Grand-petit frère

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Nicolas ne peut s'empêcher de s'agiter dans sa cachette, c'est plus fort que lui. Il a beau tenter de se raisonner, une part de lui est angoissée à l'idée de reprendre cet ascenseur. Mais s'il veut connaître la vérité, il n'a pas d'autre choix... Il hésite un instant au moment de presser le bouton puis c'est trop tard, il ne peut plus faire machine arrière. Il tourne en rond dans la cabine, encore et encore, jusqu'à être de retour dans la chambre sombre. Un instant, il a envie de rappuyer sur le bouton pourtant la curiosité l'emporte et il ouvre la grille. Toutefois, il s'arrête avant d'entrer dans la pièce.

- Pauline ? C'est Nicolas. J'aimerais te parler... Tu veux bien que j'entre ?

Il y a bien du mouvement, quelque part sur la droite mais pas de réponse.

- Je sais que j'ai oublié des choses et que ça te rend triste... Tu voudrais bien me les raconter, pour que je puisse m'en souvenir ?

Toujours le même silence.

- C'est toi qui m'as fauché, c'est ça ? Mais tu as été punie... Pourquoi ? Pourquoi m'avoir caché ? Et pourquoi me surveille-t-on maintenant ? Pourquoi m'interdit-on les postes importants ? Pourquoi ? Qu'ai-je fait ?

Ce silence angoisse Nicolas et il s'est laissé emporter toutefois une petite voix toute triste interrompt la course folle de ses pensées.

- Parce que c'est des méchants... Et que t'es mon grand-petit frère.

Nicolas se sent idiot à rester là, comme ça, sans rien dire, mais il ne comprend pas.

- Qu'est-ce que tu entends par "grand-petit frère" ?

Il y a des bruits de pieds nus et la petite apparaît devant la porte, en pyjama.

- Ben, t'es mon petit frère. Mais comme je suis devenue une Faucheuse avant toi, t'es plus grand que moi maintenant.

Nicolas a peur de comprendre. Il bute sur chaque mot malgré ses efforts.

- Tu veux dire que, avant, on appartenait à la même famille ? Comment peux-tu en être sûre ?

La petite hoche la tête et serre contre elle son lapin rose tout usé.

- C'est toi qui m'as trouvée, quand t'étais petit. J'ai juste vu les photos chez toi...

Il y a un court silence puis un bruit de reniflement.

- Je voulais pas te faucher, moi. J'aimais bien venir te voir, on s'amusait bien. Mais Sophia a rapporté et alors les méchants m'ont obligée...

La petite se met à sangloter et, cette fois, Nicolas n'hésite pas. Il entre dans la pièce pour la serrer dans ses bras.

- Je suis désolé de ne pas m'en souvenir, ça a dû te faire très mal l'autre jour...

Pauline hoche la tête contre lui et ils restent un moment comme ça jusqu'à ce que la petite voix résonne à nouveau.

- C'est toi qui les as dessinées...

Nicolas s'écarte pour la regarder d'un air interrogateur.

- Mes ailes... C'est toi qui as eu l'idée et qui as fait le dessin. C'est parce que, quand t'étais petit, tu croyais que j'étais ton ange-gardien.

L'anecdote fait rire Nicolas. Un Faucheur ange-gardien, quelle idée...

- Tu m'as caché pendant combien de temps ?

Pauline semble réfléchir un moment et, finalement, elle hausse les épaules.

- Je sais pas... T'étais plus petit que moi en tout cas !

Nicolas tente un calcul rapide. Il devait avoir autour des cinq ans s'il était plus jeune qu'elle mais pas trop pour pouvoir lui parler. Aujourd'hui, il dirait qu'il a l'apparence d'un jeune homme du début de vingtaine. Quinze ans... Certainement plus... Pas étonnant que l'Ordre se soit montré si intransigeant après un coup pareil.

- Dis, tu sais où il est Pompon ?

Nicolas réfléchit un moment mais ce nom ne lui dit rien du tout.

- C'est qui Pompon ?

La petite a une moue triste avant de répondre.

- C'est mon chien à moi. Les méchants l'ont emmené mais le pauvre il est tout seul depuis tout ce temps, il doit pleurer et tout ! Alors, tu sais où il est ?

Pauline a une lueur d'espoir dans le regard mais Nicolas n'a malheureusement aucune idée de ce dont elle parle et encore moins de l'emplacement où pourrait se trouver ce chien spectral. Alors il secoue la tête et Pauline a l'air plus triste encore.

- Je sais que j'ai pas le droit de sortir. Mais si je peux pas avoir Pompon, tu crois qu'ils seraient d'accord pour me rendre mes ailes ? Je les aime bien et puis c'est à moi ! Et je peux rien faire ici de toute manière...

Sans réfléchir, Nicolas répond.

- Je vais voir ce que je peux faire.

Il est fou... Il est évident que jamais le directeur ne l'autorisera à porter ses faux en détention, même si elle ne peut rien en faire. Et pourtant Nicolas se sent prêt à tout pour redonner le sourire à la blondinette et il se surprend déjà à songer à un plan pour dérober les fameuses ailes...

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(Lui)— C’est magique !
(Elle)— Oh oui !
(Lui)— Ce serait un mélange d’alchimiste !
(Elle)— Et pour un livre de cuisine, pour moi, ce serait forcément à la première page !
(Lui)— Et si... !
(Elle)— Et si c’était dans un livre d’école ou sur une ardoise, au tableau noir, écrit à la craie d’une main sûre en pleins et déliés, ce serait alors la morale du jour !
(Lui)— Elle serait la première leçon...
(Elle)— Oh que oui !
(Lui)— Alors qu'en dis-tu ?
(Elle)— Alors, si on commençait ?
(Lui)— Maintenant, si tu veux bien !
(Elle)— Chiche !
(Lui)— Tu me donnes les mots-ingrédients en les citant à haute voix et je te dis alors ce qu’il se passe en moi.
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(Lui)— Je le fais de plus en plus et je reçois en retour (très étrangement) des sourires. Bien sûr certains ne comprennent pas et s’inquiètent. On ne peut sourire sans raison. Sourire serait le début de la folie. Inquiétant non ?
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(Lui)— Le plus dur sans doute. Tout le monde autour de soi t’envoie tellement d’ondes négatives que l’on mesure mal l’effet d’une onde positive. Passons !
(Elle)— "Ne pas juger !"
(Lui)— Ce serait le début de la tolérance. Ce serait accepter l’autre ! Ce serait trouver normal que l’on soit tous différents et pareils à la fois.
(Elle)— Ce serait commencer à penser et à réfléchir. Te rends-tu compte ?
(Lui)— Je dirais qu’il est permis de douter (par sagesse) mais s’il fallait juger, ce serait après avoir longuement pris le temps de comprendre, d’apprécier, d’écouter. Oui, ce serait à l’évidence, faire preuve d’une forme d’amour, donner une chance à l’autre, lui laisser du temps ou bien la chance de dire ce qu' "il" représente vraiment à nos yeux et ceci quel que soit son apparence.
(Elle)— Car la première impression n’est pas toujours la bonne ou la meilleure.
(Lui)— Oh que oui.
(Elle)— Eh bien justement. Que dis-tu de "Faire un compliment".
(Lui)— Cela se combine très bien avec les mots précédents comme "sourire", "jugement" et "attitude positive". Un compliment est un encouragement, un acte de foi, une volonté bienveillante. Un simple et véritable compliment peut agir comme un catalyseur et de la poussière faire jaillir une étoile.
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(Lui)— Je crois que cela, en toute modestie, je le fais régulièrement. C’est la chose la plus facile, la plus évidente et égoïstement, elle me fait un bien fou. Lire de la reconnaissance dans les yeux d'une personne que l’on aide et qui n’en revient pas que "des anges" ou "des chevaliers blancs" puissent vraiment exister !!!
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(Lui)— Cela, je ne sais carrément pas bien le faire, le dire, le prononcer en l’éprouvant vraiment. Cela m’émeut tellement, me coûte, me fait monter les larmes. Je l’ai dit autrefois. Sans doute que j‘attendais trop en retour. Aimer c’est perdre la raison ou bien exister vraiment. Je ne sais pas.
(Elle)— Cherches-tu encore ?
(Lui)— Eh bien j’aimerais, oui j’aimerais dire « Je t’aime » tout simplement, sans rien attendre en retour. J’aimerai dire « Je t’aime » et "Tomber en amour".
(Elle)— Alors, alors je te propose "Être heureux !"
(Lui)— Cela devrait aller de soi dès lors que l'on accepte toutes les propositions que tu as citées précédemment, comme autant de maux à vaincre et donc vaincus. Ce serait alors tellement facile, simplissime, une sorte de grande victoire sur l’adversité et la morosité ambiante.
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Pier a décidé de retrouver Manuka. Il est rentré une année après son départ. La colère passée, il ne guérissait pas d'elle. Manuka devait lui revenir.
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Sommeil. Manuka Manuka. Ses yeux de forêt. Juni. Quel curieux prénom.
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Puis il s'est relevé, et il a choisi de connaître Juni.
 
 
Manuka a traversé des kilomètres les yeux dans la vitre, son vieux sac à dos sur le siège d'à côté. Elle s'est débarrassée d'anciennes chaînes au fil des lacs des forêts des arbres. Manuka caresse son ventre et c'est le retour au bitume, au ventre de son enfance. Reprendre les choses là où elle les avait abandonnées. Revenir. Et renaître.
 
 
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Pier ne sourit pas. Il fait juste un petit « d'accord » de la tête. Il prend la main de Juni qui lève vers lui des yeux intrigués et admiratifs. Pier est grand. C'est un aventurier. Juni a de drôles d'étoiles dans les yeux. Manuka a le fond du ventre qui tremble. Elle dit juste un dernier au revoir et ferme la porte.
 
 
_ Tes yeux, on dirait la forêt, c'est drôle. Ils sont verts de noir.
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Rires
_ T'es déjà un pauvre type…
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