20 - Mia

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C'est le frère de Enzo... Non ce n'est pas possible. C'est une blague ! Pourquoi je ne l'ai pas reconnu ? Pourquoi je ne me suis pas souvenue de son prénom ? Je ne l'ai jamais vu mais Marius ne cessait de parler de lui. Je m'en veux, je me suis fait avoir. Je pars à la recherche de mon téléphone dans mon sac... Mon sac ? Mince, je l'ai oublié chez lui et ma veste avec. Je dois revenir, j'en ai besoin. Sans, je ne peux ni payer un taxi ni appeler Bianca.

Non, je marcherais et tant pis si je prends froid ou que mon chez moi est à dix bornes d'ici. Je ne reviendrai pas vers lui. Depuis quand le sait-il ? Est-ce qu'il s'en doutait ? Inconsciemment, j'espère qu'il ne m'a pas menti, qu'il a toujours été honnête avec moi.

Je suis dans ma chambre. Marius et maman sont sortis en amoureux, me laissant seule avec Enzo. Je suis en train de faire mes devoirs mais je ne suis pas sereine depuis que j'ai entendu la voiture de maman s'éloigner de la maison. J'ai peur, il va me faire mal, comme d'habitude et je ne peux rien faire ; il est trop fort, trop grand. Je ne peux pas rivaliser contre lui avec ma petite taille. Je ne cesse de surveiller ma porte. Mes mains tremblent de peur. Je sais qu'il ne va pas tarder d'un moment à l'autre. Je le sais, parce que c'est ce qu'il fait toujours. Et je m'en veux à chaque fois de ne pas pouvoir le repousser ou de ne pas arriver pas à le dénoncer, je ne veux pas que maman soit malheureuse. Depuis qu'elle s'est mariée avec Marius, elle a des étoiles dans les yeux. Cet homme qui est maintenant mon beau père la rend heureuse et je ne voudrais pas être celle qui met fin à son bonheur. Pour elle je suis prête à vivre cet enfer sans broncher, tout simplement parce que c'est ma mère et que je l'aime.

J'entends la porte s'ouvrir dans un grand fracas, il est là, en short noir et torse nu.

- Déshabille-toi !

Il me crie dessus comme d'habitude ; je pleure, c'est plus fort que moi. Je devrais avoir l'habitude depuis toutes ses années. Je sais c'est horrible de dire ça... je ne peux pas m'habituer au fait qu'il m'ait enlevé toute mon innocence. Je secoue la tête et je me lève. Mon cœur est prêt à me lâcher, il bat tellement vite que je ne pense pas qu'il garde le rythme.

- Sais-tu qui j'ai vu aujourd'hui ? il me demande calmement

Je secoue la tête.

- Mon frère. Il m'a encore parlé de toi. Du fait qu'il t'aimait. Et sais-tu ce que j'ai fait ?

Je ne réponds pas. Il ne me parle pas souvent de son frère d'habitude, il n'aime pas entendre son nom. Je ne sais pas pourquoi donc il déblatère sur lui, autant, aujourd'hui.

- Je l'ai frappé, jusqu'à ce qu'il saigne. Sais-tu pourquoi ?

Je crains le pire.

- Tu es à moi. Il ne peut pas demander et simplement tout avoir. Il faut parfois lui dire non. Tu es ma pute. Tu comprends ?

Il s'avance vers moi tel un prédateur. Je ne réponds rien. Mon instinct me hurle de m'enfuir. Mes jambes sont prêtes à courir. Je l'aurais fait si j'avais quelque part où aller mais je n'avais pas envie de décevoir ma mère.

- Dis que tu es à moi.

Ma bouche reste muette, je n'ose pas le regarder. Je sens qu'il commence à s'énerver.

- Dis que tu es à moi, il répète.

Je secoue la tête. Il me gifle, ma joue me brule :

- Dis-le, il crie.

En voyant que je n'obéis pas, il continue à me frapper. Il me porte et me jette dans mon lit. Les yeux remplis de larmes, je n'arrive plus à discerner ses traits. Je le laisse faire. Je sens qu'il m'arrache mes vêtements. Je me déconnecte de mon corps en murmurant – comme à mon habitude – ce poème :

Il y avait dans mon enfance
Un grand figuier près du ruisseau ;
Je lui parlais en confidence
Du ciel du vent et des oiseaux.

Il abritait sous son feuillage
Mes jeux mes rêves ma candeur,
Mon insouciance mon jeune âge
Et tous les secrets de mon cœur.

Auprès de lui, sage et docile,
De longues heures je passais ;
La nuit tombait, douce et tranquille,
Au loin le rossignol chantait...

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