Le travail du petit ange

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Nicolas n'y croit pas lui-même. Qu'est-il en train de faire ? Il a passé la semaine à étudier discrètement les allers et venues de ses collègues ainsi qu'à repérer où est rangée la clef de l'entrepôt à faux. Il ne sait pas ce qui lui prend tout à coup, pourquoi cela lui tient tant à cœur d'aider cette petite. Pour autant qu'il le sache, elle peut tout aussi bien se moquer de lui et le manipuler pour arriver à ses fins. Mais elle a l'air si innocente, si triste... et si seule. Longtemps après son éveil, Nicolas avait toujours ressenti comme un vide, un je-ne-sais-quoi qui manquait. Peut-être était-ce tout simplement le souvenir de Pauline qui luttait pour ne pas disparaître ?

S'il a perdu tout sens commun du raisonnable, il n'est pas devenu fou pour autant. Son plan est parfait. Il retournera au département des faux après le dîner, quand tout le monde sera parti. Alors il volera la clef, puis les ailes, et il filera les apporter à Pauline. Il passera la nuit en bas s'il le faut mais avant que les premiers Faucheurs ne se lèvent, il sera remonté avec le butin de son forfait et il se hâtera de tout remettre en place. Personne n'en saura jamais rien. La petite sera certainement triste de ne pouvoir garder ses faux qu'une nuit mais Nicolas lui expliquera pourquoi il ne peut faire plus.

Il se félicite d'avoir eu cette idée, dans la cabine qui descend lentement. Tout s'est déroulé sans encombre, il n'aura plus qu'à surveiller l'heure une fois en bas.

- Nicolas !

Il sourit à Pauline en extirpant de l'ascenseur les deux ailes. Une chance qu'elles ne soient pas bien grandes !

- Oh ! Tu as vraiment réussi ! T'es le meilleur des grands-petits frères !

Nicolas s'empresse de lui expliquer que ce n'est que pour cette nuit, qu'il devra les avoir ramenées avant le lever du jour. La petite boude un moment alors il lui promet de les lui ramener un autre jour. Oui, pas de doute, il perd tout sens commun dès qu'il s'agit de Pauline !

Et pendant qu'elle batifole, Nicolas ne peut qu'admirer le travail fait pour la conception de ces faux si particulières. Sans rien y connaître alors, il avait pourtant parfaitement saisi les exigences de la fonction. Avec un soupir amer, il se dit qu'il aurait fait un excellent Forgeur si l'Ordre ne se méfiait pas autant du fauché que du Faucheur. Mais il suppose qu'il doit s'estimer heureux de ne pas avoir simplement été enfermé à son éveil...

Soudain, un bruit fait sursauter Nicolas et il regarde avec effroi l'ascenseur repartir vers la surface. Comment ? Le bouton de commande n'est-il pas à l'intérieur de la cabine ? Et pendant qu'il s'interroge vainement, il y en a une qui réagit aussitôt.

- Vite, cache-toi sous le lit !

Nicolas obéit sans même songer à retirer d'abord ses ailes à Pauline. Il ne le réalise que trop tard, quand l'ascenseur est de retour. Alors il se fait tout petit contre le mur, tout au fond sous le lit. Il se dit qu'avec un peu de chance, l'obscurité de la pièce fera le reste mais, quand la grille grince, la pièce s'illumine tout à coup.

- Bonsoir Pauline.

Nicolas retient sa respiration. C'est la voix du directeur ! Et aux bruits de pas qui lui parviennent, il est accompagné.

- Où est-il ?

- Qui ça ?

Pauline répond du tac au tac avec un ton innocent. Il a un doute tout à coup : si c'est si facile et naturel pour elle de mentir au directeur alors qu'en est-il avec lui ?

- Ne me prend pas pour un idiot, s'il te plaît. L'ascenseur était en bas et te voilà avec tes ailes...

La petite se contente de lui tirer la langue et de lui donner du "méchant". Il y a un soupir puis la voix du directeur se fait plus forte.

- Nicolas, si vous sortez immédiatement de votre cachette, je reconsidèrerai mon idée de vous radier sur le champ...

Son cœur s'arrête. Comment ? Avant même de descendre et de lui laisser une chance de s'expliquer, il avait déjà pris la décision de le radier !

- Si vous espérez pouvoir encore bénéficier du doute, sachez que vous êtes surveillé depuis votre arrivée chez nous. Votre mutation était un test pour réviser la limitation qui avait été fixée sur votre carrière. Et vous l'avez lamentablement échoué... A présent, montrez-vous ou...

Il s'interrompt soudain et Nicolas arrête de ramper sous le lit. Il y a un bruit de verre brisé et il aperçoit une pluie de paillettes se répandre aux pieds de Pauline. Que se passe-t-il ? Le directeur recule mais il se retrouve coincé entre un mur et la petite.

- Ne... Ne fais pas ça, Pauline. Tu seras encore plus punie... Je... Je peux m'arranger pour te rendre Pompon si tu me rends les ailes !

Le directeur bégaye, il semble terrifié. Et où est donc passé celui qui l'accompagnait ?

- T'es qu'un méchant et un menteur ! T'avais dit que je ressortirai d'ici et c'est pas vrai ! Tu mens aussi pour Pompon ! Je suis sûre que tu lui as fait du mal ! Et maintenant tu veux faire du mal à Nicolas ! T'es qu'un méchant !

Le ton est si terrible que Nicolas en tremble dans sa cachette et il n'ose plus rien faire ou même penser.

- Pauline, s'il te plaît, calme-toi. Je ne fais que mon travail...

- Moi aussi.

Le ton est froid, dur, sans appel. Nicolas en vient à se demander si c'est bien Pauline qui parle. Tout à coup, le directeur disparaît et Nicolas a juste le temps d'apercevoir la lame de la taille d'un coupe-papier, la faux discrète de tous les Administratifs, tomber, toucher le sol et éclater en un nuage de paillettes. La petite se remet alors en mouvements et se dirige vers l'ascenseur. Paniqué, Nicolas roule hors de sa cachette mais déjà il entend le grincement de la grille.

- Attends-moi là. Je vais avoir envie d'un gros câlin de mon grand-petit frère en rentrant du travail.

Un frisson glacé longe le dos de Nicolas mais il trouve la force d'ouvrir la bouche.

- Tu as menti... Tu m'as trompé pour pouvoir t'enfuir. Ce n'est pas une injustice qui t'as menée ici, c'est qu'ils avaient peur de toi, et à juste titre !

Mais Pauline a juste un sourire triste.

- J'ai pas menti, j'ai juste dit qu'ils sont méchants. Et c'est vrai. Ils ont pas peur de moi, ils ont peur de ce que je pourrais être.

Et comme si de rien n'était, elle enfonce le bouton et l'ascenseur se met en mouvement.

- Je serai vite rentrée.

Alors Nicolas se retrouve seul, coincé en détention scellée.

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(Lui)— Et si... !
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(Lui)— Elle serait la première leçon...
(Elle)— Oh que oui !
(Lui)— Alors qu'en dis-tu ?
(Elle)— Alors, si on commençait ?
(Lui)— Maintenant, si tu veux bien !
(Elle)— Chiche !
(Lui)— Tu me donnes les mots-ingrédients en les citant à haute voix et je te dis alors ce qu’il se passe en moi.
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(Elle)— "Ne pas juger !"
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(Elle)— Ce serait commencer à penser et à réfléchir. Te rends-tu compte ?
(Lui)— Je dirais qu’il est permis de douter (par sagesse) mais s’il fallait juger, ce serait après avoir longuement pris le temps de comprendre, d’apprécier, d’écouter. Oui, ce serait à l’évidence, faire preuve d’une forme d’amour, donner une chance à l’autre, lui laisser du temps ou bien la chance de dire ce qu' "il" représente vraiment à nos yeux et ceci quel que soit son apparence.
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(Lui)— Cela se combine très bien avec les mots précédents comme "sourire", "jugement" et "attitude positive". Un compliment est un encouragement, un acte de foi, une volonté bienveillante. Un simple et véritable compliment peut agir comme un catalyseur et de la poussière faire jaillir une étoile.
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(Lui)— Je crois que cela, en toute modestie, je le fais régulièrement. C’est la chose la plus facile, la plus évidente et égoïstement, elle me fait un bien fou. Lire de la reconnaissance dans les yeux d'une personne que l’on aide et qui n’en revient pas que "des anges" ou "des chevaliers blancs" puissent vraiment exister !!!
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(Lui)— Cela, je ne sais carrément pas bien le faire, le dire, le prononcer en l’éprouvant vraiment. Cela m’émeut tellement, me coûte, me fait monter les larmes. Je l’ai dit autrefois. Sans doute que j‘attendais trop en retour. Aimer c’est perdre la raison ou bien exister vraiment. Je ne sais pas.
(Elle)— Cherches-tu encore ?
(Lui)— Eh bien j’aimerais, oui j’aimerais dire « Je t’aime » tout simplement, sans rien attendre en retour. J’aimerai dire « Je t’aime » et "Tomber en amour".
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Sommeil. Manuka Manuka. Ses yeux de forêt. Juni. Quel curieux prénom.
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Puis il s'est relevé, et il a choisi de connaître Juni.
 
 
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Rires
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