Chapitre I - partie 2 (contenu sensible)

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Bertrand n’avait pas le temps de faire pousser de telles tiges dans son jardin secret, peuplé de plantes communes qui ne demandaient que peu d’attention, et d’un maquis reculé où il ne s’aventurait plus depuis longtemps. Il était accaparé par son travail, où il s’immergeait totalement en dehors des activités domestiques, des loisirs utiles qu’il s’imposait ou des vacances que Carole organisait, dévolues à la vie de famille.

Ces dernières semaines, il allait et venait entre les différentes capitales de sa zone en Europe de l’est et les localités plus reculées où se trouvaient les usines. Tous ces voyages ajoutaient à la tension ordinaire. Le soir, Bertrand sentait le besoin de boire et tapait gentiment dans la bouteille de whisky. Il s’endormait parfois dans le salon et se réveillait au milieu de la nuit, les lumières éteintes par Carole.

Cette nuit-là il ouvrit des yeux douloureux sur la table basse et un verre esseulé, où subsistait un fond d’alcool. Tout était immobile, les objets veillaient le silence, le seul bruit était dans sa tête, un léger acouphène au sortir du sommeil. Il tituba entre les fauteuils vers la salle à manger. Il captura d’abord, du coin de l’œil, une forme sombre sur la table à dîner, qui se précisa alors que son acuité revenait. C’était une chouette, échouée là. Elle ne bougeait pas et le fixait de ces yeux sans fond, luminescents. Comment était-elle entrée ? Avait-il laissé une des baies vitrées ouverte ? Non, il se souvenait avoir fait le tour de la maison avant de se relaxer tout à l’heure. Le rapace n’avait pas du tout l’air affolé d’une bête entrée par hasard dans un habitat étranger, il toisait l’humain dans une pause hiératique. La question c’était l’oiseau qui la posait : « que fais-tu là ? ».

Bertrand se demandait comment le faire sortir. Il avait besoin d’un verre d’eau, la lourdeur du whisky se faisait sentir à ses tempes. Dans la cuisine attenante, il se désaltéra longuement et se passa un peu d’eau sur le visage, pour s’éclaircir les idées. La tête enfouie dans un linge propre, il se massait les joues et le front, espérant retrouver un peu de prise sur la situation. En se retournant par dessus son épaule il vérifia. La chouette s’était envolée. Disparue. Il n’était pas vraiment surpris, même s’il ne pouvait pas formuler d’explication rationnelle à ce qu’il venait de voir. Certain de n’avoir pas rêvé, il se coucha sans trouver le sommeil jusqu’à une heure avancée, hanté par le souvenir du regard impénétrable de l’animal.

Le lendemain Carole avait dû le réveiller laborieusement, il était resté inanimé un bon moment, lui qui était d’ordinaire si rapide à se lever. Il avait téléphoné au bureau pour recaler un rendez-vous et s’était préparé, la mousse à raser étant le meilleur remède contre un mauvais réveil. Les enfants étaient déjà partis, et, quand il sortit de la salle de bain en quelque sorte recomposé, sa femme semblait à la fois soulagée et en attente, d’une explication sûrement, qu’il ne pouvait formuler.

Elle lui caressait la joue, son bras tendu entrouvrait son peignoir, où un sein encore rond appelait le regard de Bertrand. Sans réfléchir il mit une main au creux de ses reins et l’attira à lui Il était prêt à accueillir avec simplicité un éventuel refus, non je suis déjà en retard, mais il vit ses pupilles se dilater et sa bouche s’ouvrir.

Au contact de ses lèvres, une intensité enfouie sous des strates d’habitude avait affleuré. Alors qu’il descendait dans son cou, elle lui souffla d’un murmure rauque : « prends-moi fort ! ». Il entrevit la violence qu’il avait mis inconsciemment dans sa première étreinte. Il la transporta jusqu’à la lourde table de la salle à manger, la retourna et la pressa contre le plateau épais. Il passa une jambe entre ses cuisses et glissa sa main entre ses lèvres.

Il pressait le clitoris déjà gorgé de désir, jusqu’à pénétrer l’entrée de son sexe, serrant un point autour duquel le corps de sa femme oscillait, travaillant de tous ses muscles. Ses bras tendus sur ses mains agrippées à la table, ses jambes campées sur la pointe des pieds et sa tête rejetée en arrière, Carole guidait avec son bassin les doigts de Bertrand dans les angles du plaisir.

Il bascula son buste vers l’avant, souleva le dernier pan de tissu et la pénétra d’un coup. Il attrapa ses poignets et tira sur ses bras pour s’enfoncer en elle, ébranlant à coups redoublés leurs corps soudés, sans jamais relâcher, jusqu’à la jouissance abyssale.

Carole, alors qu’ils étaient dans les spasmes de la jouissance, l’avait à sont tour sondé d’un regard profond et interrogateur, où pointait étrangement la surprise. Encore essoufflé et pantelant, il ne put s’empêcher de noter qu’ils avaient fait l’amour à l’endroit où la chouette était apparue la veille. « Comme des bêtes... » pensa-t-il avec un sourire, comme s’ils avaient touché là une vérité essentielle.

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