la boum

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Ce matin-là, Vivien nous rendit visite. Il semblait excité.

« Salut Fabien. Comment ça va ? Remis de tes émotions ?

– Je vais bien. Et toi ?

– Ça gaze. Ce soir il y a la boum des frangines Mastrella. Quasi tout le village est invité.

– Cool, tu vas pas t’ennuyer dans ce cas.

– C’est sûr. D’ailleurs, j’ai un petit quelque chose pour toi. » me lança Vivien avec un sourire malicieux.

Il sortit de son blouson une invitation pour la soirée sur laquelle était apposé mon nom.

« Comment j’ai pu avoir une invit’ alors que je ne connais même pas les Mastrella ?

– Je t’ai pistonné mon gars. Tu vas pas rester tout seul dans ton coin pendant qu’on fait la teuf !

– Il faudra que je demande à mes parents.

– Relax, c’est qu’une boum, ça va pas finir à trois heures du mat ! »

Maman qui n’avait entendu que la fin de la phrase de Vivien nous rejoignit.

« Qu’est-ce qui ne va pas finir à trois heures du matin ?

– Il y a une boum organisée dans le village ce soir, je me suis permis d’inviter Fabien.

– C’est gentil à toi, mais je ne suis pas sûre que ce soit le meilleur moment pour faire la fête. Fabien a besoin de repos après ce qui s’est passé.

– S’il te plait maman, suppliai-je. Je ferais la vaisselle pendant une semaine. Et je rangerais ma chambre. Et...

– OK. OK. J'ai compris. Pas la peine d'en rajouter ! De plus, je pense que ça ne peut pas te faire de mal. Ça te permettra de passer une bonne soirée avant la rentrée. Surtout qu’après tu n’es pas près d’en refaire de sitôt.

– Merci maman, dis-je en l’embrassant.

– Ton père viendra te chercher pour minuit au plus tard.

– Cool. Tu vas voir on va bien s’amuser, ajouta Vivien.

– À quelle heure on se retrouve ?

– Je passe te chercher vers dix-sept heures.

– OK. À toute. »

La journée fila à toute vitesse et vers seize heures je trustai la salle d'eau : d’abord un bon bain relaxant, ensuite, je me mis un peu de parfum.

Pour les habits, j’avais opté pour une tenue classique en noir et blanc : un pantalon velours noir, une chemise blanche et mes chaussures cirées noires. Je m’étais également mis du gel dans les cheveux.

« Un vrai petit prince, commenta ma mère, alors que je descendais l'escalier.

– Tu vas faire des ravages, ajouta mon père.

– Valentino !

– C’est de son âge, enchérit mon père en clignant de l’œil.

– Oui mais pas de bêtises, déclara ma mère.

– Sage comme une image, lui rétorquai-je.

– Ne te moque pas et amuse-toi bien.

– Promis maman. »

À dix-sept heures, Vivien vint me chercher comme il l’avait annoncé.

Quand maman ouvrit la porte, il émit un sifflement admiratif en me découvrant.

« Mazette, tu t’es mis sur ton trente-et-un !

– Merci, répondis-je. Tu n’es pas mal non plus.

– Dimitri nous attend dans la voiture. Maman va nous conduire chez les Mastrella.

– Tu lui donneras le bonjour, dit ma mère.

– Je n’y manquerai pas. À quelle heure voulez-vous qu’on vous ramène Fabien ?

– Je viendrai vous chercher à minuit. Tu peux me donner l'adresse des Mastrella ? intervint mon père.

– D’accord. Je préviendrai maman. Ils habitent au 7, rue Pasteur. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée, déclara Vivien.

– Ouste maintenant. Et pas trop de bêtises, conclut papa. »

Je suivis Vivien et m’installai sur le siège arrière gauche, le droit étant occupé par Dimitri et celui de devant par Vivien. Hélène conduisait.

« Tout le monde est là ? Je peux faire le taxi ? s’enquit Hélène. Attachez vos ceintures. »

Le trajet se déroula sans incident. Le domicile des sœurs Mastrella n’était pas très éloigné de ma maison et on aurait même pu y aller à pied !

Notre arrivée ne passa pas inaperçue : trois adolescents descendant de voiture ce n’était guère discret !

Hélène nous précéda et sonna à l’entrée de la bâtisse. Une femme lui ouvrit la porte.

« Bonjour Hélène. Comment allez-vous ?

– Bien, et vous Donatella ? Je vous amène Vivien, Dimitri et Fabien. Le père de Fabien viendra les rechercher vers minuit.

– Impeccable. Ils ne vont pas s’ennuyer ce soir. Isabella et Claudia ont prévu un beau programme.

– Je n’en doute pas.

– Bon, les enfants entrez donc. On ne va pas vous manger.

– Moi je te laisse. J’ai mille choses à faire.

– Tu peux y aller. Tu n’as pas à t’inquiéter pour les garnements. Ils sont en sécurité ici, rit la maîtresse de maison.

– Et merci de les avoir invités, surtout Fabien que tu ne connais pas. Tu verras c’est un gentil garçon. »

À ces mots, je rougis, gêné, ce qui provoqua l’amusement de notre hôtesse.

« C’est vrai que tu sembles bien gentil, toi», dit Donatella en m’ébouriffant les cheveux.

Après le départ d’Hélène, Donatella nous conduisit dans le salon où plusieurs adolescents attendaient plus ou moins sagement. Je reconnus Matthieu et Léa et me dirigeai vers eux pour les saluer. Léa m’emmena un peu à l’écart.

« Je ne pensais pas te trouver ici, commença-t-elle, intriguée.

– Moi non plus. Je ne pensais pas que tu aimais ce genre de fête.

– Tu me connais bien ! Mais Donatella est une amie de la famille. C’est plus une obligation qu’autre chose. Généralement, je pars après l’ouverture de leurs cadeaux, vers dix heures.

– C’est réglé comme une horloge suisse !

– Ouais, on peut dire ça, continua Léa, plus détendue. Et toi ?

– Vivien a parlé de moi aux Mastrella et les a convaincues de m’inviter. Je ne connais pas grand monde à part toi, Vivien, Dimitri et Matthieu.

– Tu ne perds pas grand-chose ; quelques bimbos du lycée et des mâles bourrés de testostérones qui leur tournent autour…

– C'est pas très vendeur ! Pour l’instant je vais essayer de m’amuser en buvant quelques jus de fruits et en écoutant de la bonne musique.

– Pour la musique j'en sais rien, et pour les jus de fruits tu repasseras. Ils préfèrent la vodka par ici.

– Ils ont bien du jus d’orange pour accompagner leur vodka, ajoutai-je avec un clin d’œil.

– Même pas sûr ! Mais tu peux tout de même tenter ta chance.

– Allez, essaie de t’amuser quand même et bon courage.

– Merci. On se retrouve tout à l’heure, à moins que tu ne sois tellement beurré que tu ne me reconnaisses pas, termina Léa avec un clin d’œil.

– Bien sûr. Je vais finir tous les fonds de verre », ajoutai-je en imitant la démarche d’un ivrogne.

Léa rit avant de repartir se mêler aux autres.

Je cherchai les hôtesses afin de les remercier pour l'invitation, mais ce furent elles qui me trouvèrent, finalement. Je restai bouche bée devant leur ressemblance : Vivien ne m'avait pas prévenu qu'elles étaient jumelles !

« Voilà enfin le petit nouveau, commença l'une d'elle.

– Il est trop chou, poursuivit l'autre.

– Fabien. Enchanté.

– Enchantées ! De même, pouffèrent les deux sœurs avant de continuer à l’unisson.

– J’espère que tu nous as apporté de jolis cadeaux. »

Je me sentis gêné. L’invitation avait été à la dernière minute et je n’avais pas du tout pensé à prendre quoi que ce soit pour elles. Je bafouillai que je leur rapporterai un cadeau plus tard et elles me répondirent que ce n’était pas la peine, que ma présence leur suffisait.

Ce n’était peut-être que des banalités échangées entre nous, mais leur regard me troubla ; un mauvais pressentiment germa dans mon esprit…

Je devais garder la tête froide et ne pas me laisser aller à la paranoïa ; tous les habitants de ce village n’étaient pas forcément des psychopathes en puissance…

« À tout à l’heure », concluèrent, d'une même voix, les jumelles avant de prendre congé.

Je me dirigeai ensuite vers les tables pour grignoter lorsqu’une main me tapa sur l’épaule.

« Bon appétit. Il n’y a que ça de bien ici, lança Dimitri amusé.

– Y'a pas beaucoup d’ambiance pour l’instant, renchéris-je.

– Ils attendent le gâteau et après, ça va vraiment commencer. Ils ne voudraient pas choquer les plus sensibles, dit-il en désignant Léa du regard.

– Ils pourraient mettre au moins un peu de musique. Une boum sans musique j’avais jamais testé et franchement c’est nul, maugréai-je.

– Je suis d’accord avec toi. Mais faut pas chercher, ici ils nous font le coup à chaque fois… Y'a rien avant vingt-deux heures et l’arrivée du gâteau.

– La prochaine fois, je viens direct à vingt-deux heures !

– Yep, t'as pas tort. Mais puisqu'on est là autant se fondre dans la masse. Désolé de te lâcher, mais faut que je passe de la pommade à d’autres.

– OK. Amuse-toi bien. », conclus-je avec un clin d’œil.

Les heures passèrent et Donatella apporta enfin le dessert. Elle le déposa sur la table et convia ses deux filles à venir autour de leur gâteau.

« Vous êtes prêtes mes chéries ?

– Comme toujours maman.

– Allez on compte. Un, deux, trois… »

Isabella et Claudia soufflèrent leurs bougies sous les applaudissements de la salle. Léa m’adressa un sourire du fond de la pièce ; elle s’était rapprochée de la sortie et avait déjà remis son manteau. Elle semblait mélancolique. Pendant quelques secondes, un malaise que je ne sus expliquer m’envahit. Qu’est-ce qui m’avait perturbé ?

Je m’attardais, par hasard, sur ses yeux et son regard me déstabilisa : mélange de tristesse et de sauvagerie d’un vert noisette… comme... non, je débloque grave là !

Je devais me concentrer sur la soirée plutôt que de perdre mon temps à imaginer des choses impossibles !

À peine les remerciements des deux adolescentes terminés, Léa quitta la pièce.

Même si elle ne semblait guère apprécier Isabella et Claudia, je trouvai son départ un peu précipité et déplacé.

Dès sa sortie, Donatella mit la musique.

« Amusez-vous maintenant, lança-t-elle avec entrain.

Qu’est-ce que c’est que cette soirée ?

Les autres n’attendaient que ce signal ; certains envahirent le milieu de la pièce en se déhanchant et en chantant tandis que d’autres sortirent de la cuisine en portant des plateaux de verres d'alcool…

J’avais du mal à m’intégrer dans cette soirée bien que la musique permit de me détendre un peu…

Quelques minutes plus tard, je commençais à m’amuser lorsque l'une des deux soeurs vint me voir.

« Fabien, c’est bien ça ?

– Ouais, c’est ça. Et toi ? demandai-je, timidement.

– Isabella. Ce ne doit pas être facile pour toi de nous distinguer, mais passons. Suis-moi, j’ai quelque chose à te montrer.

– Tu ne veux pas rester avec les autres ? demandai-je, peu rassuré.

– Tu ne crains rien. Viens j’te dis.

– Je te suis, dis-je, un peu à contrecoeur.

– C’est bien. Tu ne vas pas le regretter. »

Je regardai les autres qui s’amusaient, qui riaient, buvaient, dansaient…

Cette sensation bizarre ne me quittait pas. J’essayai de trouver Matthieu et Vivien pour qu'ils m'aident à lui fausser compagnie, mais je ne les aperçus pas... Seul Dimitri était accosté par l'autre jumelle.

Lentement, je suivis la mienne ; les autres s’écartèrent de son chemin, en un silence soudain et total, qui renforça mes craintes.

On aurait dit une haie d’honneur pour un mariage…

Je divaguais bien sûr, alors que je n’avais rien bu d’alcoolisé et qu’on ne m’avait pas drogué !

L'adolescente m’attendait en haut de l’escalier. Pendant que je montais les marches, un autre couple me suivit : il s’agissait de Claudia et de Dimitri.

Dans le salon, les danses et les rires reprirent.

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