Chapitre I - partie 3

2 minutes de lecture

Ce soir, dans la lumière palpitante des néons, la BMW luit, et vit presque. Les tubes luminescents tracent des courbes, irisées par les épaisseurs de laques, sur les lignes de la bagnole.

Il allume une cigarette. La première bouffée n’est jamais âcre à qui l’a attendue toute la journée. La nicotine lui donne un léger vertige. La clope, geste de crémation du monde, c’est une contemplation des vanités quotidiennes dans leur petit bûcher de tabac de Virginie. Il pense en anglais « The hell with all that shit ! ».

Il pense aux liasses de billets de cinq cents balles. Dix de chaque. Elles sont là, tout près. La chouette est venue se percher sur l’armoire où se trouve le tiroir… avec les clés.

S’il veut partir maintenant, il n’a pas besoin de remonter dans la maison. Là, un vieux blouson en cuir pend à une patère, sûrement qu’il pensait s’en servir pour bricoler. Il l’aimait celui-là. Il l’enfile, pour voir ce que ça fait, les choses du passé, comme ça. C’est bien, il me va mieux aujourd’hui, se dit-il, je me suis remplumé, à l’époque j’étais un gringalet. Il ouvre la porte du garage, sans trop savoir, juste pour goûter l’air de la nuit. Quelques graviers crissent sous ses semelles sur le ciment de l’allée. La nuit est belle, bien dégagée. Tiens, je n’ai pas fermé la grille... La voie est libre, s’entend-il penser.

Les billets sont toujours là, dans le tiroir. Il jette un coup d’œil à la chouette, qui tourne la tête et plante ses yeux dans les siens. Que du noir dans le fond incertain de ses globes.

Les dix liasses pèsent un peu. Il s’assoit au volant et les pose sur le siège passager. La voiture démarre sans effort, il a soudain peur, tout s’enclenche si rapidement. Il passe la porte au pas et roule jusqu’à la grille sur le couple. Il dirige la caisse en souplesse, en maintenant le niveau sonore au minimum, pour passer en douce, sans réveiller personne, dans les rues désertes de cette banlieue cossue. Habité par une drôle de certitude, il prend son temps. Jusqu’à l’autoroute. La nuit est douce, la caisse prend son élan. Il fait monter les tours à chaque rapport, sans précipitation, sans violence, juste pour stabiliser l’accélération avant de passer la vitesse suivante sans à-coups.

Lancé dans la nuit à bonne vitesse, les roues de la béhème tournent fiévreusement sur le macadam, où défilent les bandes blanches au centre de la route, alors que les chiffres de l’odomètre basculent avec une régularité un peu folle.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Ingirum Nocte ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0