L'ange de l'Ouest

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Nicolas ne sait que penser de ses recherches sur ces fameuses ailes aperçues aux saisies. Il a d'abord été assez déçu en découvrant que leur dossier ne renfermait guère d'informations. Pourtant, aussi peu soient-elles, elles n'en sont pas moins surprenantes !

Tout d'abord, Nicolas a la confirmation de ce qu'il soupçonnait. Cette double faux appartient bien à un enfant Faucheur mais pas n'importe lequel : la Veilleuse Pauline Morel. Une Veilleuse, rien que ça ! Il s'agit là, sans l'ombre d'un doute, des Faucheurs les plus respectés, les plus admirés et, surtout, les plus mystérieux. Ce sont eux, après tout, qui prévoient les morts et rédigent les contrats en conséquence. Sans eux, l'Ordre n'existerait tout simplement pas. Mais ces étranges confrères vivent isolés, reclus dans leur section. Certains disent qu'ils sont tant absorbés par leur travail qu'ils en oublient la notion du temps. Voire même de vivre en dehors de leur tâche. D'autres prétendent qu'ils sont enfermés car leur fonction finit par les rendre fous. Nicolas garde un assez mauvais souvenir de ses contrats pour imaginer ce qu'il ressentirait à voir et orchestrer cela à longueur de journée. Et cet enfant Faucheur, cette Pauline, est de ceux-là... Nicolas en a des frissons dans le dos !

Toutefois, il y a des tas de détails étranges dans ce dossier. A commencer par la présence des ailes aux saisies ! Les Veilleurs ont pourtant bien besoin de leur faux pour être en possession de leur plein potentiel. Et quand bien même cette Pauline pourrait s'en passer, ces faux devraient être exposées à la forge et non enfermées dans l'entrepôt...

L'autre détail qui interpelle Nicolas, c'est l'épaisseur d'étiquettes qui se succèdent dans la case du rang du Faucheur. "Veilleur" n'est que la dernière, le titre actuellement effectif, mais dessous, Nicolas peut au moins deviner la précédente : "Emissaire". Emissaire, puis Veilleur... Cette Pauline est un Faucheur au sacré potentiel ! Rien d'étonnant à ce que l'essence de sa faux ait pu donner une pièce aussi détaillée !

Cette seconde fonction pourrait expliquer bien des choses. La mise sous saisie date de près de dix ans, or les ailes ont été forgées il y a onze ans d'après le dossier. Il est impossible de faucher des Eveillés avec une lame d'apprentissage et on ne devient pas Agent, Emissaire puis Veilleur en moins d'un an... Cette Pauline est peut-être Veilleur aujourd'hui, mais la saisie de ses faux date forcément de l'époque où elle était Emissaire. Comment a-t-elle alors pu poursuivre son travail sans ses faux ? La réponse est évidente : elle a été formée par l'Emissaire Leroy, il y a donc fort à parier qu'elle aussi a choisi de travailler avec un chien spectral plutôt qu'une lame. Serait-ce là la manière de faire des Emissaires instruits au bureau de l'Ouest ? Ou cela trahirait-il de la difficulté de créer une faux parfaitement adaptée à cette fonction ?

La curiosité de Nicolas s'enflamme. Il ne pourra pas discuter de tout cela avec la Veilleuse Morel puisque leur section est interdite d'accès mais il peut tenter d'aborder l'Emissaire Leroy ! En revanche, rien de ceci n'explique pourquoi les ailes sont aux saisies et non à la forge...

Nicolas ne trouve la réponse à cette question qu'en refermant le dossier. Quel idiot ! Il était si pressé de le lire qu'il n'a pas même remarqué le gros tampon rouge "Danger" sur la couverture du dossier ! C'est pourtant évident ! Un Faucheur regroupant les talents d'Emissaire et de Veilleur et pouvant se passer sans mal de sa faux ne peut être qu'un être d'exception... L'essence qui constitue ces ailes doit être des plus puissantes et Nicolas est prêt à parier que leur façonnage a coûté très cher au Forgeur qui s'en est occupé. Quel imbécile prendrait le risque d'exposer pareil possible danger au milieu d'un espace de travail ? C'est sans aucun doute leur potentiel incomparable qui a valu à ces ailes d'être placées sous saisie, et non les actes de leur propriétaire. D'ailleurs, quel mal aurait bien pu faire un tel Faucheur ? Nicolas en vient à être déçu de ne pouvoir rencontrer cette incroyable Pauline mais sa frustration lui donne le courage d'en apprendre plus auprès de Sophia !

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jean-paul vialard

Maintenant la lumière est installée au centre du ciel, elle fait ses blanches confluences, elle fait briller ses milliers de miroirs. Les mains sont éblouies de ce pur bonheur qu’elles ne pouvaient imaginer. Elles s’ouvrent, se disposent en conque, deviennent de simples parois d’albâtre. On devine le réseau complexe de leurs humeurs, on s’étonne et se réjouit de leur saisissement, on les regarde tels les chefs-d’œuvre dans la lueur de cendre d’un musée. Elles pourraient y figurer au titre de natures mortes, mais combien précieuses, élégantes, à la manière d’une toile de Morandi, cette joie immédiate surgissant des choses.
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Défi
Jean-Michel Palacios


(Lui)— Aujourd’hui, non c’était hier, enfin !
(Elle)— Déjà ?
(Lui)— Eh oui, le temps passe si vite.
(Elle)— Il nous file entre les doigts alors que si on prenait justement le temps d’être heureux. Il y a quelques chances que cela nous guérisse de la morosité ambiante et contamine notre entourage.
(Lui)— Mais certainement !
(Elle)— Alors, ce sera demain, et encore les jours suivants, car pour moi cela semble une évidence : s'il y a une recette du bonheur, je la vois, là sous mes yeux, et tous les mots qui en constituent la formule. Eh oui !
(Lui)— C’est magique !
(Elle)— Oh oui !
(Lui)— Ce serait un mélange d’alchimiste !
(Elle)— Et pour un livre de cuisine, pour moi, ce serait forcément à la première page !
(Lui)— Et si... !
(Elle)— Et si c’était dans un livre d’école ou sur une ardoise, au tableau noir, écrit à la craie d’une main sûre en pleins et déliés, ce serait alors la morale du jour !
(Lui)— Elle serait la première leçon...
(Elle)— Oh que oui !
(Lui)— Alors qu'en dis-tu ?
(Elle)— Alors, si on commençait ?
(Lui)— Maintenant, si tu veux bien !
(Elle)— Chiche !
(Lui)— Tu me donnes les mots-ingrédients en les citant à haute voix et je te dis alors ce qu’il se passe en moi.
(Elle)— Je commence par "Sourire !"
(Lui)— Je le fais de plus en plus et je reçois en retour (très étrangement) des sourires. Bien sûr certains ne comprennent pas et s’inquiètent. On ne peut sourire sans raison. Sourire serait le début de la folie. Inquiétant non ?
Et pourtant sourire, rire, dans un train, un abri bus, au café, à la veillée, peut s’avérer contagieux !
(Elle)— Alors, je te propose "Dire Merci !"
(Lui)— A la vie, à la serveuse, au chauffeur, aux collègues, oui sans aucun doute. Depuis tout petit, j’ai appris à dire merci.
(Elle)— Bien. "Rester positif !"
(Lui)— Le plus dur sans doute. Tout le monde autour de soi t’envoie tellement d’ondes négatives que l’on mesure mal l’effet d’une onde positive. Passons !
(Elle)— "Ne pas juger !"
(Lui)— Ce serait le début de la tolérance. Ce serait accepter l’autre ! Ce serait trouver normal que l’on soit tous différents et pareils à la fois.
(Elle)— Ce serait commencer à penser et à réfléchir. Te rends-tu compte ?
(Lui)— Je dirais qu’il est permis de douter (par sagesse) mais s’il fallait juger, ce serait après avoir longuement pris le temps de comprendre, d’apprécier, d’écouter. Oui, ce serait à l’évidence, faire preuve d’une forme d’amour, donner une chance à l’autre, lui laisser du temps ou bien la chance de dire ce qu' "il" représente vraiment à nos yeux et ceci quel que soit son apparence.
(Elle)— Car la première impression n’est pas toujours la bonne ou la meilleure.
(Lui)— Oh que oui.
(Elle)— Eh bien justement. Que dis-tu de "Faire un compliment".
(Lui)— Cela se combine très bien avec les mots précédents comme "sourire", "jugement" et "attitude positive". Un compliment est un encouragement, un acte de foi, une volonté bienveillante. Un simple et véritable compliment peut agir comme un catalyseur et de la poussière faire jaillir une étoile.
(Elle)— "Aider quelqu’un ?"
(Lui)— Je crois que cela, en toute modestie, je le fais régulièrement. C’est la chose la plus facile, la plus évidente et égoïstement, elle me fait un bien fou. Lire de la reconnaissance dans les yeux d'une personne que l’on aide et qui n’en revient pas que "des anges" ou "des chevaliers blancs" puissent vraiment exister !!!
(Elle)— "Dire je t’aime !"
(Lui)— Cela, je ne sais carrément pas bien le faire, le dire, le prononcer en l’éprouvant vraiment. Cela m’émeut tellement, me coûte, me fait monter les larmes. Je l’ai dit autrefois. Sans doute que j‘attendais trop en retour. Aimer c’est perdre la raison ou bien exister vraiment. Je ne sais pas.
(Elle)— Cherches-tu encore ?
(Lui)— Eh bien j’aimerais, oui j’aimerais dire « Je t’aime » tout simplement, sans rien attendre en retour. J’aimerai dire « Je t’aime » et "Tomber en amour".
(Elle)— Alors, alors je te propose "Être heureux !"
(Lui)— Cela devrait aller de soi dès lors que l'on accepte toutes les propositions que tu as citées précédemment, comme autant de maux à vaincre et donc vaincus. Ce serait alors tellement facile, simplissime, une sorte de grande victoire sur l’adversité et la morosité ambiante.
(Elle)— Alors, qu’est-ce qu’on attend !
(Lui)— Pour faire la fête ?
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Des semaines entières, une tempête sourde avait chaviré son ventre, rué entre ses côtes. Son père. Ce père, cet homme. Qu'elle avait fui à peine avait-elle su qu'elle portait la vie. Cet homme, qui l'avait tant transportée, bouleversée, fascinée, qu'elle avait suivi jusqu'au Brésil, qu'elle aurait suivi jusque dans la tombe, qu'elle aurait suivi, qu'elle aurait suivi, aveugle devenue, avide et puis abîmée, le soleil qui vous brûle les yeux.
Et puis le réveil.
Manuka un jour épuisée. Une dispute de trop. Une incompréhension de plus. Cet homme-soleil-furieux qui n'a pas de limite, qui l'entraîne toujours plus loin dans sa folie. Il lui fait peur, maintenant, chaque jour un peu plus. L'amour se corne sur les bords, la peur le grignote. L'aventurier est un enfant terrifié et rageur. L'aventurier donne des coups de pieds-coups de couteau dans la toile. Ce matin, on lui annonce qu'elle porte son enfant. Ce sera son échappatoire. Propulsée hors de cette course effrénée par un sentiment de responsabilité nouveau, Manuka prend le premier avion et rentre en France. Il y a 4 ans.
 
Pier a décidé de retrouver Manuka. Il est rentré une année après son départ. La colère passée, il ne guérissait pas d'elle. Manuka devait lui revenir.
Pier a appris qu'il avait une petite fille. Juni, elle s'appelle.
C'était hors de propos. Pier est sorti marcher longuement. Il n'a pas compris ce qui lui arrivait. Manuka n'était plus sa femme et Juni était sa fille. Lui, venait pour que Manuka lui soit rendue, et ne voulait pas d'un enfant.
Sommeil. Manuka Manuka. Ses yeux de forêt. Juni. Quel curieux prénom.
Longtemps Pier est resté prostré dans le vieil appartement fatigué qui l'avait attendu pendant ses années de voyages.
Puis il s'est relevé, et il a choisi de connaître Juni.
 
 
Manuka a traversé des kilomètres les yeux dans la vitre, son vieux sac à dos sur le siège d'à côté. Elle s'est débarrassée d'anciennes chaînes au fil des lacs des forêts des arbres. Manuka caresse son ventre et c'est le retour au bitume, au ventre de son enfance. Reprendre les choses là où elle les avait abandonnées. Revenir. Et renaître.
 
 
Soirée-fausse-couche. Gestes à contre-coeur. Se chanter des bêtises. Préparer le sac de Juni, ne pas oublier sa brosse à dents, ni son cahier de vie. Son bonnet et sa paire de lunettes. Et puis son doudou, surtout son doudou. Fermer le sac. Ouvrir la porte. Embrasser son enfant. Lui dire au revoir. Au revoir ma Juni-libellule. Et croiser dans un demi-éclair le regard voilé de cet homme dont elle s'était libérée, à qui elle remet son enfant pour le week-end. Elle aime bien l'histoire des légumes qui parlent, je te l'ai mise dans le sac.
Pier ne sourit pas. Il fait juste un petit « d'accord » de la tête. Il prend la main de Juni qui lève vers lui des yeux intrigués et admiratifs. Pier est grand. C'est un aventurier. Juni a de drôles d'étoiles dans les yeux. Manuka a le fond du ventre qui tremble. Elle dit juste un dernier au revoir et ferme la porte.
 
 
_ Tes yeux, on dirait la forêt, c'est drôle. Ils sont verts de noir.
_ Tu dis des bêtises.
_ Tu m'aimeras encore quand je serai un pauvre type ?
Rires
_ T'es déjà un pauvre type…
_ Tu peux rigoler Manuka, moi je te laisserai jamais partir.
 
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