Chapitre 59C: août - septembre 1811

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Pierrette ( 30 décembre 1809 - 10 septembre 1810)

Nous apprîmes que nous ne repartirions pas cette année à Criel – sur – mer, à cause notamment d'un des collègues de Léon-Paul malade dont ils devaient ''éponger'' les heures qu'il n'assurait plus. Peut-être l'année prochaine espérait-il...

Ayant l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis leur départ, je fus rarement aussi contente de retrouver mes deux petites – filles à la fin du mois d'août. Louise – Marie et Alice, rentrées du pensionnat en fin d'après – midi, durent patienter environ une heure pour rencontrer Pierrette, jusqu'à la fin de sa sieste. Louise – Marie, âgée de neuf ans, était en extase devant sa petite sœur.

— Mais elle est toute rousse ! Elle l'a prit dans ses bras, la promena et la câlina longuement.

Au fil des jours, nous nous aperçûmes que notre grande Alice de onze ans préférait nous aider efficacement que mignoter la petite. Elle m'observa d'abord puis apprit ainsi à lui changer ses langes, peigner ses cheveux, et lui donner à manger. Je lui expliquais entre autre comment nettoyer entre les plis de son cou rougis par l'irritation, et appliquer la pommade.

Le soir de son arrivée, après le souper, elle fit part à son père de quelque chose.

— Je voudrais quitter le pensionnat pour aider grand – mère, maman et Jeanne à la maison.

— Oui mais non. Tu attendras tes treize ou quatorze ans. Il faut avant tout que tu termines ton instruction religieuse.

Elle eu l'air de réfléchir.

— Grand – mère pourrait – elle me l'enseigner ?

— Elle a bien d'autres choses à faire. Ne tente pas de négocier, tu resteras là – bas. A moins que tu ne veuilles entrer dans un couvent.

— Non papa, je souhaite me marier plus tard.

Frédéric, qui retourna à l'école dès septembre, préparait sa première communion prévue pour le mois de décembre prochain. En attendant, nous profitions des dernières chaleurs avant l'arrivée de l'automne. Suite à sa courte période de traînage sur les fesses, Pierrette avait acquis le quatre pattes et se déplaçait désormais dans toute la maison, y compris les escaliers. Mais à huit dans cette maison, il y avait toujours du passage et quelqu'un pour la redescendre avant qu'elle ne tombe. Durant la journée, les filles nous aidaient, passaient le balais, portaient les courses, l'eau ou surveillaient Pierrette en l'empêchant d'atteindre la cuisine lorsque Jeanne préparait la soupe. Entre elles, il n'y avait jamais eu de véritable complicité, et Alice sermonnait souvent sa sœur pour des broutilles, qui partait alors dans sa chambre en boudant, comme lorsque Louise – Marie qui devait apporter sur la table la sauce prévue pour l'entrée, manqua d'en renverser.

— Fait attention idiote !

Louise – Marie fronça les sourcils et croisa les bras.

— Tu m'énerves Alice ! J'ai quand même le droit de faire des choses...

— Tu es tellement maladroite, je te préviens.

— Moi j'en ai trop marre de toi. Ce soir, je le dirais à papa.

— Je suis sûre qu'il s'en fiches.

Je m'immisçais dans leur conversation au détour du rangement d'un produit dans le garde – manger.

— Méfiez – vous donc Alice, Frédéric a connu le martinet il y a quelques temps.

Louise – Marie lui tira la langue, ce qui ne me plût pas trop.

— Non par contre je ne veux pas de ça. Vous devriez baisser les yeux également.

Tout s'arrangeait lorsque Frédéric rentrait, puisque Louise – Marie délaissait les tâches domestiques pour s'amuser avec lui. En ces beaux jours, le jardin était encore accessible, et l'on pouvait constater que les travaux de construction commençaient derrière. A cause de cela, Léon – Paul dû bientôt faire installer une barrière de bois tout autour, ce qui eu l'avantage de nous permettre de laisser Pierrette gambader dans l'herbe sans risque qu'elle s'échappe. Les deux inséparables s'amusaient à courir derrière elle en tapant des mains pour la faire détaler et rire aux éclats. Parfois, son parrain Pierre venait prendre un dîner avec nous, et il s’enquérait de sa santé. Si elle ne mangeait pas ses purées en notre compagnie, car on devait la nourrir à la cuillère et ses horaires étaient particulières, la petite, assise sur sa chaise rehaussée, adorait suçoter son croûton de pain en nous observant.

En septembre, ses deux sœurs assistèrent à une chorale à l'église dans laquelle chantait Frédéric, et parurent étonnées de ses capacités vocales. Le petit garçon servait aussi le prêtre un dimanche tous les deux mois, et pour la première fois ce mois – ci, à la place de la messe habituelle, il eu le privilège d'assister un baptême.

Il nous raconta la cérémonie, la petite fille de trois jours très calme, l'ambiance particulière, ses mains moites, l'hésitation parfois, mais tout ça avec un immense sourire de fierté. A l'école, les jeunes garçons lassés des longues messes se disputaient le droit d'aider aux baptêmes, mais le summum pour un servant d'autel était d'être choisi pour un mariage, réservé aux plus âgés.

Une chaude fin d'après – midi de septembre, vers seize heures comme je m'y étais habituée, je laissais ma lecture pour aller réveiller Pierrette, qui prenait habituellement son biberon à cette heure-ci. Avant même d'atteindre son berceau encore installé près du lit de ses parents, je m'inquiétais de ses pleurs étranges et faibles semblables à des gémissements. Trempé de diarrhée, l'enfant tenait désormais à peine sa tête et ses joues étaient très chaudes. Je la sortais en urgence de la chambre pour aller la rafraîchir au gant de toilette. Marie, qui passait par là, m'aida en voyant sa fille vomir sur moi. Nous fîmes ce que nous pûmes pour la guérir, Léon – Paul nous procurant ses conseils, toute la famille la promenant à tour de rôle dans la maison pour l'apaiser, mais le lundi dix septembre au matin, elle expira une dernière fois dans les bras de sa maman.

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