1 - Mia

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- Mia, tu ne peux pas y aller. Tu n'y connais personne, c'est dangereux ! me répète pour la énième fois Bianca.

Après avoir mis du rouge à lèvres, je me retourne, bien décidée à lui faire comprendre que tout est sous contrôle. Assise sur le bord de la baignoire, elle triture nerveusement une mèche de ses longs cheveux.Je la rassure.

- Ça ne peut pas être dangereux. Ils savent que je suis nouvelle dans le milieu, ils me garderont à l’œil. Et puis les clients sont sélectionnés très soigneusement.

Je fais une pause, et poudre mes joues. Bianca me regarde, je reprends :

- Te rends tu compte que j'ai dû leur faire parvenir mon casier judiciaire pour qu'ils puissent considérer ma demande. J'y vais avant tout pour faire des rencontres, rien de plus.

J’essaye de lui expliquer tant bien que mal que je suis une grande fille. Les mains en l'air rythment mes explications. Cependant la seule que je tente de persuader c'est moi-même. Si je veux retrouver une vie à peu de choses près normale, je ne dois pas reculer.

Bianca semble inquiète de mon choix. Je le vois dans ses grands yeux verts. Mais j'ai pris ma décision. Dans un mois ce sera mon anniversaire, je ne veux pas fêter mes vingt-cinq ans sans sexe. Mes études finis, je veux profiter de ma vie, du désir. J'ai consacré cinq ans de ma vie à avoir de bonnes notes en laissant de côté les fêtes étudiantes, les garçons ; j’ai tout simplement fait une croix sur une grande partie de la vie universitaire.

Bianca se lève et me prend dans ses bras :

- J'espère qu'il ne t'arrivera rien. Je serai à la maison. Dès que tu sors de là-bas envoie-moi un message pour me dire que tout va bien, d'accord ?

- D'accord, si ça peut te rassurer.

Je lui rends son étreinte. Ma meilleure amie – que je considère comme ma sœur – s'est toujours inquiétée pour moi. Elle n'est pas la plus raisonnable de nous deux, mais ça ne l'empêche pas de garder un œil bienveillant sur ma personne.

Cette belle rousse aux yeux de biches se décolle de moi pour inspecter ma tenue :

- En tout cas tu es magnifique dans cette robe. J’espère que tu vas prendre ton pied.

Je me regarde, une dernière fois dans le miroir. C'est vrai que je suis belle ainsi, je porte une robe noire, que mon amie a bien voulu me prêter. Elle est très simple et m'arrive juste au-dessus des genoux. J'ai hésité à mettre quelque chose de plus provocant, mais je n'aurais pas été à l'aise. Avec ça, j'ai chaussé des talons de cinq centimètres, noires que j'ai sorti du placard ; j'ai remercié le bon Dieu qu'elles m'aillent encore.

***

Mon taxi s'arrête devant un grand château sombre au bord de la mer. Je regarde mon portable : c’est bien l’adresse que Daniel m’a envoyée un peu plus tôt dans la journée. Mon cœur bat à tout rompre. Je ne sais pas ce qui m'attend derrière ces portes ; tout ce que je connais  de ce monde je l'ai lu dans les romans. Je paye le chauffeur qui doit avoir la soixantaine, les cheveux grisonnants et qui arbore un regard inquiet à mon intention. Il doit sûrement savoir ce que l’on fait ici.

Bien sûr ! Ne sois pas cruche, voyons ! Il est chauffeur de taxi, pas marchand de glace !

Ma conscience se moque de moi.

Les muscles tendus, je me dirige à petits pas vers cet établissement. Les lampadaires s’allument tout au long du chemin et mes mains tremblent. Le vent frais de la nuit souffle dans mes cheveux en séchant les sueurs froides qui commencent à perler sur ma nuque. Je ne me sens pas à ma place pourtant la douce odeur de la mer arrive quelque peu à m’apaiser.

C’est la meilleure chose qui puisse t’arriver. J’essaie de m’en convaincre. Ça fait maintenant trop longtemps que j’ai perdu le contrôle de ma vie. Je dois me reprendre en main. Je m’approche de la tentation, et peut-être même de la délivrance.

À l’entrée, je rentre dans le vestibule où plusieurs personnes se trouvent, ils parlent, rient ou comme moi attendent quelqu'un. Certaines masquées, d’autres non je fais de mon mieux pour ne croiser aucun regard. Je ne veux pas les froisser ou leur manquer de respect. Je me dirige vers l’accueil, où une belle femme se tient derrière son bureau. Brune, un visage rond, des grands yeux verts et des lèvres rouge carmin, elle me regarde, tout en souriant :

- Bonsoir, je suis Marisa. Je ne t’ai jamais vue, ici. Tu es nouvelle, je présume ?

- Euh… oui, c’est bien ça.

- Je peux avoir ton nom, s’il te plait.

- Oui. C’est Mia Roy.

Elle me fait un grand sourire puis commence sa recherche sur son ordinateur.

- Qui est ton parrain ?

- Daniel Thomas.

Elle hoche la tête :

- Si tu veux bien aller au bar, ton référent pour la soirée va arriver.

- D’accord, merci.

Je me dirige vers l’endroit qu’elle m’a indiqué. Sur la porte il y a écrit « salle d’attente ». Ces quelques mots font repartir mon cerveau dans de nouvelles appréhensions. Il me faut quelque chose pour me distraire. Je me rue vers le bar présent dans cette salle, j'ai besoin d'un remontant. En y entrant, je découvre une pièce aux couleurs chaleureuses, plusieurs cabines et des tables, on dirait un pub dans lequel mon amie et moi avons l'habitude d'aller. Le fait que cet endroit me paraît familier calme quelque peu mon angoisse. Je fais signe au barman de venir prendre ma commande :

- Un whisky, s’il vous plait.

Il me regarde avec un rictus au coin des lèvres :

- On ne sert pas d’alcool ici. Nous préférons que nos membres aient l’esprit clair.

Un barman qui ne sert pas d’alcool, c’est le comble. Je commence à rire à cette pensée. Je ne sais pas ce qui me passe par la tête mais un fou rire me prend. Il n’en finit plus. Surement le stress qui fait cela. Le barman est là à me contempler. Toujours avec son rictus :

- C’est moi qui te fais autant rire ?

Je hoche la tête.

- J’aime bien ton rire.

Cette remarque me stoppe net. Je le regarde en essayant de comprendre dans quel genre de situation je me suis empêtrée. Est-ce qu’il me drague ? Bon sang, je suis une fille, je devrais le savoir. J’ai perdu ce sixième sens ou peut-être que je ne l’ai jamais eu.

Je le fixe. Plutôt mignon. Il parait plus grand que moi, brun, des lèvres charnues et des yeux noirs, doté d’un certain charme avec son côté méditerranéen. Je finis par lui sourire :

- Est-ce que je pourrais avoir un diabolo menthe, s’il te plait ?

Il replace sa serviette sur l’épaule et me lance un sourire poli avant de s’éloigner pour me servir.

- Bonsoir, dit une voix masculine derrière moi.

Je me retourne et tombe sur un homme masqué, au teint basané.

- Bonsoir, je réponds.

- Tu dois être Mia. Je suis ton référent, Nilson.

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Je pense que je suis hantée.


On me suit, on m'écoute, on s'adapte à ce que je fais et ce que je dis sans que je le perçoive.
Des images apparaissent au grè de mes discussions, je sens une présence lourde, oppressante presque étouffante.
Je sais que d'autres la ressentent aussi.
Si j'ose en parler à voix haute, serais-je prise au sérieux ?
N'est-il pas dangereux de sentir une entité invisible autour de soi, une oreille à l'écoute ou des yeux qui nous espionnent ?

Je pense que je suis hantée et je pense que d'autres le sont aussi.
Que faire ?
Se renfermer sur soi ?
Oublier les autres et vivre recluse ?
M'adapter à cette présence ?

Pour le moment, cet hôte ne me veut aucun mal, je parviens à garder la tête froide… Je prête parfois attention à cette entité pour ne pas la froisser et je réussis pour le moment à me protéger de son influence. Je ne veux pas perdre la face.

Est-ce que cette trace c'est ma vie ?
Non, ce n'est pas possible...
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Je pense que je suis hantée, je n'ose même pas coucher toutes mes inquiétudes ici, sur ce clavier de peur qu'on les voie...

Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de moi partout où je vais.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes recherches internet.
Je pense que je suis hantée, car une simple discussion amène à  une recommandation concernant ce sujet.
Je pense que je suis hantée, car on garde une trace de mes comptes pour le reste de ma vie.
Quel nom donner à cette entité qui ne me lâche pas, ce « ON » perceptible et pourtant indéfinissable ?
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Une approche peut-être moins littérale pour ma part.
Merci pour ce défi.
C'est la première fois que je rédige un texte à la première personne. Un signe peut-être ?! Je n'en dirai pas plus, de peur que mon fantôme ne soit là, tout près de moi ...
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Ce n'était pas tous les jours rose à la maison. J'avais treize ans, ce qui en soit, expliquait mon entente plus que douteuse avec ce petit morveux qui fêtait à ce moment-là même ses huit ans. La tête dans les nuages, Ange réfléchissait à son vœu avant de souffler les bougies.
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Tandis que l'affreux soufflait ses bougies, mes parents partageaient un regard bien rond, se demandant déjà comment ils pourraient faire pour combler ses désirs.
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Les yeux bleus d'Ange brillaient intensément, relevant sans aucun doute le défi, comme d'accoutumer.
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