8 - Mia

7 minutes de lecture

Le taxi me dépose devant le club. Je suis fébrile. J'avance tout doucement après avoir payé le chauffeur. Je me retrouve devant cette belle bâtisse. Il fait nuit, le soleil s'est déjà couché sur Nice. J'ai l'impression de revenir à hier. Mes jambes sont tremblantes, mes pas, peu sûrs et quelques gouttes de sueur perlent le long de ma nuque. J'avance tout doucement, petit pas par petit pas en essayant d'oublier cette peur qui me terrifie, la peur de revoir Nilson.

J'arrive devant les portes qui sont grandes ouvertes et j'aperçois à l'intérieur plus de monde qu'hier. Cette fois-ci, pas de masques. Rien. Juste de belles femmes, des hommes bien habillés. Certains sont soumis et d'autres maitres. Je m'avance. J'essaie d'atteindre le bureau de Marisa, dans la tenue que je porte : la robe que m'a envoyée Nilson ce matin. Je l'ai d'ailleurs cachée par un trench acheté cet après-midi.

Arrivée devant le bureau de Marisa, cette belle brune m'adresse un grand sourire pendant que j'essaie d'esquisser la moitié du mien. Elle est rayonnante et me dit avec un sourire :

- Tu es donc revenue. Je ne pensais pas que tu survivrais à la tempête qu'est Nilson.

Je ne dis rien, je lui souris et hoche la tête bêtement. Moi non plus, je n'en reviens pas... Pour être une tempête, c'en est bien une. Hier, en y repensant bien, j'ai quand même eu le minimum de ce qu'il pouvait me donner. Et puis il y a eu cette proposition indécente de devenir sa soumise malgré le fait que je l'ai rejeté après sa punition et malgré la sensation que tout mon corps ne lui appartient pas. Il y aura toujours une partie qu'il ne connaitra pas. Marisa me propose de prendre mon manteau et je refuse. Je refuse de me balader dans la tenue que Nilson m'a donnée sans être à ses côtés. Je pars donc en direction du bar où on ne sert pas d'alcool après qu'elle m'ait annoncée que Nilson me rejoindrait dans peu de temps.

Je m'assieds au bar. Le barman, le même que celui de la veille, vient à moi avec un grand sourire sur les lèvres :

- Alors, mademoiselle, on n'a pas encore pris son diabolo ?

C'est vrai hier j'ai commandé cette boisson et Nilson est arrivé avant que je ne puisse la boire. Je lui lance alors, taquine :

- Et vous alors vous ne servez toujours pas d'alcool ?

Il baisse la tête tout en souriant. Quand il fait ce geste, ses cheveux ébouriffés tombent sur ses yeux. Il est craquant. Je ne sais pas s'il est juste barman dans le club ou s'il s'amuse aussi pendant son temps perdu. J'aimerais bien savoir. Cependant lui poser la question de but en blanc ne serait pas poli.

- Vous le voulez toujours, votre verre de diabolo ?

- Oui, je réponds tout simplement.

- Très bien. Par contre, Mia. Je voudrais savoir une chose

- Oui ?

- Pourquoi vous venez dans ce club ? Vous n'avez pas l'air d'une habituée de ce genre de club et puis franchement vous êtes trop directe et frivole pour être une soumise ou une maîtresse.

Pourquoi je viens dans ce club ? Pour lui je ne peux être ni l'une ni l'autre. C'est ce que Bianca et Daniel m'ont dit. Je ne les crois pas. Je peux me soumettre, ce n'est pas dans ma nature mais je peux le faire. J'en ai besoin.

- Je ne sais pas, je réponds

Mais en réalité je connais parfaitement la réponse à cette question. Parce que j'ai des démons à tuer, un passé à oublier. Je veux tout simplement oublier qui je suis, ne plus être maître de moi-même, ne plus avoir cette maitrise de soi. Une soirée, je veux juste être quelqu'un d'autre.

Le barman me sonde du regard pendant un moment et on se regarde dans le blanc des yeux. Il a compris que ce n'est pas la réponse juste et il a aussi compris que la vraie réponse resterait secrète.

Il ouvre la bouche puis la referme comme pour dire quelque chose. Mais aucun son ne sort. Il secoue la tête et me tourne le dos pour préparer ma commande. Il a voulu dire quelque chose, j'aurais aimé savoir quoi mais je ne dis rien non plus. Je le laisse me servir et attends qu'il aille ailleurs. Je ne veux pas qu'il croie qu'il m'intéresse ; pour l'instant je suis à Nilson. Je n'appartiens qu'à lui, pour ces trois séances de découverte. Je ne dois pas flirter avec quelqu'un d'autre, sinon je serai punie.

Je sirote ma boisson en réfléchissant à ce que Nilson pourrait bien me proposer dans la tenue dans laquelle je suis. Ce matin, après avoir reçu le paquet, je n'ai pas pu attendre Bianca pour l'ouvrir. J'étais excitée comme une puce à l'idée de regarder ce qu'il y avait dedans. J'y ai découvert une nuisette en latex noir qui laisse apparaître mes seins complètement nus sur laquelle est accrochée une queue de félin, accompagnée d'une paire d'escarpins noirs et d'un serre-tête aux oreilles de chat. Quand Bianca a vu cet assortiment, elle a ri, beaucoup. Elle a qualifié Nilson de « homme très ambitieux », pour envisager de me dompter. Puis elle a eu la somptueuse idée de me faire un maquillage de félin digne de carnaval.

Avec tout cela, mon dominant m'avait donné à réfléchir. Je ne savais pas quoi en conclure. Est-ce que je devrais me comporter comme un chat ? Est-ce que je serai à quatre pattes ? Est-ce qu'il me mettra une laisse ? Toutes ces questions me laissent perplexes.

Deux grandes mains se posent sur ma taille et me font sursauter. Je me tourne. C'est lui. Comme hier il est très beau. Il est vêtu d'un costard, qui à l'instar de celui de la veille, est gris. Cette fois-ci il n'a pas de masque, je peux profiter pleinement de la beauté et la finesse de son visage. Je remarque ses yeux pétiller quand il me voit - ou c'est peut-être moi qui me fais des idées. Je lui adresse un grand sourire. Il inspecte mon visage et découvre mon maquillage, un sourire en coin :

- J'aime beaucoup ton initiative, Mia.

Il dépose un léger baiser sur mes lèvres. Je le reçois en tant que récompense et j'aime ça.

- Par contre, tu vas retirer ce manteau tout de suite.

Je m'exécute. Je saute de mon tabouret, défais les boutons et le retire, le cœur battant. Il me prend le vêtement des mains. Je me sens nue. Instinctivement je cache mes seins de mes mains. Je scrute le sol, sans aucun courage de regarder l'homme en face de moi dans les yeux ; il l'a remarqué. Il me prend dans ses bras, compressant mes mains entre ma poitrine et la sienne.

- Quand tu es avec moi, Mia, je veux que tu me regardes et que tu n'aies pas honte de ton corps. Il est magnifique. Tu es sublime dans cette tenue alors sois en fière. Et sois aussi confiante quand tu es près de moi, rien de mal ne peut t'arriver. Compris, minou ?

- Oui, monsieur.

Il m'a appelé minou. Intérieurement ça me fait rire. On ne m'a jamais donné de surnom dans ce genre-là. Note à moi-même : le raconter à Bianca.

Il m'embrasse une dernière fois et se décolle de moi :

- Maintenant tu vas te mettre à quatre pattes et tu vas me suivre. Et tu n'as le droit de regarder personne d'autre que moi. D'accord ?

- Euh ... oui... oui, monsieur.

Je regarde le sol bêtement et m'y abaisse. Je remercie le bon dieu que le parterre soit recouvert de moquette. Je découvre que plus je me baisse pour être en position plus ma nuisette remonte pour laisser apparaitre mon string à dentelle. Je jette un coup d'œil derrière moi pour voir si personne ne l'a remarqué mais il y en a bien un qui m'examine d'un regard bien attentif. Le barman. Je me remets alors sur les genoux pour baisser ma robe. Nilson bien patient, me laisse faire. Je me remets en position. Et ça n'empêche pas la robe de remonter. J'entends au-dessus de moi un rire étouffé. Je lève la tête et lance un regard noir à Nilson. À ma réaction, sur son visage je peux voir un sourcil se lever :

- Tu es sûre Mia ?

Ne le tente pas, Mia. Tu vas encore te faire punir.

Ma petite voix est de retour. Et pour une fois elle a raison.

- Pardon, monsieur. Je n'aime pas beaucoup qu'on se moque de moi.

Je ne sais pas d'où me viennent ces paroles, mais je les ai dites et je ne peux pas revenir dessus. J'ai l'impression que ma soumission pour lui est quelque chose de totalement naturel ; j'en suis relativement contente.

Il me caresse la tête comme si j'étais son animal de compagnie. Puis il me fait signe de le suivre. J'avance derrière lui. Je ne lève pas la tête. Dans mon champ de vision, je vois la moquette noire défiler sous mes pas et les chaussures de Nilson se déplacer. En me déhanchant j'essaie de ne pas penser à ma culotte visible, tous ces dominants et soumis qui ont sûrement remarqué qu'elle est complètement mouillée. Le frottement de mes cuisses ne fait que m'exciter encore plus. Je ne sais pas si c'est le fait que je sois avec Nilson ou si c'est ma soumission pour lui mais j'adore ça. Ça fait si longtemps que je n'ai pas réellement ressenti ça. Ça fait maintenant deux ans que je n'ai pas été avec un homme. Et je ne parle pas de plaisir solitaire avec Paul - mon vibromasseur.

Annotations

Recommandations

Défi
Holly Styxs


C'est qu'elle est bonne celle là...Une ligne indéfinissable, certes, mais un putin de mouvement.
Regarde la bouger, regarde la danser.
Quand elle entre en transe, moi aussi je commence à frémir.
J'ai souvent envie de l'appeler avec des sobriquets vulgaires.
De toute façon, vulgaire et aguicheuse elle y est, mais ça serait pas poli de lui faire remarquer.
Alors je respire son parfum, son putain de parfum de catin.
J'ai envie de me vautrer avec elle, tellement je veux sentir son odeur sur moi, sa présence en moi.
Et dès que je la possède c'est d'ailleurs ce que je fais.
Dans le bar de notre rencontre au début, puis dans le fauteuil chez moi, devant la cheminée, puis je la prend dans mon lit, et nous refaisons à deux toutes les pièces, mais aussi les extérieurs!
J'ai même eu lubie d'allier mes deux passions, alors je l'emmène s'étendre avec moi non loin de la paille et on se mélange à côté de mon cheval.
Elle m'a rendu complétement accroc à elle.
La salope.
Quand je vous disais que c'était une garce, fallait me croire.
J'aurai dût écouter ma mère, elle était trop parfaite pour être vraie.
Elle m'avait prévenu pourtant: " Elle finira par te tuer" qu'elle disait ma mère.
Mais nos parents on les écoute pas, surtout pas quand on est aveuglé par l'amour.
Et puis vous connaissez la suite.
On finit par se rendre compte des défauts de l'autre.
Elle finit par t'énerver.
Elle te tape sur le système mais toi comme un con, tu sais plus vivre sans elle.
Son doux parfum finit par se muer en puanteur, puanteur que tu traines sur toi, de tes habits à tes doigts.
Elle t'accompagne plus.
Non.
Tu la traines et t'en as marre de la tirer.
C'est un fardeau, elle t'épuise avec ses désirs, ses envies, elle te rend malade.
T'as qu'une envie c'est la casser en deux.
Mais tu le fais pas, qu'est ce que tu ferais sans elle après tout ?
Elle a toujours été là, même quand tu étais au fond.
T'en es blasé d'elle, mais t'arrives pas à dire stop.
Saloperie de passion qui te bouffe et qui te tue à petit feu.
Alors tu la boucle , tu supportes et sa présence finit par te débecter.
Elle est là, toujours dans ton dos, toujours son rire narquois, toujours sa saloperie de voix dans ta tête.
" Allume-moi " qu'elle dit. Et toi tu sais pas dire non et tu lui prête une fois de plus tes lèvres, ta gorge, ton âme.
Mais aujourd'hui c'était pas pareil. Aujourd'hui elle était là comme d'habitude dans le salon. Derrière moi encore à me piquer avec sa puanteur et son caractère de chameau.
Dans la bibliothèque, à ne pas me foutre la paix alors que j'essayais de lire, tranquille, devant la cheminée.
Alors je sais pas ce qui m'a pris. J'ai vu rouge. Je l'ai attrapé par sa tignasse de blondasse et je lui ai écrasé sa sale gueule sur le tapis. Je l'ai plié , mais dans tout les sens du terme. Et pis je l'ai jeté dans la cheminée pour effacer les preuves, virer son odeur...
J'en ai tellement rêvé qu'elle crève! Maintenant que c'est fait elle me manque et j'en chiale.
Même dans la mort elle va me hanter, celle là ! Sur toutes celles que j'ai tué , c'est bien la plus emmerdeuse. Faut que ce soit la dernière, putin faut que ce soit la dernière...
La dernière qui fini la tronche défoncée sur le tapis...


Putin de cigarette !


4
4
4
3
Syl06
Série de textes sur ces petits moment de la vie... ses rêves qui la soutiennent... ses bonheurs qui lui donnent un sens...
13
12
0
3
Défi
Jena Lorenss


 Posée confortablement sur l’assise moelleuse de la balancelle, dans le jardin, je laisse les derniers rayons de soleil, encore chauds pour la saison, caresser mon visage. Un sentiment doux et enjôleur. Je ressens mes tourments s’en aller. Ma peine, quant au quotidien que je subis, disparaît. Je l’imagine s’envoler loin de moi, m’ôtant toute angoisse néfaste. L’odeur enivrante des nombreux massifs fleuris voyage dans l’air jusqu’à mes narines et alors une impression me parvient : celle de ne jamais profiter, comme il se doit, des simples plaisirs que la vie nous offre sans cesse.
Comme si on avait surpris mes pensées, un rouge-gorge laisse entendre son joli piaillement à travers tout le paysage. Une vache meugle, le coq chante. Le calme règne en cet instant, il est salvateur. Synonyme de repos, il me permet de me sentir délestée du poids que je porte chaque jour en allant travailler.
J’écoute alors le silence, doux et harmonieux, bien que relatif, car les sons de la nature continuent à raisonner à l’entoure, me ramenant à des souvenirs d’enfance fugaces mais agréables.
Non loin de là, un voisin doit sûrement faire griller une viande savoureuse. Les bonnes effluves de ce qui s’annonce comme l’un des derniers barbecues de l’année, envahissent mes narines et me mettent l’eau à la bouche. La viande a dû être recouverte d’herbes aromatiques, le parfum du thym et du laurier sauce se balade dans l’air ambiant, donnant un côté provençal à cette journée.
Mon réfrigérateur est rempli de victuailles, mais je me retiens pour le moment d’aller m’en rassasier. Mon seul but, tout de suite, consiste à faire durer cet instant de bien-être.
De là où je me situe, je peux entendre les clapotis du ruisseau qui serpente à travers le petit bois bordant ma demeure, ainsi que le coassement des grenouilles qui y vivent et s’y épanouissent.
Plus haut dans le hameau, l’aboiement de Bobby, le labrador, signale le passage du marchand de glaces.
À certains moments, le bruit du moteur d’un tracteur se fond dans l’ambiance sonore de cette nature verdoyante, à tel point que par habitude, les âmes du coin finissent par ne plus y prêter attention.
Toujours immobile au soleil, le sommeil me gagne progressivement sans que je ne parvienne à contrôle son ascension en moi. Mes paupières s’alourdissent, mes membres aussi. Je dépose donc ma tête sur un oreiller tout doux, disposé parmi plusieurs coussins sur la balancelle. Je m’allonge ensuite en ayant pris soin de couvrir mes bras nus avec un petit plaid polaire, qui me permet de plonger aussitôt dans les bras de Morphée, enivrée par les fragrances florales qui émanent de la lessive dont je me suis servie pour laver la petite couverture.
Complètement endormie, le monde s’arrête alors de tourner pour moi et des songes font leur apparition. Amoureuse de la nature, mon inconscient m’envoie des images très brèves de certains bonheurs de la vie. Dans ce rêve, une abeille butine. C’est agréable à regarder, elles deviennent si rares… Je vois ensuite l’apiculteur enfumer les ruches (réminiscences inconscientes d’une visite ancienne dans l’exploitation de l’un d’eux). Puis le professionnel extrait délicatement le miel. Je me vois le goûter au point de ressentir même en dormant, le bon goût de ce délicieux met sucré.
Soudain, j’entends de manière lointaine le téléphone qui sonne, venant perturber ce moment bienfaiteur. Dans mon rêve, comme dans la réalité, une fois que je me trouve réveillée, le chant des oiseaux disparaît, le bruissement du vent dans les arbres cesse également. Je ne perçois plus que cette maudite sonnerie venue enrayer les perceptions qui, quelques secondes plus tôt, me faisaient goûter au charme de mon jardin et du paysage qui l’entoure.
Au téléphone, ma fille à une petite voix et en tant que maman, je comprends que quelque chose ne va pas. Une intonation anormale, un sanglot posé sur un mot, je sais reconnaître ces signes.
Après un peu de repos bien mérité, il est temps pour moi de reprendre le cours de cette vie où l’on ne remarque plus rien si ce n’est ce qui attrait à nos obligations familiales et professionnelles.
Mon rôle de maman m’attend, mais ce n’est que partie remise. Prochainement, un autre instant de douceur me permettra peut-être d’apprivoiser le vent dans mes cheveux, le crépitement des bûches en train de devenir charbon dans le brasier, le chant d’une chouette à la nuit tombée ou encore le bruit du ressac des vagues sur la plage voisine.
2
2
5
3

Vous aimez lire UneHistoiree ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0