Chapitre 61C: Octobre - décembre 1812

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Le huit octobre, je recevais un faire-part de naissance : Jacqueline, la fille de Gustavine, venait de mettre au monde le trente et un août dernier une petite fille qui n'avait pas encore été baptisée. J'étais donc invitée au baptême, en l'église Sainte-Geneviève de Paris, le dimanche dix-huit octobre, à onze heures. Je comptais bien m'y rendre seule, pour revoir ma belle-fille, constater à quel point Jacqueline avait grandi, et rencontrer pour la première fois la petite-fille de Gustavine.

Le onze vers huit heures du matin, la malle pleine d'affaires chargée sur le toit de la voiture, nous embrassâmes chacun Frédéric pour des adieux solennels et assez froids. Nous n'étions pourtant pas censé le revoir avant plusieurs années. C'est sous une fine pluie qu'il monta dans la voiture pour quitter Rouen, avec son jeune page. Il allait beaucoup nous manquer.

Le dix-huit octobre à cinq heures du matin, je quittais Rouen en voiture commune pour arriver un peu après onze heures à l'église Sainte-Geneviève. Je rêvassais durant le long trajet, la tête appuyée contre la vitre, le paysage alternant entre campagne et ville.

La voiture ne me déposa évidemment pas devant l'église, et je dû parcourir un long chemin pour parvenir jusqu'a elle. A mon arrivée, je soupirais. La cérémonie avait déjà commencé.

A l'intérieur, plusieurs familles assistaient au premier sacrement de leur nouveau-né, dont celle de Gustavine, assise au premier rang. Je m'avançais doucement vers elle.

— Bonjour... Chuchotais-je

Elle eu un mouvement de recul, sans doute surprise.

— Louise ? Je n'y croyais pas lorsque son mari Jean avait fait imprimer les faire-part, mais comme l'on dit si bien, mieux vaut tard que jamais. Elle regarda vers le baptistère. Regardez, c'est ma petite-fille Jacqueline. Le prêtre ajoutait l'huile sainte sur le front de l'enfant.

— Et où se trouve Jacqueline votre fille ?

— Là-bas près de son mari. Les parrains et marraines sont son frère et sa sœur.

— Vous devez être fière. Et Bernadette ?

— Elle est au Carmel depuis un certain temps déjà. De si longues années que je n'ai pas revu ma cadette... en revanche je suis désolée, mais vous ne pourrez pas rester pour le repas. Leur appartement est minuscule et ils ont prévu d'inviter toute la famille de son mari.

— Je comprends. Je crois que je vais vous laisser.
j'ignore si elle tenta de me retenir mais vexée d'être ainsi exclue de la famille, je quittais l'église au pas de course.
La voiture revint près du port à 13h et durant le trajet, je profitais de l'abreuvement des chevaux pour m'arrêter dans l'auberge pour manger.

A la maison, l'ambiance semblait tendue : Pierre-Jean hurlait et personne n'avait l'air d'avoir envie d'aller le consoler. Je m'en allais voir Jeanne pour essayer de trouver une explication.

Elle s'essuya les mains sur son tablier et s'assied sur la chaise dans la cuisine.

— Alice a provoqué son père ce matin et Pierre-Jean fait ses dents je lui ai donné son hochet pour le soulager mais j'ai bien peur d'être impuissante. Elle soupira et je ne pu qu'ajouter.

— Je vais voir ce que je peux faire.

Je m'en allait chercher Pierre-Jean, rouge de larmes dans son berceau et, avec l'enfant dans les bras je tentais d'expliquer à Alice les conséquences de son comportement avec son père.
— Qu'est-ce que c'est que ce comportement Alice ?

— Quel comportement ?

— Ne niez pas, Jeanne m'a informé. Comprenez que vous vous vous fait du mal toute seule Alice.

— Je sais.

— Non vous n'avez pas l'air de savoir. Ne pas l'air de comprendre jusqu'où il peut aller. Après, si le programme arrachage de cheveux gifle et privation vous tente. Bon, j'ai des tâches à effectuer. Vous changerez le petit. Je lui tendis l'enfant garçon. La fin de la journée se déroula normalement, du moins jusqu'au souper. Alice avait été mise au régime pain sec et eau chaque soir depuis le matin, tous assis autour de la grande table nous mangions notre soupe dans un silence morbide lorsque Alice commença à claquer de la langue.
— Arrête immédiatement. Lui ordonna son père. Elle le fixait de ses yeux noirs, un sourire en coin. Cela tourna court puisqu'Alice recommença. Son père se leva, l'attrapa par les cheveux et l'envoya dehors.

— Vous y resterez jusqu'à nouvel ordre c'est clair?

Nous continuâmes notre repas dans une ambiance tendue. A la fin de celui-ci, pendant que Jeanne nettoyait la vaisselle, je m'en allait voir Alice assise sur le perron. Elle s'essuya les yeux et se tourna vers moi.

— Il ne m'aime pas. Mes parents ne m'ont jamais aimé.

— Votre père vous aime mais il est sévère c'est tout. Eduquer c'est aimer.

— Pas en m'arrachant les cheveux.

Les larmes coulèrent sur ses joues d'enfant, pendant qu'elle se frottait le crâne.

— Et maman, pourquoi n'assume pas son rôle ?

— La vie est ainsi faite.

En novembre, je repensais à ma sœur. Le froid mordant rendait les journées mornes.

Pierre-Jean babillait à présent, et un jour je crus entendre ''mamam'' un moment de donner sa bouille de céréales. Nous reçûmes à la fin du mois de novembre une petite lettre bien venue.

Chers papa, maman, grand-mère, Louise-Marie, Alice et Jeanne
Je suis bien arrivé à la Flèche et il ne pleuvait plus. Ici nous dormons dans un grand dortoir (le numéro quatre) de 12 lits et je me suis fait trois copains : Frédéric (comme moi), Antoine qui est en 3e année et Jean (mon meilleur copain.)

Nous avons fait du cheval et les 3e année peuvent manier des armes. Chaque mati, chaque matin on chante l'hymne du départ, que je connais par cœur. Les repas sont bons, un peu comme à la maison, vous me manquez mais j'adore le Prytanée. Après je voudrais rejoindre Saint-Cyr-l'École pour devenir soldat en profession. J'espère que Pierre-Jean va bien et qu'il pourra marcher un jour.

Je vous souhaite une bonne santé et vous embrasse tous

Frédéric

La lecture de cette lettre fit réagir violemment mon fils.

— Pourquoi l'ai-je envoyé là-bas? Seigneur tout est de ma faute. Espérons que Pierre-Jean ne suive pas le même chemin...

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