balade dans le village

7 minutes de lecture

Je me réveille groggy et décide de ne plus interférer. Je ne veux plus de piqûres et suis épuisé. Je me laisse porter par ces souvenirs.

*

Nous descendîmes les marches pour rejoindre mes parents dans le salon. Hélène tapa sur l’épaule de mon père pour lui signifier notre retour. Il mit le film en pause avant de retirer son casque.

« Le film est bien ? commença Hélène.

– Le rendu est super, répondit mon père.

– Contente que ça vous plaise.

– On n’a pas vu le temps passer, on s'est laissé bercer et on a failli piquer un roupillon ! enchérit maman.

– Tant mieux, c’était le but.

– Mais qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta ma mère en découvrant les pansements.

– Ce n’est rien. Votre fils a voulu jouer avec le chat. Ce dernier s’est défendu et l’a griffé.

J'acquiesçai avec un sourire.

– Quand je te disais que tu étais une brute avec les animaux, rit ma mère, rassurée.

Elle poursuivit :

– On ne va pas tarder à rentrer.

– Vous partez déjà ? Vous n’avez pas vu mes autres enfants, hasarda Hélène pour les retenir.

– On ne voudrait pas abuser de votre gentillesse, ajouta mon père.

– Vous ne me dérangez pas. Vivien ne devrait plus tarder. »

À peine Hélène finissait-elle cette phrase qu’un adolescent en survet entra dans la maison.

« Bonjour maman. Tu reçois aujourd’hui ?

– Vivien, je te présente nos nouveaux voisins. Voici Valentino, sa femme Marie, et là, la jolie petite frimousse c’est Fabien.

– Je vois qui est ton préféré. », commenta Vivien avec un sourire espiègle.

Il salua de la tête mes parents et me serra la main.

« Ça gaze mon pote ?

– Ça gaze », dis-je.

Les adultes haussèrent les épaules, ce qui nous fit bien rire Vivien et moi.

« Alors c’était bien le foot ? demanda Hélène.

– Ouais, pas mal. On a encore gagné, ça manque de sang frais par ici. »

Tant que c’est pas le mien avalé par des poupées de porcelaine, pensai-je.

« Et toi, tu es bon au foot ? me demanda Vivien.

– Je me débrouille.

– La prochaine fois, je t’emmène.

– On habite au 15 de la rue, intervint maman.

– En effet, on est tout proche. Mon invit’ tient. La prochaine fois, je t’embarque avec moi, mais là, direction la douche. À plus et bonne journée à vous», termina Vivien.

« Zlough »

Et encore une poussée. Heureusement que je m’étais installé dans le canapé.

Vivien monta l’escalier. Il prit des affaires de rechange dans sa chambre, avant de passer dans la salle de bains de l’étage. Il était tellement absorbé par ses pensées, qu'il ne remarqua même pas le carreau cassé à la porte de la chambre de sa sœur !

« Zlough »

« C’est un gentil gamin et il plaira à votre fils, déclara Hélène.

– Je n’en doute pas. Encore merci pour le café et le film.

– De rien, j’ai passé un agréable moment avec vous. Vous pouvez repasser quand vous le voulez.

– C’est vraiment gentil de nous accueillir aussi chaleureusement, remercia maman.

– Mon petit doigt me dit qu’on sera amenés à se revoir.

– Hélène, déclara mon père en la bisant.

– Au revoir, Madame. », dis-je.

Nous sortîmes de la maison et après un dernier salut de la main, nous rentrâmes chez nous.

Après le déjeuner, je montai me reposer.

« Tu montes déjà dans ta chambre ? me questionna maman.

– J’ai veillé un peu trop tard hier, répondis-je.

– OK. Je te laisse te reposer un peu. Mais juste une heure ou deux. Tu ne dormiras pas de la nuit sinon.

– OK maman. », conclus-je.

Je m’étendis sur le lit. J’eus du mal à m’endormir, car je repensais sans arrêt à cette matinée. À ces poupées diaboliques, mais aussi aux avertissements d’Hélène. Des gens ou d’autres choses me voulaient du mal. Et ils étaient dangereux…

Pour l’instant j’étais seul, même si Hélène m’avait affirmé que je recevrais de l’aide de certains villageois…

Qui étaient ces ennemis et pourquoi me voulaient-ils du mal ?

Je ne trouvais pas de réponses et finalement sombrai dans un sommeil profond.

À mon réveil, je descendis dans la cuisine.

« Tu tombes bien, j’allais venir te chercher.

– Et qu’est-ce que je dois faire ? maugréai-je.

– Ce n’est pas comme ça que tu vas rencontrer de nouveaux amis. Va donc te balader. », proposa ma mère.

Je retrouvai le sourire en indiquant à mon père que la cabane abritait un vélo.

« Tu as déjà fouillé la cabane, toi, ça ne m’étonne pas. », rit mon père.

Il ramena la bicyclette et me la tendit.

« Allez, va t’amuser un peu. »

Je m’installai dessus et commençai à zigzaguer entre les arbres.

« Ne fais pas trop ton malin, me prévint mon père.

– Je gère, répondis-je.

– Et si tu allais plutôt pédaler dans le village ? Tu vas finir par avoir un accident ici avec tes zigzags. Mais reviens pour 19 heures, pour le dîner, déclara ma mère.

– Ça marche. »

J’ouvris le petit portail qui menait dans la rue avant de remonter sur la bicyclette.

Je me baladais dans le village quand une fille me héla.

« Salut, t’es nouveau, toi. »

Je m'approchai d’elle.

« Ouais, on a emménagé hier.

– Je me serais souvenue de toi. Moi c’est Léa. Et toi ?

– Fabien. Qu’est-ce que tu fais toute seule ? demandai-je intrigué.

– Je préfère rester seule d'habitude. Y'a pas grand monde d’intéressant dans ce bled. J’ai peu de potes ici.

– Tu traînes pas avec la bande de Vivien ?

– T’as pas perdu de temps, toi. Vivien c’est pas trop mon pote. À part le foot, il connait pas grand-chose.

– En fait, je l’ai rencontré ce matin. Sa mère nous a offert le café.

– D’accord. Comment va Hélène ?

– Un peu fatiguée, mais ça va. Elle est forte.

– Tu sais pour Zoé ? hésita Léa.

– Oui.

« J’en sais même plus que toi… »

– Donc tu te promènes toute seule dans le bled ? demandai-je pour changer de sujet.

– Ouais, comme je te l’ai dit tout à l’heure, j'ai pas beaucoup d'amis. Et puis, j’aime me ressourcer dans la nature.

– Moi aussi, j’ai parfois besoin de m’isoler pour me détendre, ajoutai-je amusé.

– Tu me plais bien, toi ! On se recroisera sans doute un de ces quatre.

– C’est sûr. En attendant, je vais continuer mon petit tour.

– OK. À la prochaine.

– À plus. »

Je continuai ma visite. Au coin des rues, je saluais les passants qui discutaient entre eux.

Au bout de quelques temps, je décidai de rentrer quand un ado surgit devant moi.

« Hé. Tu pourrais pas faire attention, toi ! », m’apostropha-t-il, en colère.

Il sort d’où celui-là ?

« Désolé, je ne t’ai pas vu arriver, dis-je, embarrassé.

– Ça ne fait rien, ça m’arrive souvent ici. Tu n’es pas le premier et tu ne seras pas le dernier à ne pas me voir débarquer, dit-il en riant. Remets-toi, si tu voyais ta tronche ! répliqua-t-il avec un grand sourire.

– Moi... c’est Fabien, bafouillai-je.

– Ravi de l’apprendre. Moi, c’est Dimitri mais on m’appelle Dim, c’est plus fun.

– Il y a beaucoup d’ermites dans votre coin, ajoutai-je malicieusement.

- C’est à mon tour de ne pas comprendre, poursuivit Dimitri.

– J’ai croisé Léa tout à l’heure.

– Ah bon. Elle t’a parlé ? C’est plutôt rare. Elle est assez solitaire comme nana, affirma Dimitri d’un ton amusé.

– J’avais remarqué. Et toi ?

– Moi ? Non, pas plus que ça. Sauf pour faire des farces aux nouveaux venus, déclara Dimitri en clignant d'un œil, tu habites où ?

– Au 15, Rue des roses.

– Pas loin de Vivien dans ce cas. Il s’y croit un peu, mais il n’est pas méchant. »

C’est sa façon de se protéger.

« Sa mère nous a invités, mes parents et moi, à venir prendre le café. Je l’ai vu en fin de matinée. Il souhaite que je me joigne à lui pour une partie de foot dans les prochains jours.

– Ouais, c’est pas trop mal ça. Faut dire qu’on n’a pas trop de loisirs par ici.

– Sinon, faut faire comme moi le tour du village. En espérant qu’un gamin ne se plante pas devant mon vélo à tout bout de champ ! commentai-je en souriant.

– Tu as le sens de l’humour, toi ! Tu me plais bien. Bon, c’est pas que je m’ennuie, mais ma mère va me tirer les oreilles si elle ne me voit pas revenir.

– Tu as raison. Et la mienne va me dire qu’il ne faut pas discuter avec les inconnus. », conclus-je.

Nous rîmes de cette blague, et après un salut, chacun repartit de son côté. La journée avait été riche en rencontres. Je décidai de rentrer chez moi, et, cette fois, personne ne me dérangea.

Je rangeai le vélo dans le cabanon avant de revenir dans la cuisine où ma mère m’attendait.

La soirée se passa sans encombre. À la fin du film, nous montâmes nous coucher.

*

J’ouvre les yeux. Personne dans ma cellule. La lumière phosphorescente du néon me brûle les rétines. Je les plisse pour m’accoutumer avant de les rouvrir complètement. Je tourne ma tête vers la droite. Ils m’observent. Toujours leur sempiternel sourire aux lèvres.

Soudain, l’un d’eux éteint la lumière. J’ai ainsi droit à un répit. Je soupire de soulagement.

Je ne sais toujours pas pourquoi ils me bombardent d'images ni quel est leur but. Que me veulent-ils à la fin ?

En tout cas, je suis bien content que cette journée riche en émotions se termine. Entre les moments de tristesse, de peur et d’invraisemblances, j’ai été servi.

Je pense que certaines images reviendront me hanter cette nuit.

En attendant, je vais essayer de ne pas trop y penser. Tenter de me relaxer, afin de récupérer, car demain ils continueront et je doute que ce soit plus agréable.

Je n’ose imaginer la suite de leur programme…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 13 versions.

Recommandations

Tom Men

 Ce fut difficile pour Cole de s'intégrer lors de son entrée au Temple. Mais après quelques semaines d'adaptation, et surtout sa rencontre avec Elden, il avait réussi à remonter la pente. Son cloîtrement l'avait rendu plus discipliné et bien plus studieux qu'il ne l'avait jamais été avec son père. Six mois à peine s'étaient écoulés qu'il connaissait déjà tous les quantiques sur le bout des doigts - et ceux malgré un piètre talent en chant.
 Le Temple de l'Oblihati ne cessait jamais de recueillir de jeunes enfants perdus, abandonnés ou en quête de rédemption. Bien que plus rares, ceux-ci étaient tout de même les bienvenus au sein du culte. Cole en faisait partie, et cela faisait bientôt trois ans qu'il était entré dans les ordres. Dès ses premiers jours, il avait eu le temps de se familiariser avec les lieux, sous la tutelle du père Boreun. Puis on lui avait attribué une chambre, dans la tour couventine, de laquelle il n'avait le droit de sortir que pour suivre ses classes ou se laver. Le cloîtrier avait le droit d'avoir de la visite, même si elles étaient régulées par les frères plus âgés.
 Dans son humble chambre, dotée d'un lit, d'un bureau et d'une bibliothèque, il avait certes l'une des plus belles vues sur la cité, mais également un silence pesant et immortel, comme celui d'une cathédrale dont personne ne souhaitait passer les portes. Les cloîtriers n'avaient que rarement de la visite, et Cole faisait partie de ceux qui en avaient le plus. Elden, Cellica, et parfois les deux ensemble, venaient régulièrement prendre de ses nouvelles.
 Le jeune religieux trépignait d'impatience. Sa période d'étude dans la tour touchait bientôt à sa fin. Il pourrait bientôt se mêler aux autres moines, mais ce qui lui manquait vraiment, c'était de parcourir les pavés de l'Oblihati avec la liberté qu'un enfant devrait avoir. Comme il avait l'habitude de faire avant son entrée au Temple.
 Pensif, Cole admirait la vue à sa fenêtre, ouverte. En grandissant, elle était devenue trop étroite pour qu'il puisse s'asseoir correctement sur le rebord de pierre. Aussi observait-il la ville, l'épaule posée sur le cadran. La neige n'était pas tombée depuis plusieurs jours en raison d'une légère brume. L'automne arrivait à grand pas. Le soleil était haut dans le ciel, et renforçait la teinte immaculée qui dominait autant l'Oblihati que tout le paysage autour.
 Un éclat de voix attira son attention. Au pied de la tour, ses deux amis étaient en train de glousser, au détour de la cantine. Cole tendit l'oreille, mais sans même savoir ce qu'ils se disaient, il savait qu'ils étaient là pour lui. Elden et Cellica se montraient souvent devant le couvent lorsqu'ils voulaient que Cole les rejoigne. Au début de sa formation, il s'était prêté au jeu avec assiduité afin de prendre un peu l'air. Dans le meilleur des cas, Cole revenait dormir, un grand sourire sur le visage. Au pire, il était privé de nourriture pendant une journée.
 Avec le temps, ces sorties prohibées s'étaient faites plus rares. Le jeune cloîtrier s'était peu à peu habitué au règlement. La plupart du temps, il les rejoignait presque à contre-cœur, ou pour les mettre en garde sur les risques qu'il prenait pour eux. Car des trois moniaux, Cole était le seul à être encore sous le joug du couvent.
 L'adolescent se prépara à sortir. Il s'assura que le frère Deril, responsable de la tour, n'était pas en pleine ronde, puis quitta sa chambre sur la pointe des pieds. Il descendit les marches silencieusement et, d'un coup d'œil furtif, balaya toute la place du regard. Il n'y avait personne à l'horizon. Cole rejoignit ses amis près de la cantine.
— On l'a trouvé ! s'exclama Elden en se couvrant la bouche.
— Quoi donc ?
— Le trésor sous la ville, pardi !
 Ils avaient pris l'habitude d'explorer tous les moindres recoins du Temple, et plus particulièrement ceux qui avaient été abandonné au fil du temps. Si la majorité des bâtiments usités se trouvaient tout autour du monument principal, nombre se trouvait à la périphérie du lieu saint. La plupart datait de plusieurs siècles et coûtait trop cher pour être restaurée. Il était commun de dire que l'Oracle les ferait détruire un jour, mais jamais personne ne s'en était occupé.
 Les explorations du trio d'adolescents les avaient un jour mené à une pièce dissimulées derrière une cheminée factice. Ils y avaient trouvé un bureau poussiéreux et plein de toiles d'araignées. Cellica avait même juré avoir vu un groupe de rats se faufiler dans une crevasse, dans le sol. Sur un pupitre se trouvait un très vieux registre, sous une cloche de verre. La protection était couverte de poussière, que Cole essuya d'un revers de la manche. Un épais nuage les fit tousser pendant plusieurs minutes.
 Le livre avait une magnifique couverture avec des bords en métal finement ciselés. Les pages, légèrement gonflées à cause de l'humidité, ne semblaient pas avoir subi les affres du temps, ou du moins pas autant que le reste du mobilier. Un arbre au tronc biscornu était gravé sur le cuir, symbole que les trois adolescents avaient déjà aperçu plusieurs fois dans leurs recherches. Cellica avait feuilleté le tome pendant plusieurs jours et découvert la présence d'un "trésor sous la ville". Ils avaient continué à enquêter sur cet arbre, dans les anciens bâtiments et dans les bibliothèques.
 Après plusieurs mois de recherche, ils étaient parvenus à rassembler quelques indices. Cependant, Cole n'était que peu au fait des avancées : Elden et Cellica enquêtaient essentiellement de leur côté. Lors de sa dernière sortie, Cole s'était fait prendre et avait passé près d'une semaine dans un cachot, avec pour seule nourriture une miche de pain et un pichet d'eau. Durant sa détention, il avait pris conscience que ledit trésor n'existait probablement pas. Les mois qui suivièrent renforçèrent sa conviction.
 Selon le livre, le "trésor sous la ville" avait été enterré dans les fondations du Temple. Il ne mentionnait pas son contenu ni même ce à quoi il pourrait ressembler, mais plus les recherches avançaient, plus le symbole de l'arbre revenait. Ils avaient donc deviné que le trésor était enterré dessous ou à proximité.
 Cole secoua la tête.
— Vous délirez. Il n'existe pas.
— On a trouvé un autre passage caché, murmura Cellica. Comme le premier qu'on a trouvé : derrière une cheminée.
— Et alors ? Cela prouve juste qu'aucune cheminée du Temple ne permet de faire brûler du bois.
— Sauf que celle-là se trouve dans la basilique. Plus précisemment dans une ancienne classe abandonnée de l'aile troglodyte. Et l'arbre est gravé dans la pierre.
 Cette partie du Temple, située à l'ouest, était encastrée dans la montagne et avait été désertée. Elle était considérée comme extrêmement dangereuse après qu'un plafond d'une tonne s'était écroulé sur une classe de moines encore en apprentissage. L'événement, survenu deux cents ans plus tôt, restait gravé dans la mémoire des religieux, si profondément que personne ne s'approchait de l'aile troglodyte.
— Pourquoi une cheminée dans un endroit qui n'a pas de toit ?
— Tu l'as dit toi-même : elles sont décoratives ici, répondit la jeune fille.
— Ça fait des semaines qu'on fouille l'endroit. C'est la seule qu'on a trouvé, alors on a pensé que c'était bizarre.
 Cole serra les poings. À chaque fois qu'ils le faisaient descendre pour lui annoncer qu'ils venaient de découvrir quelque chose, quoi que ce fut, ils lui racontaient des histoires à peine croyables.
— Cet endroit est dangereux ! s'énerva t-il.
— Tout va bien, regarde.
 Elden tendit les bras pour montrer qu'il ne s'était pas blessé. Furieux, Cole laissa ses émotions prendre le dessus.
— Et s'il vous était arrivé quelque chose ? On ne vous aurait jamais retrouvé.
 Elden et Cellica échangèrent un regard, ne sachant quoi répondre. Cole ne sut jamais s'ils connaissaient son passé. Ne souhaitant pas retomber dans la démence qui s'était emparée de lui à son arrivée au couvent, il ravala ses mots et décida de les accompagner.
— Je ne peux pas traverser la basilique. Je me ferais repérer immédiatement.
— Elden m'a montré un passage. Suis-moi.
 Ils se séparèrent et Cellica guida Cole entre les différents bâtiments, en prenant soin d'éviter quelque groupe de moines en vadrouille. Elden avait pour mission de passer par l'intérieur de la basilique pour leur ouvrir le passage. Pendant le trajet, la jeune fille se montra plus proche de Cole maintenant qu'ils étaient seuls. Elle le tirait par la main, s'assurait qu'il restât bien caché dans l'ombre lorsque des religieux passaient près d'eux.
 Ils atteignirent l'aile ouest et longèrent le mur jusqu'à la paroi rocheuse. Ici, une fenêtre était calfeutrée par une planche en bois. Cole et Cellica durent attendre quelques minutes avant qu'Elden n'arrive pour ouvrir le passage. À l'intérieur, cela sentait fort la poussière et l'humidité. C'était une salle de classe, dont les anciennes tables et chaises, laissées ici à l'abandon, étaient rongées par la moiteur ambiante. Dès l'instant où Cole entra, ce fut comme si ses poumons s'étaient remplis d'eau. Il toussa bruyamment, et l'écho qu'il provoqua résonna jusqu'au bout du couloir. Elden ouvrit de grands yeux surpris et se tourna vers lui.
— J'espère que personne ne passait par là.
— Dépêchons alors.
 Le groupe quitta la pièce et s'enfonça dans le couloir troglodyte jusqu'à un petit salon, au fin fond du bâtiment. Cellica se précipita vers la cheminée dont ils parlaient un peu plus tôt. Incrustrée dans le mur en face du couloir, elle imposait par sa largeur. Un grand tableau d'ardoise, monté sur deux pieds, avait été entreposé devant, mais ne parvenait même pas à la dissimuler. L'adolescente se glissa derrière après que Cole et Elden eurent déplacé le tableau. Elle appuya dans une encoche située bien à l'abri des regards et l'âtre de pierre se déplaça d'un demi-mètre à l'intérieur de la salle. Cole fut moins surpris du mouvement que du silence dans lequel l'objet s'était mu. Aucun son, aucune vibration n'avait été produit, comme si la pièce était faite de mousse ou de papier.
 Derrière, un étroit couloir s'enfonçait dans la montagne. Le chemin plongeait vers les ténèbres, mais le groupe avait tout prévu. Elden tira une torche et une pierre à briquet de son petit sac de jute, qu'il emmenait partout avec lui. Cole se demandait souvent ce qu'il pouvait bien contenir : le garçon à tout faire avait toujours tout ce dont il avait besoin.
 Traverser cet espace étriqué fut aisé pour les trois enfants. Cole remarqua tout de même que peu d'adultes pourraient en faire autant sans avancer complètement recroquevillés. La roche était si rugueuse qu'elle ne semblait pas creusée par l'homme. L'âtre camouflait l'entrée naturelle d'une grotte qui emmenait ceux qui l'arpentaient dans les entrailles de l'Oblihati. Le jeune cloîtrier se sentit revenir plusieurs années en arrière, et un malaise s'installa en lui.
 Le temps s'étira, ou se contracta. Cole ne sut réellement dire combien de temps ils avaient passé dans le tunnel, ni combien de bornes ils avaient parcouru. Il pensait un instant être là depuis une heure, mais en jetant un œil vers l'arrière, la lumière de l'ancien salon lui parvenait toujours. Cependant, dès qu'une faible lueur commença à se faire entrevoir en face d'eux, ce fut comme s'ils venaient tout juste de pénétrer dans le couloir.
 Plus ils approchaient de la sortie, plus l'atmosphère était lourde, chargée d'une humidité millénaire que personne n'avait bravé depuis longtemps. Quelques mètres avant de déboucher dans une nouvelle zone, Cole remarqua que le sol était recouvert d'eau. Le bruit de leurs pas résonnaient encore plus fort qu'avant contre les parois de pierre.
 Le groupe ne s'attendait pas à découvrir, au milieu d'une large salle, un arbre au tronc biscornu. Celui-ci, planté dans un parterre surélevé recouvert de mousse vertes et cramoisies, sortait de terre en formant un tourbillon irrégulier. Il se terminait en une poignée de grosses branches, habillées de milliers de petites feuilles roses. L'eau abondait sur les pavés antiques, qui ressortaient ça et là.
 Quatre piliers encadraient le parterre fleuri et soutenaient les voûtes qui surplombaient les trois adolescents. Ils étaient également recouvert de mousse et de diverses plantes tombantes. La végétation s'était emparée de tout l'espace et avait réussi à développer un monde sauvage et miniature. En regardant bien, quelques petits animaux se cachaient sous les branchages.
 Au centre, un formidable puits de lumière illuminait la pièce toute entière d'une vive lumière blanche. En s'approchant, Cole ne put distinguer quoi que ce fut à l'étage supérieur tellement la lueur était intense. Il eut l'impression de regarder directement le soleil à travers des jumelles.
— Il est ici... murmura le cloîtrier, abasourdi. Le trésor sous la ville est ici !
 L'adolescent s'aperçut de la présence de deux torches allumées, derrière l'arbre, et d'une porte qui les séparait. Contrairement au reste de la pièce, elle semblait être neuve, ou du moins dans un état plus que correct. Il fut soudain pris d'une vague de nervosité.
— Cet endroit n'est pas du tout abandonné, constata t-il. Nous ne devrions pas être ici.
— En effet, gronda une voix grave venue de nulle part.
 Les trois explorateurs sursautèrent comme un seul homme, puis cherchèrent d'où venait celui qui les avait pris sur le fait. Elden avait reconnu la voix et commençait déjà à paniquer.
— C'est le père Uzuven ! chuchota-t-il, bien que sa voix résonna puissamment contre les voûtes.
 Un vieil homme sortit de l'ombre, d'un coin de la pièce. Il marchait à l'aide d'un épais bâton de bois, renforcé à sa base par un pommeau d'acier. Le métal claquait sur le sol et créait un écho angoissant. Respecté pour être un homme de foi consciencieux et d'une piété inébranlable, le père Uzuven était aussi et surtout connu pour son intransigeance absolue et son impitoyable haine des jeunes rebelles. Cole et Cellica ne l'avaient pas dans leur poche, et Elden était devenu son souffre-douleur depuis belle lurette.
— Je ne vous vois peut-être plus, mais je sens la transpiration aigre d'un petit cochon qu'on a pris en pleine escapade.
 Elden fut parcouru d'un frisson, puis se résigna à accepter la punition. Uzuven avait de loin dépassé l'espérance de vie moyenne des habitants des montagnes. La rumeur disait qu'il était même l'homme le plus vieux de la ville, après l'Oracle. Ses yeux ne voyaient plus, mais il aimait vanter l'adresse de ses autres sens.
 Le père Uzuven était le gardien des catacombes. On n'y enterrait plus personne depuis longtemps, mais l'endroit restait le lieu de repos de nombreux dirigeants de l'Oblihati et d'autres illustres religieux d'autrefois. Certaines personnalités de pays étrangers avaient également demandé à avoir un caveau au Temple, comme le roi Bangerion Elamin III de Dhilia, que la vie avait quitté bien avant la naissance de Cole.
— Si monsieur Soupe-au-lait est là, alors les deux qui l'accompagnent ne peuvent être que la petite chanteuse effrontée et le seul cloîtrier qui ne connaît pas la signification de son statut.
 Il se déplaça lentement jusqu'à la porte et l'ouvrit. Un grincement lent et peu rassurant résonna dans toute la pièce. Puis d'un coup sec, le père Uzuven claqua son bâton contre le bois.
— Aller, tout le monde en haut. Nous allons punir ensemble les petits rats qui s'infiltrent là où ils ne devraient pas...
1
0
0
11
Ode Colin
Un simple instant de vie dans une salle de classe.
2
4
0
1
Maude Perrier
Je prends les transports en commun et j'aime imaginer des petites histoires courtes sur les gens que j'y côtoient l'espace de quelques instants.

Elles sont sur mon site tous les lundis mais je les proposerai aussi ici.

Écrire une histoire très courte est un exercice que je trouve très difficile, vos retours m'aideront à progresser.
0
3
6
2

Vous aimez lire moonbird ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0