2 - Mia

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- Mia, pourrais-tu venir s'il te plait ? me demande John en entrant dans son bureau.

Je hoche la tête. Je laisse en plan ce que j'étais en train de faire et le suis. Il s'assoit à son bureau et m'invite à m'assoir devant lui. Son visage est fermé, il n'est pas comme d'habitude.

Oula ! ça sent mauvais !

- J'ai appris que tu t'es remise avec Nilson.

- Oui...

- Écoute , je ne sais pas ce qu'il se passe entre vous, mais en tant qu'amis, je voudrais que tu fasses attention et en tant que patron je ne voudrais pas que ça empiète sur le bon travail que tu fais jusqu'à maintenant. Compris ?

- Oui, John, il n'y a pas de soucis.

- Très bien tu pourrais aller me chercher un café, s'il te plait. Je n'ai pas dormi de la nuit.

Je hoche la tête, me lève pour aller à la cafeteria. Je passe devant le bureau de Bianca. Elle est au téléphone. Elle me fait signe de l'attendre. Ce que je fais, adossée contre le mur j'attends qu'elle ait terminé. Je suis un peu sonnée par l'entrevue que je viens d'avoir avec mon patron. Nilson est son ami, pourquoi il me conseil de faire attention ? Et puis ce n'est pas comme si je ne savais pas que ça ne va pas durer Nilson et moi. C'est voué à l'échec, j'en suis consciente, je me le rappelle tous les matins en me levant. Il y aura un moment où notre relation va bloquer, si ce n'est ni moi ni lui, ça viendra obligatoirement de l'extérieur. Mais notre couple ne durera pas. Et c'est en partie pour cela que je n'arrive pas à me donner à lui par peur que le lendemain ça s'arrête.

- Mayday ! Mayday ! La Terre appelle Mia ! je répète : La terre appelle Mia !

Je rigole aux âneries de mon amie.

- À quoi tu pensais ?

Nous commençons à marcher vers notre destination :

- À Nilson. Je ne sais pas trop si ça va durer. Nous deux.

- Pourquoi ça ne marcherait pas ?

Je la regarde comme si elle venait d'atterrir :

- Oh ce n'est pas comme si sa mère me détestait et que son frère est mort à cause de moi, je chuchote de peur qu'on m'entende.

- Mais tu ne m'as pas dit qu'il n'avait plus de contact avec sa famille ?

- C'est ce qu'il m'a dit mais je ne le crois pas. Je crois qu'il travaille avec sa mère, à ce que j'ai compris, même s'il ne la considère plus comme telle.

Nous arrivons à la cafeteria, elle est pratiquement vide. Nous ne rencontrons personne que nous connaissons et c'est mieux ainsi. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas parlé tranquillement à mon amie et ça me manque.

- On déjeune ensemble ?

- Ouais pourquoi pas... je préviens Nilson. Tu viendras me chercher quand tu auras fini, hein ?

- Oui pas de soucis.

Je prends le café que m'a demandé John, nous retournons chacune dans notre bureau respectif. La porte du bureau de John, habituellement entre ouverte, est fermée. C'est un signe qu'il est occupé. Je frappe à la porte et j'entends :

- Entrer.

Je m'exécute. Je retrouve mon patron avec Charles et un jeune homme à peu près mon âge. Brun, les yeux noirs et un grand sourire inscrit sur son visage. Il m'inspecte de haut en bas pour revenir à mon visage. Il se lève de son siège puis s'approche, il me tend la main. John prend la parole :

- Mia je te présente Marc, je viens de l'engager pour vous aider, Bianca et toi. Le cabinet commence à bien s'agrandir, et nous ne voudrions pas que vous soyez débordés. Marc je te présente Mia, ma secrétaire. Elle te présentera à Bianca, la secrétaire de Charles.

Je hoche la tête. Le fait que cet homme me fixe me met mal à l'aise. Je ne demande qu'une chose c'est de sortir de cette pièce. Et une chose est sûre c'est qu'il travaillera un maximum avec Bianca.

- Mia tu lui montres son bureau, celui en face du tien. Puis tu lui feras visiter les lieux. Ça ne te dérange pas ? me demande Charles

Pourquoi le sort s'acharne sur moi ?

- Euh... non... bien sûr que non.

Je n'oublie pas de poser le café sur le bureau et me presse de sortir de la pièce. Mon collègue me suit de près. Je l'emmène au bureau vide devant le mien :

- Voilà ton bureau... installe-toi, je te présenterais Bianca après.

- Très bien, il me dit un sourire en coin.

Je m'installe à ma place. Je ne fais plus attention à lui, je me cache derrière mon ordinateur pour envoyer un message à Nilson

De : Mia Roy

A : Monsieur

Ça ne te dérange pas si on déjeune pas ensemble aujourd'hui ?

La réponse ne se fait pas tarder :


De : Monsieur

A : Mia Roy

Tant que tu me rejoins à l'appartement ce soir, non. Je voudrais qu'on dine ensemble et avoir ton corps en dessert.

Tu déjeunes avec qui ?


Je suis tellement absorbée par la réponse de mon maitre que je ne remarque pas l'homme devant moi en train de me fixer :

- Qu'est-ce qui te fait rougir autant ?

Mais de quoi je me mêle ?

Je lui lance un regard noir, ce qui le fait sourire. Il m'insupporte. Je me presse de me lever :

- Suis-moi.

- Je les aime autoritaires, il commente.

Ah ! S'il savait combien il se trompe ! commente ma conscience. Je me mords la lèvre pour ne pas rire et garder tout mon sérieux.

Je sens mon téléphone dans la poche arrière de mon jean vibrer : un message de Nilson :


De : Monsieur

A : Mia Roy

Finalement, ce soir ça ne va pas être possible. J'ai un contre temps, mais viens à l'appartement je t'y rejoindrais quand j'aurais fini.

Je t'aime.


En lisant le message j'ai un pincement au cœur. Je me dépêche de répondre :


De : Mia Roy

A : Monsieur

J'espère que ce n'est pas grave. Je passerais la soirée avec Bianca, occupe-toi de ton problème, ne t'en fais pas pour moi.


Et j'envoie.


De : Monsieur

A : Mia Roy

Tu déjeunes avec qui ?


De : Mia Roy

A : Monsieur

Bianca.

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Défi
riGoLaune


Je pense que je suis hantée.


On me suit, on m'écoute, on s'adapte à ce que je fais et ce que je dis sans que je le perçoive.
Des images apparaissent au grè de mes discussions, je sens une présence lourde, oppressante presque étouffante.
Je sais que d'autres la ressentent aussi.
Si j'ose en parler à voix haute, serais-je prise au sérieux ?
N'est-il pas dangereux de sentir une entité invisible autour de soi, une oreille à l'écoute ou des yeux qui nous espionnent ?

Je pense que je suis hantée et je pense que d'autres le sont aussi.
Que faire ?
Se renfermer sur soi ?
Oublier les autres et vivre recluse ?
M'adapter à cette présence ?

Pour le moment, cet hôte ne me veut aucun mal, je parviens à garder la tête froide… Je prête parfois attention à cette entité pour ne pas la froisser et je réussis pour le moment à me protéger de son influence. Je ne veux pas perdre la face.

Est-ce que cette trace c'est ma vie ?
Non, ce n'est pas possible...
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Je pense que je suis hantée, je n'ose même pas coucher toutes mes inquiétudes ici, sur ce clavier de peur qu'on les voie...

Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de moi partout où je vais.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes recherches internet.
Je pense que je suis hantée, car une simple discussion amène à  une recommandation concernant ce sujet.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes comptes pour le reste de ma vie.
Quel nom donner à cette entité qui ne me lâche pas, ce « ON » perceptible et pourtant indéfinissable ?
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__________
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Ce n'était pas tous les jours rose à la maison. J'avais treize ans, ce qui en soit, expliquait mon entente plus que douteuse avec ce petit morveux qui fêtait à ce moment-là même ses huit ans. La tête dans les nuages, Ange réfléchissait à son vœu avant de souffler les bougies.
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Tandis que l'affreux soufflait ses bougies, mes parents partageaient un regard bien rond, se demandant déjà comment ils pourraient faire pour combler ses désirs.
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Un soir papa, nous fit l'honneur de nous sortir la plus ringarde des expressions, extrêmement fier de sa proposition.
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- Je sais mon fils, on va aller au Puy du Fou. Tu verras des gladiateurs.
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Deux bonnes semaines plus tard, au matin du super week-end qui s'annonçait. Ma valise était posée sur mon lit, et je surprenais Ange à fouiller dedans pour me préparer un sale tour.
- Qu'est-ce que tu fais encore Morveux ?
Ange sursautait, et la tête qu'il m'adressait me fit exploser de rire, le vexant au plus haut point.
- Qu'est-ce que tu as à rire, Pauvre pomme ?
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- C'est pas un lutin, pauvre Cloche, c'est un elfe de maison. Arrête de te moquer ou je vais le dire à papa.
- Tu lui expliqueras ce que tu faisais à fouiner dans ma valise comme ça. Allez dégage de là, mon pied me démange. Un de ces quatre, je vais t'envoyer direct sur l' Etoile noire, comme ça j'aurais la paix.
Les yeux bleus d'Ange brillaient intensément, relevant sans aucun doute le défi, comme d'accoutumer.
- Je reviendrais te nuire...
- Le temps que cela arrive, j'aurais changé toutes les serrures, gousse d'ail ! Rétorquais-je assez fièrement.
- Je passerais par la cheminée...
Puis nous nous mettions à rire de bon cœur, avant que je ne le vire de ma chambre. Même s'il m'était insupportable, on plaisantait pas mal et je l'aimais. Comme par magie, tous nos bagages avaient tenus dans le minuscule coffre, et nous prenions gaiement la route, Ange assit à mes côtés à l'arrière.
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