19 - Mia

4 minutes de lecture

Tu seras ma soumise... tout le reste n'est que bonus...

J'espère sincèrement qu'il a raison. Les ravages de mon passé me terrifient pour la première fois depuis longtemps. Je ne veux pas en souffrir encore. Je ne veux pas voir de pitié dans les yeux de Nilson. Surtout pas venant de lui. Je ne le supporterais pas.

Avant de se lever il dépose un baiser sur mes lèvres. Je lui souris mais je n'ai rien ressentis pas d'excitation ni d'envie comme les dernières fois où il m'a embrassé. Inconsciemment ma main droite se faufile sous ma chemise pour griffer les innombrables boursouflures de mon ventre. Je sens mes démons refaire leur apparition. J'ai envie d'avoir mal. Non, en réalité j'en ai besoin. C'est pour cette raison que j'ai rencontré Nilson : pour arrêter de m'autodétruire. Mais c'est plus fort que moi. Si mon maitre n'était pas dans cette pièce avec moi ; je sauterais sur un objet tranchant pour ressentir quelque chose. Pour me réanimer.

J'observe l'environnement autour de moi, je n'en ai pas eu l'occasion plus tôt. C'est une chambre rien de plus banale, un lit avec de chaque côté une commode et un bureau dans un coin. Les murs sont blancs, stériles. Il n'y a aucune décoration personnelle ; Nilson ne m'avait pas menti quand il a dit que ce n'est pas chez lui.

Un objet retient mon attention sur le bureau : un fouet. Long en cuir noir tressé, il me fascine. J'ai trouvé l'objet qui pourrait me délivrer aujourd'hui sans laisser de trace définitive. Je me lève, je veux le toucher. C'est comme si l'objet m'appelait...

- Mia ! que t'ai-je dit à notre première séance ?

Je sursaute, prise sur le fait. Je me tourne vers lui.

- Et en plus de ça tu n'as pas fait ce que je t'ai dit. Veux-tu vraiment que je sois sévère dans ma punition ?

Oui ! je veux ressentir quelque chose !

Je baisse les yeux pour lui montrer mon respect. Mais je veux une seule chose, c'est qu'il ait accès a tout mon corps lors de ma punition, je veux sentir tout mon corps vivant. Alors les mains tremblantes je dégrafe bouton par bouton mon chemisier. Je libère mes seins, puis je ferme les yeux avant de révéler mon abdomen. Je ne veux pas voir le dégout sur son visage quand il découvrira la laideur de mon corps.

- Tu n'es obligée de rien, mon chat, il me dit d'une voix douce. Je peux attendre que tu sois prête.

Pendant qu'il parle, je continue à dévoiler la partie de mon corps que je déteste tant. Je sens mes mains trembler et ne peux m'empêcher de penser à Alex, à sa micro-expression de dégout qu'il a eu pendant une milliseconde ; elle est inscrite dans ma mémoire. Elle me hante pendant mes coups de mou. Alors quoiqu'il en soit je ne veux pas voir la réaction de Nilson.

Je sens une main sur ma joue. Il s'est approché. Son odeur m'enlace. Je le sens tout autour de moi.

- Ouvre les yeux, ma belle.

J'entends la peine dans sa voix, ce qui me fend le cœur.

- Arrête, s'il te plait. C'est toujours moi, Mia votre soumise rien n'a changé depuis tout à l'heure. Alors à moins que vous n'ayez plus envie de rien, je vais m'allonger sur le lit et vous allez me punir comme c'était prévu.

Ma voix tremble. J'ai peur qu'il fasse marche arrière, qu'il ne veuille plus de moi.

- Non, regarde-moi.

Au ton de sa voix je n'ai pas d'autres choix que de faire ce qu'il m'ordonne. Je me rends compte que mes yeux sont embués, je pleure. Tandis qu'il est en face de moi, il scrute mon visage :

- Qui est ce qui t'a fait ça ?

- Je ne veux pas en parler... je murmure. Est-ce que je... je dois partir ? Je comprendrais parfaitement que... que vous n'ayez plus envie de moi. J'ai... je ne sais pas pourquoi je demande... je vais partir. Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps. Pardon...

Malgré moi, je pleure aux sanglots, ça ne veut pas s'arrêter. Je penche pour l'embrasser sur la joue et je me dépêche de déguerpir. Il ne bouge pas. Je ne comprends pas. Il m'a dit que rien ne changerait notre relation. Je me sens humiliée. Je suis dans le salon je cherche mes affaires. Je tombe sur ma jupe par terre. Je tente de l'enfiler sans difficulté. Les sanglots secouent mon corps, je n'y arrive pas. Il faut que je parte d'ici.

- Calme-toi, ma chérie.

J'arrête tout ce que je fais et je me tourne vers lui :

- Que... que je me calme ?! je hurle. Vous m'humiliez et maintenant il faut que je me calme ? Vous avez dit que rien ne changerait. Vous avez dit que je serai toujours votre soumise tant que nous étions sur la même longueur d'onde, est ce que quelque chose a changé pendant que je me déshabillais ??

- En réalité, oui... j'ai compris que je n'aurais pas dû t'approcher.

À ces paroles, mes jambes ne me tiennent plus. Je repars dans des sanglots. Il ne veut plus de moi. À ma réaction il s'empresse de dire :

- Pas à cause de tes marques... je m'en contre fiche, je t'accepte telle que tu es...

Je ne le laisse pas terminer sa phrase :

- Fais moi l'amour.

- J'en ai tant envie, tu ne peux pas imaginer, mon chat. Mais si je le fais, cela risque de te faire du mal quand tu découvriras la vérité. Je pense que ce serait mieux si on arrêtait là avant que ça n'aille trop loin. Je ne veux...

- Mais de quoi tu parles ?!?

- Enzo est mon demi-frère, il dit sans préambule.

Annotations

Recommandations

Défi
Philo Sofia
Souvent la grandeur née d'une décadence et la décadence renaît dans la grandeur. Ainsi la vie nous offre ses expériences diverses, de difficultés pour monter en compétence, d'abondance pour se rendre compte de son importance. Nous avons tendance à ne regarder que l'aspect mesurable des événements, sans considérer le fait que nous ne partons pas tous à même distance. Si celles-ci se côtoient d'aussi près, personne n'est vraiment loin de l'autre. Si nous assistons à la chute d'un semblable, dans l'inconscient, sauver quelqu'un d'autre serait potentiellement se donner des chances.
1
2
4
6
Défi
Mille Milles
En réponse au défi Scrabble 2.
4
7
7
4
Rinri11

 
Aux premières lueurs du jour, les clapotis de la source jaillissante, le chant du merle joueur et le pic métronome appellent la nymphe endormie de leur douce musique. Sur son lit de mousse odorante, elle s’étire paresseusement, membre à membre dans la fraicheur matinale. L’invitation de la forêt à glaner un déjeuner la rend enjouée, la tonnelle rabattue au-dessus de l’entrée de sa caverne est une promesse de récoltes fructueuses de baies succulentes. Le soleil timide inonde lentement la clairière de ses rayons.

Les extraits de saponaires parfumés aux fleurs de citronnier pour onguent de toilette, les pas de la nymphe sont légers sur le sentier qui la mène vers la suite de cascades en espaliers cachée au creux d’une infractuosité ; Un lagon translucide et des rochers moussus comme promontoire, elle se regarde dans le miroir de l’eau limpide, sa chevelure est nattée sur sa nuque ; Un saut de l’ange délicat fend l’eau d’un trait. Sa blondeur et sa musculature saillante se dessinent sous les reflets scintillants. Ce n’est pas une créature commune, cette nymphe aux traits délicats est faite masculine au royaume des dieux.

Empreinte d’une sérénité apaisante, clairvoyante et nourrie de bienveillance, elle est un « sage » vivant seule dans son antre de feuillages, respectée et crainte par ses semblables, marginalisée par sa différence, elle s’accommode parfaitement de la situation. Créer ou agencer des beautés offertes par la nature, la sublimer au quotidien patient de ses journées, s’enorgueillir seule de son aptitude et de ses prouesses proches de la perfection, la ravit, simplement.

Des centaures en troupeau s’ébrouent gaiment plus loin, en contrebas ; Braillards et triviaux, ils se livrent à des joutes spirituelles autant que physiques dans les remous des rapides. Leur puissance légendaire les entraine périodiquement à l’affrontement de leurs égos. Fiers et présomptueux, ils se préparent à la parade. La saison printanière s’ouvre et l’ivresse légère qu’offre la dégustation des bourgeons frais est savourée comme une friandise. Les galopades libres et sauvages les emportent par les plaines et les forêts en quête de sensations pures. Chasseurs valeureux, excessifs et indomptables, ces hommes-équidés sont composés de deux moitiés qui forment un tout terriblement animal, affolants autant qu’ils rebutent par leur franchise brute et leur masculinité portée en étendard.

Il est pourtant ici aussi des curiosités, des équidés au corps de femme naissent parfois au milieu d’une troupe. Indépendantes, altières et racées, ces athlètes chasseresses des monts et prairies manient l’arc et la flèche avec une adresse inégalée. Pleinement conscientes de leur force de caractère, elles possèdent une autorité naturelle et un aplomb tel qu’elles ne se distinguent plus des mâles que par leurs attributs. Les plus mesurées ou assagies sont toujours des guerrières redoutées mais aussi des âmes en quête d’absolu spirituel, mues par des idéaux transcendants, fondamentalement généreux. Fines observatrices de la nature, ce sont des chamanes qui perçoivent l’intrinsèque où d’autres s’arrêtent au superficiel.

Un centaure-femme à la robe baie s’aventure le long de cette rivière loin de tout clan. Le visage au vent, elle respire l’air foisonnant de parfums variés dont elle distingue chaque effluve, l’immense forêt est son jardin, mais une odeur d’agrume inconnue jusqu’alors la fait frémir de surprise et la guide jusqu’à la source cachée. Elle plonge dans l’eau qui recouvre son corps de myriades de bulles. Sa crinière ondulant dans les flots, elle boit à ses mains l’ondée fraiche.

Une apparition en contrebas, la nymphe nage jusqu’ au bord de la retenue d’eau supérieure, le visage à peine visible et s’émeut immédiatement à la vision de ce spectacle inattendu. Devant cette image féminine si pure, des cheveux sombres sur un teint diaphane, elle sourit. Les courbes de son corps voluptueux, son impudeur féminine délicatement rosée sont des caresses pour les yeux. Est-elle nymphe ? Il ne la connait pas.

La femme-centaure se sent subitement mal à l’aise, relevant la tête, son regard croise celui de la nymphe, son instinct animal la fait bondir hors de l’eau en un éclair pour se dérober à la vue de cette créature non identifiée. Le cœur bondissant dans sa poitrine, la femme-centaure cache son sein entre ses bras croisés.

La nymphe demeure stupéfaite, un centaure femelle ? Il n’en a jamais croisé jusqu’à présent. Les yeux au ciel, flottant à la surface de l’eau, la perplexité l’envahit alors que l’image envoutante de ce demi corps féminin caché par les flots ne quitte plus sa mémoire.

La femme centaure piétine sans but perdue dans ses pensées, ce qui est inhabituel. Elle ne visualise plus vraiment l’apparition de la cascade, trop fugace mais si intrigante. Son esprit curieux la conduit à rebrousser chemin dans l’espoir de croiser à nouveau la créature. Pour la première fois, elle prenait conscience de son image extérieure, sa peau de léopard, son carquois de bois dans son dos et son sac emplis d’herbes médicinales, sa stature… l’effrayerait elle ?

Elle se sent lourdaude et rustre, l’apparition éthérée semblait si fine en comparaison… Mais pourquoi s’attarder sur des détails insignifiants de l’apparence ? Evacuer ces pensées, elle secoue sa crinière trop fort, son sabot glisse subitement et la chute immédiate est suffisamment brutale pour lui occasionner la foulure d’une patte et l’empêcher de remonter à la force des autres du fond de cette ravine inconnue.

 La nymphe de son côté décide de se mettre en quête de cet être singulier entraperçu. Elle mobilise ses sens pour être guidée sur ses pas, quelle étrangeté ! elle s’aventurait peu de son territoire mais cette fois il fallait faire exception.  Arrêtée brusquement par le bruit de la chute, elle comprend vite. En avançant prudemment elle se penche au-dessus de la ravine. Quelle chance, le sort lui offre tout loisir d’observer ce quadrupède surprenant, en parcourant la crête de la cavité. Quelle délicatesse dans les traits de son visage, le rose de ses joues et ses lèvres fraises sauvages. Son corps animal taillé pour la course, ses sabots luisants, ses mains fines, ses épaules protégées par la peau de léopard signe des érudits, elle doit être sorcière ou fée.

Le centaure l’interpelle plusieurs fois maladroitement, mais la créature semble préoccupée, c’est une Hespéride mâle ! Elle avait entendu des légendes, mais cette incarnation demeure presque irréelle… Elle crie encore à l’aide, impuissante pour la première fois, contrainte d’imposer un regard, de quémander une main tendue, implorant presque jusqu’à ce que leurs regards se croisent encore et se fixent dans un seul axe.

La nymphe est perplexe, les quatre pattes sont un frein, il faudra escalader les roches abruptes, pas d’arbres solides aux alentours, nulles cordes suffisamment longues, si seulement elle était bipède… deux jambes. C’est cela… Il sent confusément qu’il faudrait recourir à la magie, mais quel sort ? une idée lui vient en tête aussitôt chassée, trop dangereuse, jamais pratiquée. Mais la créature lui inspire une tendre inclinaison.

—Je vais mourir si vous ne m’aidez pas, je sais que je suis trop lourde pour vous, il faut quérir de l’aide au plus vite.

—Il n’y a personne aux alentours, ni mes semblables, ni les vôtres, vous ne pourrez pas grimper les accotements même avec une aide extérieure.

—Allez-vous me regarder souffrir pour votre plaisir ? N’avez-vous pas de cœur ? vous êtes une créature de la forêt comme je le suis, cela ne doit pas vous laisser indifférent ?

—Vous portez le signe d’un érudit, vous maitrisez certainement la magie, je la connais aussi. Seule une formule puissante peut vous aider. Mais je ne puis en prendre la responsabilité sans votre accord.
2
3
20
5

Vous aimez lire UneHistoiree ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0