Chapitre 52A: avril 1803

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En avril, en plus d’une météorite qui passa tout près de nous et qui effraya les populations, les trois enfants Aubejoux changèrent d’âge. Alice eu quatre ans, Louise-Marie célébra son deuxième anniversaire et Frédéric passa le cap important de sa première année. La bougie que leur frère n’était évidemment pas parvenu a souffler divisa les deux sœurs, et elles se disputèrent en se tirant les cheveux leur droit à l’éteindre. Marie, excédée, mis finalement fin à la discorde en soufflant la petite flamme, et laissa fondre en larmes les deux enfants qui vinrent vers moi, devant me confondre avec le bureau des plaintes. Elles se turent subitement lorsque leur père intervint, en prenant cette voix sévère qui rétablissait l’ordre rapidement.

— ‘’ Ça suffit maintenant ! Si c’est ce que vous voulez, je vais vous donner une excellente raison de pleurer. Il s’adressa à son épouse qui essuyait le nez de son bébé. Allez les mettre cinq minutes dehors, ça les calmera.

—''Vraiment ? Il ne fait pas chaud…

—''Oui oui, allez.

Comme il devait en avoir marre d’attendre devant les hésitations de Marie, Léon – Paul attrapa les deux filles par les mains et alla les asseoir sur le perron, en les laissant pleurer de plus belle en refermant la porte. J’en eu mal au cœur. Ce supplice dura exactement une minute trente, jusqu’à ce que Marie n’ailles les chercher, redoutant peut – être la réaction de son mari qui la laissa faire sans rien dire. On réchauffa les enfants qui furent cependant vite remise de leur punition, sans preuve que cela leur apprendrait à ne plus se disputer.

Nous apprîmes par l’intermédiaire de Léon-Paul qu’Auguste comptait bientôt se remarier. Si il refusait de lui en dire sur l’identité de sa future épouse, l’assurance, c’est que ce n’était pas a cœur joie que mon neveu allait refaire sa vie. Son unique but en se remariant, c’était de pouvoir faire revenir ses deux enfants dont l’éloignement même minime devenait de plus en plus difficile à vivre pour la benjamine, et de permettre à l’aîné de reprendre ses études subitement interrompues.

A cinquante-trois ans désormais, je savais qu’il fallait que je surveille ma santé, et plus particulièrement mon dos, sollicité par les nombreux enfants que j’avais porté littéralement durant toutes ces années, et Louise-Marie, qui avait tendance à réclamer mes bras lorsque sa mère était occupée ailleurs.

Bientôt, le seul enfant qui me restait aurait trente ans, et j’ignorais encore ce que je lui offrirais pour marquer cet événement important. J’avais pensé à une petite sortie, mais c’était toujours compliqué avec son travail. Marie n’était guère plus inspirée que moi.

Léon – Paul ne portait ni barbe, ni moustache. Quand il arrivait le matin pour le déjeuner, il était toujours rasé de près. Quant a ses boucles rebelles, Marie ou moi – même nous en occupions une fois tous les deux ou trois mois. C’était le seul de la maisonnée qui réclamait régulièrement une coupe, car Alice et Louise – Marie portaient leurs cheveux longs comme nous deux, et Frédéric était presque chauve. Sa première coupe aurait lieu vers trois ans, comme de coutume.

Le soleil revenait et les petites pouvaient ainsi profiter de nouveau et sous notre surveillance du grand jardin derrière la maison, en se défoulant, criant, riant et se poursuivant. Parfois, quand Jeanne étendait le linge, les filles se cachaient dans ses jambes ou entre les draps provoquant souvent les sourires mais aussi quelques fois la colère de la jeune femme lorsqu’elles renversaient le panier de linge bon pour être de nouveau frotté. Alice appréciait de s’amuser avec sa cadette, mais celle – ci l’agaçait en fin de jeu en la suivant partout, en la prenant littéralement comme modèle. Quand le jeu était terminé, l’enfant aurait voulu rester tranquille. Mais voilà, l’amour exacerbé que lui portait sa cadette faisait que quand Alice mangeait une tartine de confiture, sa sœur réclamait la même chose, si elle voulait les bras de sa mère, elle allait râler pour récupérer elle – aussi une place. La petite venait ainsi souvent me voir avec son air désespéré, tenant de se libérer de l’emprise de sa sœur.

—''Grand – mère… Louise – Marie elle me colle…

—''Vous savez Alice, elle vous fait l’honneur de vous prendre comme modèle. Ce n’est pas bien grave, et vous verrez même que dans quelques années, cela vous manquera.

Elle courait pour lui échapper et s’arrêta, excédée.

—''Arrête de me suivre ! Tu pues en plus !

Je la pris par la manche.

—''Qu’ais – je entendu ? Vous savez ce que vous risquez si votre père apprend que vous vous exprimez avec un tel vocabulaire ?''

—''Excusez – moi grand – mère.''

Je fis des yeux ronds.

—''Pardon… Veuillez – m’excusez… Mais Louise – Marie doit être changée. ''

—''Je m’en occupe, ne vous inquiétez pas.''

Suite à une légère fuite dans une des chambres inoccupées à l’étage, Léon – Paul fit venir un artisan qui monta sur le toit pour remplacer une tuile et devant le son creux de certaines parties de la charpente et les petits trous, il y détecta une colonie de termites. Comme nous ignorions tous de quoi il s’agissait, il nous expliqua simplement que c’était de petits insectes blancs qui s’installaient en colonies pour dévorer le bois, et que malheureusement, la seule solution était de tout remplacer avant que le toit ne s’écroule. L’échéance après le diagnostic était assez courte, nous avions environ deux mois pour agir avant que tout ne s’aggrave. L’artisan laissa un petit papier plié en deux en partant, sur la table du salon, avec le prix qu’il prendrait pour les travaux. Léon – Paul dû s’asseoir en découvrant le montant qui s’élevait a 350,000 francs. Le seul problème était que nous n’avions pas le choix, si nous voulions garder la maison. Le soir, une fois les enfants endormis, mon fils nous exprima son souci, marchant autour de la table, s’arrêtant pour remettre du tabac dans sa pipe. Il expira un nuage de fumée.

—''Je ne peut pas payer. Je n’ai pas les moyens d’investir deux fois le prix de la maison dans une charpente neuve, avec mes deux crédits à rembourser.''

—''Tu pourrais prendre une location en attendant la fin des travaux. Même si nous dormons…''

Il l’a coupa.

—''As – tu écouté ? Y a t-il marqué Armand Corcelles sur mon front ?''

Il me fis sourire.

—''Qu’avez - vous donc contre lui ?''

—''Vous n’avez pas lu la dernière dans la gazette ? Monsieur a dessiné les plans d’un château pour le tsar de Russie.

—''Vraiment ? Le mari de Malou ? Vous me montrerez le journal, ça m’intéresse.''

Mon fils s’adressa de nouveau a son épouse.

—''Marie, j’étais en train de te dire que je n’étais pas en mesure de financer les travaux, je ne vois pas pourquoi tu me parles de location. On se demande bien ce qu’il se passe dans ta tête parfois, non mais franchement ! Réfléchi !''

—''Calmez – vous Léon-Paul. Elle doit juste être un peu fatiguée. Je prenais la main de ma belle – fille et lui adressa un sourire complice. Ce n’est pas grave. Hein ?''

Sans nous souhaiter le bonsoir, la jeune femme s’essuya les yeux d’un revers de manche et monta se coucher. Je lu le soir même la gazette dont mon fils m’avait parlé, et l’article, sur deux pages, racontait l’ascension de ce ‘’ génie des plans ‘’ depuis ses débuts à quatorze ans dans l’atelier de son père charpentier jusqu’aux dessins des plans du fameux château pour le Tsar de Russie. Personne n’aurait pu nier qu’il avait un sacré coup de crayon.

Dans un cadre, en bas à droite de la page, on l’avait représenté avec son épouse et leurs six enfants devant leur grande maison. C’était la première fois que les voyais réunis tous les huit et c’est pourquoi je décidais de garder précieusement la double – page.

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