7 - Amelia

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Je me souviens du jour où je l'ai rencontré. Je me suis habillée d'une jupe noire, d'une paire de spartiates et d'un débardeur blanc. Je me suis regardée devant le miroir fière de mon accoutrement. J'ai rejoint ma mère dans le salon. Elle était splendide ; ses cheveux bruns bouclés, son visage parfait avec un minimum de maquillage. Elle portait une belle robe rouge. À cette époque, on nous prenait souvent pour des sœurs. Elle en était flattée et moi j'étais ravie de montrer ma mère, de nous savoir complices et de pouvoir la considérer comme ma meilleure amie.

En me voyant, elle m'a complimentée et j'ai fait pareil. Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas vue heureuse comme ça. Sept ans plus tôt, mon père nous a quitté et elle ne s'est jamais remise de cette perte. Moi non plus d'ailleurs, mais je me suis interdit de pleurer et m'étais toujours promis de rester forte pour maman. Et rien que pour elle.

Nous décidions de rejoindre le centre-ville de Nice en voiture. Nous vivons en dehors de cette ville. Dans la voiture j'ai décidé de mettre notre chanson préférée : une femme like You de K-maro. Sur nos sièges, nous nous dandinions au rythme de la mélodie. Arrivées au niveau de la plage, maman a baissé l'autoradio. Elle se gara et se tourna vers moi pour me dire :

- Mia, je vais te présenter un homme qui m'est cher. Il a un fils un peu plus grand que toi. J'espère vraiment que tu vas les apprécier parce que ton avis est très important à mes yeux, tu le sais ça ma chérie ?

- Oui, maman, ai-je tout simplement répondu.

Mais voilà où se situait toute mon erreur. Je n'aurais jamais dû les laisser entrer dans ma vie, dans nos vies.

Nous sommes descendues de la voiture pour aller en direction de la pizzeria, où le fameux ami de maman nous attendait. Dans le restaurant, elle s'est ruée directement vers la terrasse, l'a pris dans ses bras et l'a embrassé sur la joue. Cet inconnu semblait lui aussi heureux de voir maman. Il ne cessait de la toucher, souvent une main posée sur sa taille ou sur son épaule. Je suis restée en retrait le temps qu'elle lui dise bonjour et se présente au garçon assis à la même table. Il devait être à peine plus âgé que moi, n'avait aucune ressemblance avec son père. Il devait avoir hérité des traits de sa mère. Il était habillé d'un bermuda rose et d'un polo blanc et chaussé d'espadrilles. Il avait un bronzage qui témoignait de sa fréquentation assidue du bord de mer durant les vacances d'été. Impassible, il nous fixait et ne disait rien de plus que quelques politesses qu'il ne rendait qu'à contrecœur.

Quand maman en a eu fini avec lui, elle s'est retourné vers moi :

- Je vous présente ma fille Amelia. Amelia, je te présente Marius et son fils Enzo.

Ce fameux Marius a lâché maman et s'est empressé de me faire la bise :

- Je suis heureux de te rencontrer, ta mère n'a cessé de me parler de toi.

J'ai esquissé un sourire timide.

Je peux maintenant dire qu'à l'époque, Marius était un homme séduisant. Et je comprends pourquoi il plaisait à maman. Il était grand, un peu bedonnant et très bronzé. Comme son fils, il devait passer ses journées à lézarder au soleil . Il était drôle et ce que j'appréciais le plus c'est qu'il faisait rire maman aux éclats. J'aimais la voir ainsi.

- Et si on s'asseyait pour commander, dit Marius.

Je me suis installée en face de Enzo, à côté de maman.

En réfléchissant, je ne me souviens pas exactement des sujets que l'on a abordés pendant le repas, mais ce qui m'a frappé, c'est le mutisme du garçon en face de moi et les coups d'œil qu'il me lançait quand il pensait que je ne le remarquais pas.

Il ne m'a en aucun cas adressé la parole, seulement des réponses très courtes aux questions de maman. Et il lançait des mauvais regards à son père quand il le réprimandait. Il n'avait aucune envie d'être là, à déjeuner avec la copine de son père et sa fille. Cependant je me souviens d'avoir tout fait pour rendre le repas moins désagréable pour maman.

A la fin de ce déjeuner, nous les avons salués avant de repartir en direction de la maison. Je me souviens de la réaction de maman à ce moment-là : elle s'est mise à crier de joie en finissant par un fou rire. Je me suis joint à elle. Ma mère était une grande enfant. Toutes les émotions qu'elle vivait, elle avait besoin de les extérioriser.

- Comment as-tu trouvé Marius et Enzo ? a-t-elle demandé en démarrant la voiture.

- Marius est gentil mais Enzo est bizarre. Il est pas sympa, ai-je dit tout simplement.

Avec un peu de recul, je me rends compte que tout a été prévu dans sa tête. Depuis notre rencontre.

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riGoLaune


Je pense que je suis hantée.


On me suit, on m'écoute, on s'adapte à ce que je fais et ce que je dis sans que je le perçoive.
Des images apparaissent au grè de mes discussions, je sens une présence lourde, oppressante presque étouffante.
Je sais que d'autres la ressentent aussi.
Si j'ose en parler à voix haute, serais-je prise au sérieux ?
N'est-il pas dangereux de sentir une entité invisible autour de soi, une oreille à l'écoute ou des yeux qui nous espionnent ?

Je pense que je suis hantée et je pense que d'autres le sont aussi.
Que faire ?
Se renfermer sur soi ?
Oublier les autres et vivre recluse ?
M'adapter à cette présence ?

Pour le moment, cet hôte ne me veut aucun mal, je parviens à garder la tête froide… Je prête parfois attention à cette entité pour ne pas la froisser et je réussis pour le moment à me protéger de son influence. Je ne veux pas perdre la face.

Est-ce que cette trace c'est ma vie ?
Non, ce n'est pas possible...
Je ne peux pas être suivie et poursuivie par moi-même ?
J'ai donc bel et bien perdu la tête, c'est ça ?
Je pense que je suis hantée, je n'ose même pas coucher toutes mes inquiétudes ici, sur ce clavier de peur qu'on les voie...

Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de moi partout où je vais.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes recherches internet.
Je pense que je suis hantée, car une simple discussion amène à  une recommandation concernant ce sujet.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes comptes pour le reste de ma vie.
Quel nom donner à cette entité qui ne me lâche pas, ce « ON » perceptible et pourtant indéfinissable ?
Google ? Facebook ? Bouygues ? Samsung ? Dropbox ? Youtube ? Spotify ?


Je ne suis jamais vraiment seule. Je suis connectée. Nous sommes tous connectés. Ne sommes-nous tous pas hantés ?

__________
Une approche peut-être moins littérale pour ma part.
Merci pour ce défi.
C'est la première fois que je rédige un texte à la première personne. Un signe peut-être ?! Je n'en dirai pas plus, de peur que mon fantôme ne soit là, tout près de moi ...
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Ce jour-là, la chaleur nous avait accablé dans ce petit appartement de Saint-Malo où nous vivions avec Ange, mon petit frère insupportable et mes parents, bien trop gentils avec lui.
Ce n'était pas tous les jours rose à la maison. J'avais treize ans, ce qui en soit, expliquait mon entente plus que douteuse avec ce petit morveux qui fêtait à ce moment-là même ses huit ans. La tête dans les nuages, Ange réfléchissait à son vœu avant de souffler les bougies.
Bien entendu, il prenait soin de perdre du temps, dans le seul but que l'immonde cire bleue ne coule indubitablement sur le délicieux glaçage que j'avais fait avec maman plus tôt dans la matinée. Ange était comme ça. Le petit chouchou de la famille.
Bien que j'adorais mes parents, ils lui laissaient tout passer en permanence, et cela m'agaçait déjà au plus haut point. Capricieux et opiniâtre, cette petite tête blonde portant bien mal son prénom, en jouait chaque jour à nous en faire perdre la tête.
- Je voudrais voir des gladiateurs.
Tandis que l'affreux soufflait ses bougies, mes parents partageaient un regard bien rond, se demandant déjà comment ils pourraient faire pour combler ses désirs.
Nous étions habitués à ce genre de demande stupide. L'année passée, en guise de défi, il avait souhaité "un dragon". Mon père ne se laissait jamais abattre. Fort de solution, il lui avait offert de multiples cadeaux dont un iguane répugnant en guise de dragon, que mon frère affublait aussitôt du nom d'Hermine. Une année plus tard, je le fusillais toujours du regard à chaque fois qu'il lui parlait. Ravi de lui avoir donné mon prénom, c'était devenu un jeu de le perdre dans l'appartement pour crier sans arrêt mon nom.
Un soir papa, nous fit l'honneur de nous sortir la plus ringarde des expressions, extrêmement fier de sa proposition.
- Eurêka ! Oh Mon Dieu !
- Je sais mon fils, on va aller au Puy du Fou. Tu verras des gladiateurs.
Ange était aux anges. Moi, j'aurais donné ma chemise pour rejoindre mes congénères rongeurs, en me cachant dans un trou quelque part, loin de cette baraque.
Deux bonnes semaines plus tard, au matin du super week-end qui s'annonçait. Ma valise était posée sur mon lit, et je surprenais Ange à fouiller dedans pour me préparer un sale tour.
- Qu'est-ce que tu fais encore Morveux ?
Ange sursautait, et la tête qu'il m'adressait me fit exploser de rire, le vexant au plus haut point.
- Qu'est-ce que tu as à rire, Pauvre pomme ?
- La tête que tu viens de me faire, on aurait trop dit le lutin dans Harry Potter avec tes grandes oreilles.
Alors que j'imitais médiocrement le truc aux grands yeux qui était ami avec Harry. Mon frère plissait ses yeux à l'extrême, prêt à me démolir.
- C'est pas un lutin, pauvre Cloche, c'est un elfe de maison. Arrête de te moquer ou je vais le dire à papa.
- Tu lui expliqueras ce que tu faisais à fouiner dans ma valise comme ça. Allez dégage de là, mon pied me démange. Un de ces quatre, je vais t'envoyer direct sur l' Etoile noire, comme ça j'aurais la paix.
Les yeux bleus d'Ange brillaient intensément, relevant sans aucun doute le défi, comme d'accoutumer.
- Je reviendrais te nuire...
- Le temps que cela arrive, j'aurais changé toutes les serrures, gousse d'ail ! Rétorquais-je assez fièrement.
- Je passerais par la cheminée...
Puis nous nous mettions à rire de bon cœur, avant que je ne le vire de ma chambre. Même s'il m'était insupportable, on plaisantait pas mal et je l'aimais. Comme par magie, tous nos bagages avaient tenus dans le minuscule coffre, et nous prenions gaiement la route, Ange assit à mes côtés à l'arrière.
J'avais regardé rapidement la distance de la maison pour arriver aux Epesses, en Vendée. Environ trois heures. Nous n'étions jamais partis aussi loin de chez nous et je soufflais déjà d'impatience car j'avais horreur de la voiture.
Comme le sort à tendance à s'acharner, nous n'avions pas encore traversé Rennes, qu'Ange se sentait mal, et vomissait tripes et boyaux sur mon pantalon en lin que maman m'avait offert quelques semaines plus tôt. Je fulminais de rage.
Après nous être arrêtés, nous avions beau ouvrir les fenêtres, l'odeur ne se dissipait pas et ce n'était pas le ridicule petit sapin vert dansant au bout de la ficelle sur le rétroviseur qui allait nous sauver. Finalement, nous avions passé un super week-end. Je me rappelle que nous avions ressenti un petit pincement au cœur en revenant si brusquement dans notre appartement.
C'est pour cela que vingts ans plus tard, mon frère Ange franchit ma porte d'éntrée. Impeccablement coiffé et bien rasé, il me tend galamment son bras pour m'escorter jusqu'à ma voiture.
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