le match de foot

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Dès mon réveil, on me prend la tension. Elle doit être bonne, car ils sourient. On me donne un verre d’eau que j’avale goulûment, j’ai l’impression de ne pas avoir bu ou mangé convenablement depuis des mois. Je sais que ce n’est pas possible : on vient juste de commencer cette phase de tests, mais cette sensation ne me quitte pas !

L’un d’entre eux m’apporte un petit morceau de pain ; je vais, enfin, pouvoir avaler autre chose que leur satanée drogue.

Le répit est de courte durée, car déjà un autre m'enfonce une seringue. Je vais replonger dans ces souvenirs dans peu de...

*

Le dernier lundi des vacances commençait plutôt bien, je lisais tranquillement dans mon lit, quand ma mère frappa à ma porte.

« Coucou chéri, il y a ton copain Vivien qui est venu voir si tu étais en forme pour un foot ce matin.

– Ça marche maman. Je m’habille et je descends.

– Je vais préparer ton petit déj en attendant. »

Après avoir enfilé mes affaires de sport, je descendis dans la cuisine où m'attendaient Vivien et maman.

« Alors la marmotte, c’est à cette heure-ci que l’on descend ? me taquina Vivien.

– Je profite des derniers jours de vacances, moi, répondis-je sans me démonter.

– On peut faire autre chose que pioncer pendant ses vacances.

– Mais je ne dormais pas, je m’instruisais, dis-je, d’un ton faussement supérieur.

– Monsieur s’instruisait. Et avec quelle matière plait-il ? me demanda Vivien sur le même ton.

– Les albums d’Astérix. », pouffai-je.

Vivien rit avec moi avant que maman ne nous interrompe :

« C’est bien gentil tout ça, mais avant de jouer au foot, tu dois prendre des forces. »

Pendant que l’on se marrait, elle avait sorti un bol, mis le chocolat en poudre dedans avant d’y ajouter un sucre et là, elle s’apprêtait à verser le lait.

« Un vrai petit prince, ironisa Vivien.

– Son Altesse est servie. », enchérit ma mère.

Je me coupai du pain et tartinai les tranches de confiture avant de les manger et d’ingurgiter la boisson. Puis, je plaçai le bol dans l'évier, le remplis d'eau et frottai un peu pour éviter que les résidus de lait ne collent.

J’enfilai ensuite mes baskets.

« Evite de rentrer trop tard ou couvert de bleus, rit ma mère.

– Pour l’heure oui, pour les bleus, je ne te promets rien.

– Allez, filez garnements. », conclut ma mère.

Vivien me conduisit dans un champ un peu à l’écart du village, où un groupe de garçons et de filles nous attendait avec un ballon.

« Comme tu es nouveau, je vais te présenter toute la bande, commença Vivien. Ici, c’est Rémy, dit-il, en désignant l’adolescent à côté de lui. Le joli brin à ma gauche, c’est Juliette. Le gros costaud, c’est Brice. Le petit à lunettes, là-bas, c’est Benoit, le frangin de Rémy. On a aussi Vanessa, Matthieu, Corentin et au fond c’est Dimitri.

– Lui, je le connais. Il m’a fait une blague hier.

– Ça ne m’étonne pas. Il sait accueillir les nouveaux. »

Je débutai en serrant la main de Dimitri, ma seule connaissance du groupe.

« En forme aujourd’hui ? me demanda-t-il.

– Je te dirai ça tout à l’heure. », répondis-je.

Je continuai mon tour, empoignant les mains des garçons et faisant la bise aux filles.

« Bon, beh, c’est bien, on va pouvoir commencer, assura Vivien.

– Qui se met avec qui ? interrogea Brice.

– Je serai le premier capitaine et Fabien le second. Honneur aux nouveaux. Pas de réclamations ? », poursuivit Vivien.

*

Le tableau de famille proposé me semble un peu creux, mais passe mieux que la rencontre de mes camarades de jeu. Les gamins qui attendent en rang d’oignons que je les salue et puis quoi encore. Ils auraient dû venir devant moi et se présenter chacun leur tour. Ils me nomment capitaine alors que je ne connais presque personne. Je choisis donc au hasard mes coéquipiers, mais « je » trouve ça normal… Mis à part ça je ne vois pas l’intérêt de ce passage. Que me réserve-t-il ? Je décide de « regarder », car je suis curieux de la suite des événements.

*

Le groupe approuva et l’on forma les équipes. La mienne se composait de Dimitri, Juliette, Matthieu et Rémy ; celle de Vivien était constituée de Brice, Vanessa, Corentin et du petit Benoit.

Vivien l’avait gentiment pris dans son équipe pour équilibrer les gabarits : Benoit d’un côté et moi de l’autre !

« Maintenant que les équipes sont formées, on va pouvoir jouer. Mais avant, il nous faut délimiter les buts, déclara Vivien, avant de retirer son sweat et de le lancer à Brice :

– Allez Brice, ne te fais pas prier et montre-nous tes muscles ! »

Brice ôta le haut, lentement, se déhanchant en rythme avec une mélodie langoureuse qu'il fredonnait et se retrouva en T-shirt.

Brice et Vivien placèrent leur vêtement, chacun à une extrémité du terrain avant de rejoindre les autres.

« Et maintenant bon match, déclara Vivien.

– Vous avez pas l'impression qu'il manque quelque chose ? demanda Juliette.

– Je ne crois pas, répondit Brice, maussade.

– Il manque la seconde partie de vos buts ! s'exclama Juliette.

– C'est pas faux, admit Vivien avant de questionner : qui est partant pour se déshabiller ?

– Allez Brice ne fais pas ton timide et enlève le bas », se moqua Juliette.

Avant que la situation ne dégénère, Dimitri et Corentin délimitèrent la seconde moitié des buts avec leur sweat.

La première partie fut bon enfant ; on s’échangeait des passes approximatives, et chacun riait des erreurs des adversaires.

Je ratai pas mal de tacles contre Vivien et Brice, qui me bousculèrent un peu, pour garder la balle. Ils étaient assez bons dans la conservation du ballon. Cependant on ne pouvait pas en dire autant pour la finition : aucun des deux ne marqua de but pendant cette première période.

Au bout d’une demi-heure à courir après la balle, nous décidâmes de nous reposer un peu. Le score était vierge et cela semblait convenir à tous.

« Vous vous débrouillez plutôt bien, admit Vivien.

– Pareil pour vous, répondit Rémy.

– Après la pause, on va passer à la vitesse supérieure, prévint Brice.

– Je me disais aussi que c’était trop facile, convint Dimitri, on aura fait illusion pendant une demi-heure, continua-t-il en riant.

– De toute façon, tant qu’on s’amuse, c’est le principal. », ajoutai-je.

Brice me lança un regard noir que j’esquivai.

C’est quoi son problème à celui-là ?

« Si vous êtes prêts, on peut y retourner, annonça Vivien.

– On va vous essouffler encore plus, déclarai-je.

– D’accord. Eh bien, c’est parti. », conclut Vivien.

L’équipe de Vivien se montra beaucoup plus concentrée que sur la première mi-temps. Ils ajustèrent mieux leurs passes et taclèrent avec plus de précision. Sans les arrêts de Rémy, ils auraient ouvert le score longtemps avant nous. Mais notre gardien du jour stoppa tous les tirs cadrés, ce qui énerva Brice.

« C’est pas du jeu Rémy ; y a que toi de bon dans ton équipe, grommela Brice.

– Ne fais pas ton ronchon, tu vas bien finir par trouver la faille... ou pas, rétorqua Rémy avec un clin d’œil. »

Rémy me lança la balle pour une contre-attaque. J’esquivai facilement le tacle de Benoit, et passai le ballon à Matthieu. Nous continuâmes d’avancer dans le camp adverse en enchaînant des « une-deux ».

Brice tenta de me jeter un rude coup d'épaule. L'ayant vu venir, j'esquivai d'un pas de côté. Pris par son élan, il culbuta violemment au sol.

Voyant ceci, je donnai le ballon à Dimitri, et marchai vers lui, pour prendre de ses nouvelles.

« Tout va bien. Je n’ai pas senti ma force, commenta Brice.

– Cool, on peut donc reprendre. », me contentai-je de répondre.

Brice marmonna entre ses dents et se releva. Il reprit sa place et l’on se remit à jouer.

Matthieu donna le ballon à Dimitri, qui avança un peu plus dans le camp adverse. Il chercha une ouverture pour tirer. Brice, qui connaissait la qualité de tireur de Dimitri, se plaça en goal volant.

Dimitri aperçut Juliette, complètement démarquée. Il décida de lui envoyer la balle dans les jambes. Après l’avoir réceptionnée, elle shoota. Brice se baissa précipitamment pour stopper le ballon. Il réussit sa manœuvre, mais malheureusement pour lui, ce n’était ni avec ses pieds, ni avec ses mains. Le ballon frappa de plein fouet son bas-ventre.

« Putain d’sa mère, geignit Brice.

– Ça va Brice ? s’inquiéta Juliette.

– Ne t’approche pas de moi, gronda ce dernier en s'éloignant du groupe.

– Garde-le, ton sale caractère, déclara Juliette avant de continuer :

En tout cas, c’était un superbe tir. Un joli arrêt aussi, conclut-elle.

– Bon, je vais voir le blessé », proposa Dimitri.

Zlough

Encore ce putain de truc. Cette fois, je ne l’avais pas vu venir et je m’écroulai sur le sol.

– Waouh. Quel gadin ! Tu vas bien ? me demanda Vivien.

– J’ai un peu trop forcé sur le sport, j’ai plus l’habitude, répondis-je, en tentant de sourire.

– Fais gaffe quand même, ajouta Vivien.

– Pas de problèmes. Je peux pas tomber plus bas. », conclus-je.

Vivien en profita pour s’asseoir à côté de moi en attendant le retour de Dimitri et de Brice.


Pendant ce temps, Dimitri s’était rapproché de Brice, et tous deux avaient tourné le dos aux autres.

« Ça va, tu tiens le coup ? Tu es aussi rouge qu’une écrevisse, commenta Dimitri.

– Je voudrais bien t’y voir, toi, grinça Brice.

– Il faut souffrir pour gagner. Tu connais l’adage « à vaincre sans péril… »

– Ouais, je sais « on triomphe sans gloire. » N’empêche, je m’en serais bien passé pour le coup…

– Laisse-moi faire. », annonça Dimitri.

Tout en parlant, Dimitri massait les testicules de son copain.

Soudain, une bulle protectrice invisible engloba les deux adolescents. À l’intérieur régnait une aura apaisante. La douleur de Brice cessa brusquement.

*

Un flash me montre d’autres images : je me retrouve dans une tranchée avec des soldats. L’un d’eux vient de recevoir un éclat d’obus à la jambe. Il y a ce gamin, Dimitri, qui appose ses mains sur la plaie et celle-ci se résorbe miraculeusement.

D’autres visions suivent et à chaque fois, c’est le même délire : une blessure et cet adolescent la fait disparaître avec ses paumes. Je ne comprends rien à ces situations. Quel est le rapport entre ces flashs et le reste des souvenirs ?

Un sentiment étrange me gagne. Le gamin me fixe. Il souhaite me dire quelque chose, mais aucun son ne sort de sa bouche.

Son regard me transperce : j’ai la désagréable impression qu’il me met à nu… C’est même pire que ça… Qu’il cherche à rentrer dans ma tête ! J’étouffe, ma gorge s’assèche, mes yeux roulent dans leur orbite, mon cœur cogne…

« Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire… ». Je dois me contrôler, reprendre mon souffle, ralentir mon rythme cardiaque. Ce ne doit être qu’une illusion, rien de plus. C’est du moins ce dont je tente de me convaincre. Il me faut quelques minutes pour me calmer. Pour faire taire mon imagination je décide de replonger.

Je retrouve Dimitri et Brice là où je les ai laissés.

*

« Tu t’y connais, toi, en massage. Je t’aime bien, mais j’avoue parfois que tu me fais flipper, dit Brice.

– Flipper ? C’est comme ça que tu me remercies ? questionna Dimitri, en souriant.

– Changeons de sujet, annonça Brice, mal à l’aise. On va retrouver les autres sinon ils vont croire qu’on est des pédés.

– Non, mais ça ne va pas, toi ! Je te signale que je suis le tombeur du collège ! Même Vivien ne m’arrive pas à la cheville !

– Je disais ça pour te taquiner, mais tu as un réel talent.

– Merci, mais ne le dis à personne, sinon ils vont tous me demander des massages gratuits ! répondit Dimitri.

– Je dirai rien, motus et bouche cousue, approuva Brice.

– Bon, c’est pas le tout, mais on a un match à finir.

– Allez, c’est reparti. », conclut Brice.

« Zlough »

Et c’est reparti pour un tour. Je ne sais pas si je m’y ferai un jour à ce truc. Bon là, j’étais déjà par terre, j’ai juste reculé dans l’herbe, mais les autres ne s’en sont pas rendu compte. Ouf.

Brice et Dimitri retournèrent nous voir.

« On a cru que vous ne reviendriez jamais, plaisantèrent Juliette et Rémy.

– En pleine forme et prêt à vous massacrer. », répondit Brice.

Pour le démontrer, Brice lança la balle vigoureusement vers Vivien, qui se trouvait seul, mais j’interceptai le ballon de la tête.

« Belle tête le nouveau, s’exclama Vivien. La prochaine fois, je te veux dans mon équipe. »

Je progressai un peu, repoussant les attaques de Vanessa et de Corentin, avant de donner à Matthieu. Ce dernier perdit le ballon au profit de Vivien.

« Pas assez rapide pour moi. », commenta Vivien.

Ce dernier se replaça dans notre coin, mais je revins à grandes – façon de parler – enjambées, pour lui chiper la balle. Ensuite je me dirigeai vers le milieu de terrain où les autres joueurs s’étaient affalés dans l’herbe !

« Vous êtes trop coriaces, lâcha Brice.

– J’abandonne également. », enchérirent Benoit et Rémy.

Vivien nous retrouva et indiqua la fin du match sur un score vierge.

« Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, déclara Vivien.

– De quoi ? questionnai-je, joueur.

– Que je ne gagne pas le match haut la main, répondit Vivien avec un large sourire. D’habitude, la première partie est aussi décontractée qu’aujourd’hui, mais la seconde permet à mon équipe de l’emporter facilement. On est tombé sur un os avec toi. Je te l’avais dit qu’on manquait de sang frais ! C’est cool !

– Merci, mais c’est une question d’équipe. J’ai eu de bons joueurs avec moi.

– Et tu les as bien motivés. Chapeau bas, déclara Vivien en imitant une révérence.

– Tout le plaisir était pour moi, répondis-je sur un ton faussement bourgeois, en singeant également une courbette. »

Tous les autres rirent de notre duo improvisé. Ensuite, nous nous rhabillâmes.

« Voilà, on n’a plus qu’à rentrer chez nous, indiqua Rémy.

– Bon, beh, merci pour le match. Et merci de m’avoir pris dans ton équipe, m’annonça Dimitri.

– Avec plaisir. Et bien joué. », lui répondis-je.

Après avoir salué tout le monde, chacun repartit chez soi. Je quittai Vivien le dernier et rentrai à la maison, un peu fatigué par l’activité sportive.

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— J'espère que personne ne passait par là.
— Dépêchons alors.
 Le groupe quitta la pièce et s'enfonça dans le couloir troglodyte jusqu'à un petit salon, au fin fond du bâtiment. Cellica se précipita vers la cheminée dont ils parlaient un peu plus tôt. Incrustrée dans le mur en face du couloir, elle imposait par sa largeur. Un grand tableau d'ardoise, monté sur deux pieds, avait été entreposé devant, mais ne parvenait même pas à la dissimuler. L'adolescente se glissa derrière après que Cole et Elden eurent déplacé le tableau. Elle appuya dans une encoche située bien à l'abri des regards et l'âtre de pierre se déplaça d'un demi-mètre à l'intérieur de la salle. Cole fut moins surpris du mouvement que du silence dans lequel l'objet s'était mu. Aucun son, aucune vibration n'avait été produit, comme si la pièce était faite de mousse ou de papier.
 Derrière, un étroit couloir s'enfonçait dans la montagne. Le chemin plongeait vers les ténèbres, mais le groupe avait tout prévu. Elden tira une torche et une pierre à briquet de son petit sac de jute, qu'il emmenait partout avec lui. Cole se demandait souvent ce qu'il pouvait bien contenir : le garçon à tout faire avait toujours tout ce dont il avait besoin.
 Traverser cet espace étriqué fut aisé pour les trois enfants. Cole remarqua tout de même que peu d'adultes pourraient en faire autant sans avancer complètement recroquevillés. La roche était si rugueuse qu'elle ne semblait pas creusée par l'homme. L'âtre camouflait l'entrée naturelle d'une grotte qui emmenait ceux qui l'arpentaient dans les entrailles de l'Oblihati. Le jeune cloîtrier se sentit revenir plusieurs années en arrière, et un malaise s'installa en lui.
 Le temps s'étira, ou se contracta. Cole ne sut réellement dire combien de temps ils avaient passé dans le tunnel, ni combien de bornes ils avaient parcouru. Il pensait un instant être là depuis une heure, mais en jetant un œil vers l'arrière, la lumière de l'ancien salon lui parvenait toujours. Cependant, dès qu'une faible lueur commença à se faire entrevoir en face d'eux, ce fut comme s'ils venaient tout juste de pénétrer dans le couloir.
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 Quatre piliers encadraient le parterre fleuri et soutenaient les voûtes qui surplombaient les trois adolescents. Ils étaient également recouvert de mousse et de diverses plantes tombantes. La végétation s'était emparée de tout l'espace et avait réussi à développer un monde sauvage et miniature. En regardant bien, quelques petits animaux se cachaient sous les branchages.
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