mais, cette semaine-ci, un arrivage bien particulier passe le portail défensif de la rivière Kaâ’l. Qui peut bien emprunter cette voie fluviale ? Des barges de bois ? Elles ne tiendraient pas même quelques minutes ! Ce cours d’eau, ou plutôt de lave, ne peut accueillir qu’un seul commerçant : Martûm-Aorh, le sombre ravitailleur des Ténèbres. Du haut de son imposante embarcation de pierre, propulsée par deux séries de grandes rames, l’Homme se tient sur le devant du navire, affichant un air des moins amicaux. Un vieillard en bord de rive croise le regard de la figure de proue : le squelette d’un nymphe Néréide. Il se pétrifie sur le coup et reste figé, transformé en pierre pure.

Je m’approche du navire accosté.

« Chargement ! j’ordonne. »

Les serviteurs du Mal descendent un à un par la passerelle, dans un silence de mort. Habillés de loques, grises et puantes, et coiffés de heaumes à cornes, ces êtres squelettiques et lents sont des plus cruels et dépourvus de toute empathie.

Une tripotée de Nains arrive, chargés de tonneaux et de barils ou conduisant de lourds chariots, remplis de caisses en bois.

Un vacarme considérable, d’armures qui s’entrechoquent, de hennissements de chevaux de traie, de rires rauques et forts, casse une certaine tranquillité. Une discrétion de travail bien propre aux Witchleins de cette région, des êtres dont la finesse et la grâce n’est plus à prouver, vu qu’elle est inexistante.

« Chef ! me lance l’un d’eux. Il reste une dizaine de tonneaux d’ém’raudes, mais ‘sont pas marqués !

- Laisse-les ici alors, et questionne Drym-Kalin, le chef des travaux miniers ! »

Il s’en retourne, ronchonnant comme à son habitude. En quelques minutes, le ravitaillement est effectué et le cor sonne. Ce son grave et puissant résonne dans toute la vallée environnante. Un vol des rares animaux s’élève alors d’un terril avoisinant. Leurs cris me rappellent l’hostilité des lieux, ces oiseaux étant de mauvais présages.

« Foutus Corbeaux ! »

L’endroit est de nouveau désert, laissant le silence réinvestir sa place. Je remonte la route pavée jusqu’à la mine Ouest, la « Mine du Dunter », où je passerais la fin de ma journée à diriger mon équipe, caché de l’air libre, enfermé sous terre, travaillant dans cette chaleur intenable et ces galeries inconfortables.

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