les poupées

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Hélène alluma le poste et prépara le dispositif virtuel. Elle donna ensuite les casques à mes parents.

« Vous voyez, c’est très simple. Vous mettez le casque sur les oreilles et vous appuyez sur lecture.

– C’est aussi simple que de regarder un DVD, taquina mon père.

– En effet, mais le rendu est plus saisissant ! Je vous souhaite une bonne séance. »

Mes parents s’équipèrent et papa démarra le film.

Nous montâmes ensuite les escaliers en laissant mes parents dans le salon.

« Au bout du couloir, c’est la chambre de Vivien et ici c’est la chambre de Zoé. Elle t’attend. Je vais rejoindre tes parents. »

La fillette était allongée dans son lit et, malgré la chaleur de la journée, elle tremblait de tout son corps. Je lui serrai la main en espérant la calmer un peu.

*

Je ressens la peur peu avant les événements qui vont se produire. Je ne sais pas comment c’est possible mais je sais qu’il va se passer quelque chose d’effrayant dans peu de temps. Mon cœur bat la chamade, la sueur inonde de nouveau mon corps, mes vêtements collent. Mes yeux se révulsent. Je tremble comme une feuille. Je hoquète et les sons s’étranglent dans ma gorge. Personne pour m’apaiser. Je tourne la tête, en quête d’un quelconque soutien. Aucune aide. C’est sûrement une nouvelle tactique : me laisser paniquer jusqu’à l’épuisement total…

Je dois me ressaisir. Je ne peux rien attendre d’eux. Je n’ai plus qu’à patienter, anxieux. J’aimerais ne pas voir la suite mais je sais que c’est impossible : il n’y a pas d'issue.

*

Brusquement, les deux poupées de porcelaine installées près de la fenêtre s’animèrent. Elles écarquillèrent leurs yeux, avant de planer dans la chambre de l’enfant.

« Qu’est-ce qui se passe ? demanda nerveusement Zoé.

– Je… Je… J’en sais rien. Je comprends pas, bafouillai-je.

– Tu me fais peur là ! »

Une des poupées brisa le carreau de la vitre de Zoé donnant sur le palier. Je restai là, pétrifié. Soudain une voix résonna dans ma tête :

Nous avons installé une porte avec une vitre donnant sur le couloir car Zoé aime se retrouver seule et elle s’enferme dans son antre pour ne pas se faire embêter par son frère. Mais comme elle est gravement malade, nous avons opté pour ce système afin de pouvoir casser le verre pour la secourir en cas de besoin. Mais qu'est-ce que...?!

Prudemment, je jetai un coup d’œil à travers l’ouverture. Je reculai de plusieurs pas et tombai à la renverse. Mes genoux cognaient l’un contre l’autre et mes dents s'entrechoquaient. La poupée attaquait Hélène, elle poussait des cris perçants, lui arrachait sa toison et la balançait en tas sur le parquet. Elle se tourna alors vers moi, son sourire révélait des dents pointues et une touffe de cheveux, dégoulinante de salive, serpentait sur ses lèvres ! Je tremblai de plus belle mais parvint à articuler :

« Quelle horreur !

– Quoi, qu’est-ce qui se passe ? » me redemanda Zoé, affolée.

Je n’eus pas le temps de lui répondre. L’autre poupée s’était approchée de mes épaules pour me hurler dans les tympans.

Je sursautai puis me frictionnai les oreilles pour atténuer la douleur avant d'effectuer des moulinets pour faire fuir le jouet démoniaque, ce qui fonctionna. Je fermai alors les yeux et repris mon massage du lobe pour reprendre mon calme ; j’espérais, en agissant ainsi, que je me réveillerais de ce mauvais rêve, toutefois je ressentis une douleur vive à la main qui m’indiqua le contraire…

La chose en avait profité pour revenir et me mordait ! Je retirai ma paume de l’oreille et regardais, pétrifié, mon sang couler sur le sol.

La poupée souriait à présent, des morceaux de chair coincés entre les dents. J’essayai de l’attraper mais, trop rapide pour moi, elle s’envola vers le plafond. Comme j’étais trop petit, je ne pouvais pas la saisir pour la fracasser contre un mur. Elle me narguait et je restai là sans bouger, ignorant quoi faire !

Puis, elle se rapprocha de Zoé. Elle commença par tourner au-dessus de son lit en position horizontale, et forma un tourbillon. Ce dernier, d’abord faible, finit par s'intensifier. Les posters se détachèrent du mur en tournoyant autour de la gamine et de la poupée.

Heureusement, elle ne semblait pas vouloir attaquer la petite fille, peut-être était-elle sûre de pouvoir la déchiqueter à n’importe quel moment.

Je profitai de ce répit pour bouger et chercher une arme afin de combattre ce jouet maudit.

Je fouillai, fébrilement, dans toute la pièce lorsqu'enfin je trouvai : un volumineux livre de contes de fées, sur le bureau. Je me précipitai pour le saisir.

Lorsque je me retournai, je marquai un temps d’arrêt : la poupée était en train d’éventrer un lapin en peluche. Ses rires sridents se diffusaient inlassablement : elle avait l’air de bien s’amuser, la cinglée ! Il ne restait quasiment rien du lapin. Des morceaux de coton recouvraient l’ensemble du lit de l'enfant, qui tremblait de tout son corps.

J’avançai d’un pas décidé. Je bondis sur le couchage et empoignai le livre comme une raquette de tennis. Je frappai de toutes mes forces la poupée qui fut projetée contre le mur. Elle éclata sous l'impact en mille débris qui tombèrent au sol.

Je pris la main de Zoé pour la calmer.

« C’est fini. Elle ne te fera plus de mal.

– Et l’autre ? Et maman ?, demanda-t-elle, apeurée.

- Ce n’est pas une poupée qui va faire peur à ta maman, essayai-je de la convaincre. »

Tsssss. Tssssss. Tsssss

– C’est quoi ce bruit ?

– Attention. Derrière toi. », tenta de me prévenir la fillette.

L’autre poupée avait lâché Hélène pour s’occuper de moi.

Elle planta ses dents dans mon cou et aspirait mon sang, à en juger par le bruit de succion émis par sa bouche de porcelaine. J’avais atrocement mal, et alors que je me débattais, je sentais mes forces faiblir.

« Zlough »

Je tombai lourdement par terre. La poupée, surprise, émit un grognement.

Cette fois, je vis Hélène, les yeux emplis d'une lueur inquiétante, des sillons carmins sur son visage, des dents qui s'entrechoquaient et un râle rauque sortant de sa gorge.

Bien que titubant, elle marchait d'un pas déterminé, en se collant au mur par moment — pour ne pas s'écrouler — vers son objectif : une batte de base-ball dans la chambre de son fils…

« Zlough »

Péniblement, je me rapprochai du mur en glissant sur mes fesses, et lorsque le jump-look se termina, sa pression me colla contre la cloison, brisant du même coup la seconde poupée ! Mon dos se cambra sous la douleur.

Hélène rentra dans la chambre, telle une furie, son arme prête à exploser les jouets démoniaques ! Lorsqu'elle s'aperçut que tout danger était écarté, elle laissa l'émotion la submerger.

« Zoé, ça va ? », demanda-t-elle paniquée en se précipitant au chevet de sa fille et en lui prenant les mains avec tendresse. Tout va bien chérie ?

– Pour…, pourquoi elles m’ont attaquée, bafouilla la gamine.

– Je ne sais pas chérie. Je ne sais pas. Le plus important, c’est que tu ailles bien.

– J’ai eu peur maman. Elle était méchante la poupée. Elle... Elle a fait du mal à Monsieur Lapinou, articula avec peine l'enfant en montrant les restes de la peluche.

– C’est pas grave ma chérie. Je t’en achèterai un autre. Je préfère qu’elle se soit acharnée sur lui plutôt que sur toi. Le plus important c’est toi mon amour. »

Zoé continuait de trembler mais du doigt elle me désigna.

« Je vais bientôt passer maman. J’aimerais qu’il m’accompagne pour mon dernier voyage.

– Fabien, tu peux approcher », hoqueta la mère.

J’avançai et me plaçai en face d'Hélène. Nous lui prîmes chacun une main.

« Tout va bien Zoé. Ne pense plus aux poupées. Elles ne peuvent plus te faire du mal.

– Fabien a raison. Elles ne reviendront plus te menacer. Elles sont détruites.

– Mais pourquoi nous, maman ? Pourquoi elles ont voulu nous faire du mal ? geignit Zoé.

– Je sais pas Zoé, je sais pas. Certaines choses ne s’expliquent pas.

– C’est à cause des autres ? », murmura l'enfant.

Hélène fondit en larmes.

« Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je les ai peut-être sous-estimés. Je ne pensais pas qu’ils étaient si forts que ça. Pardonne-moi ma chérie. Je ne voulais pas qu’ils te fassent du mal. »

La mère enlaça tendrement sa petite fille.

« C’est pas ta faute maman. Tu pouvais pas prévoir.

– Bien sûr que si. Mon instinct aurait dû me prévenir. Nous aurions pu quitter cet endroit.

– Ils nous auraient rattrapés maman, s’affola Zoé.

– Tu as raison mon amour. C’est peut-être mieux qu’on soit resté ici tout compte fait.

– Oui maman. Et on a pu rencontrer Fabien, sourit Zoé.

– Tu l’aimes bien, lui.

– Oui maman. Il me rassure et cela va m’aider à passer.

– C’est quelqu’un de bien.

– Mais il faudra le protéger. Hein maman, tu le promets. Les autres, ils vont vouloir lui faire du mal, gémit la fillette.

– Je serai là pour lui. Je le protégerai.

– Quels autres ? demandai-je, intrigué.

– Nos ennemis. Ils sont légion dans ce village. Ils sont dangereux. Ils vont probablement s’en prendre à toi ou à tes amis.

– Je ne connais pas grand monde pour l’instant.

– Ils te connaissent. Ils savent qui va t’aider pour la suite.

– Et ils voudront me faire du mal ? Pourquoi ? Je n’ai rien fait moi !

– Ils craignent tes pouvoirs. Ils voudront sans doute te tuer avant que tu apprennes à les maîtriser. »

Un frisson me glaça l’échine tandis qu’Hélène tentait de me rassurer :

« Tu n’es pas seul à lutter contre ces monstres. Tu auras des alliés. Ensemble nous les combattrons. Mais ce n’est pas le moment de parler de ça.

– Vous avez raison, concentrons-nous sur Zoé.

– Tu es bien mature pour ton âge.

– Ils peuvent plus m’embêter maman. Il est trop tard pour eux.

– Chérie, tu sais que je t’aime, dit Hélène, les mots entrecoupés de larmes.

– Je sais maman. Je t’aime aussi. Je ne les crains plus. Ils ne me font plus peur maintenant. Je vais passer. On a gagné maman.

– Oui mais à quel prix ?

– Ils ne sont pour rien dans ma maladie maman. Je n’ai pas eu de chance c’est tout.

– Comment peux-tu dire ça avec tant de détachement ? sanglota Hélène.

– Maman ne pleure pas. On a lutté ensemble contre la maladie. On savait qu’elle me prendrait... tôt ou tard. Elle nous a laissé plein de bons moments. C’est ça qui compte pour moi. Tous les bons moments passés ensemble.

– Je sais mais c’est quand même dur de…

– Je sais maman. Mais ça sera bientôt fini. Je le sens. Tu veux bien me faire un gros câlin ? »

Hélène mit sa tête au creux de la poitrine de sa fille. Quelques instants plus tard nous sentîmes un vent glacial s’approcher.

« C’est le passage maman. Il est l’heure. Je t’aime. », prononça le spectre de Zoé avant de s’évanouir.

Ses mains devinrent subitement blanches.

« Dans quelques minutes tout sera fini. », commenta Hélène.

En effet, peu de temps après tout le corps de la fillette s’était refroidi. Je cherchais son pouls mais ce dernier avait disparu.

« C’est fini. », répéta tristement Hélène.

Je retirai doucement la main de Zoé pour laisser Hélène seule avec sa fille. Je m’apprêtai à sortir de la pièce… lorsque je me figeai. Hypnotisé par leur regard qui se fondait l’un dans l’autre. D’un bleu intense qui mêlait la tristesse et la sérénité. Ces derniers me provoquèrent des frissons et je restai là, hébété, pendant un moment. Ensuite, je me repris et sortis le plus discrètement possible de la chambre.

*

Une silhouette masculine, grande et vêtue d'un costume épinglé de barrettes, tend une photo à une ombre emmitouflée dans une blouse blanche, masculine également.

« C'est vrai qu'elles se ressemblent.
- Tu veux rire ? C'est le portrait craché de sa nièce.
- Lui infliger sa mort une quinzaine de fois d'affilée sans qu'il bronche...
La grande ombre ricane avant de poursuivre :
- Je t'assure qu'il a souffert. Regarde ça. L'électroencéphalogramme le prouve. Il résiste juste mieux que les autres.
- Carrément !
- Les drogues l'annihilent...
- Et le préservent, conclut la silhouette modeste. N'empêche, ce gars me fait flipper.
- Plus que les poupées ?
- Je déteste ces jouets !
La silhouette la plus carrée scrute un tracé.
- Il retrouve enfin une activité neuronale normale.
- C'est pas trop tôt. On va enfin pouvoir aller se coucher.
- Ne rêve pas trop aux vampires, souffle l'ombre la plus massive.
- Très drôle.

*

Quelques instants plus tard, Hélène me rejoignit.

« Comment tu as fait pour briser la poupée ?

– Le jump-look peut être très utile. »

Je lui expliquai en détail la vision et comment j’avais décidé de m’en servir contre le jouet maléfique.

« Je vois que tu as compris l’utilité du jump-look, sourit Hélène.

– Et maintenant ? On redescend voir mes parents ?

– Avant on va passer dans la salle de bains pour se débarbouiller. On ne peut pas se présenter comme ça devant tes parents ! Je vais te montrer où sont les pansements pour tes blessures.

– Mes parents auraient pu venir nous donner un coup de main, ajoutai-je.

– Ils se sont peut-être assoupis ?

– Hein ?! Avec tout ce boucan ?!

– Ils m'ont semblé fatigués.

– Sans doute à cause du déménagement, approuvai-je.

– Bon, assez parlé. On va se refaire une petite beauté. », conclut Hélène.

Elle me montra la salle de bains.

« Le temps que tu te débarbouilles, je vais passer un coup de balai dans le couloir. Il y a des pansements dans le tiroir gauche du meuble. On dira que le chat t’a griffé. »

Pendant que je soignai mes plaies, Hélène nettoya le palier. Puis elle me retrouva.

« Tu as meilleure mine. Les pansements ça te donne un genre, s’exclama Hélène en riant un peu. Et maintenant, à mon tour. »

Je quittai la pièce et me retrouvai sur le palier.

Quelques minutes plus tard, Hélène sortit de la salle d’eau.

« C’est bon. Je suis prête, commenta la jeune femme avant de poursuivre :

Je ne suis pas prête de racheter des poupées en tout cas.

– Je vous comprends, j’espère que mes figurines ne vont pas se transformer également, déclarai-je en riant.

– Non, je ne pense pas que tous les jouets deviennent avides de sang ! »

*

J’enrage contre cette invraisemblance ; ils viennent d’assister à la mort d’une petite fille et quelques instants après ils blaguent comme si de rien n’était. Cette indifférence m’est insupportable, je les trouve insensibles et pas du tout crédibles. Quelques secondes à pleurer et hop on passe à autre chose. Je ne cautionne pas cette attitude. Ce n’est pas possible, ce gamin me ressemble physiquement quand j’avais son âge mais je n’aurais jamais réagi ainsi. Ses parents ne sont pas mieux mais je ne vais pas revenir là-dessus. Le gadget virtuel a bon dos pour expliquer leur passivité.

J'ai beau me triturer les neurones, je ne vois pas l’intérêt de tout ce cirque.

Une alarme dans ma tête retentit, je stoppe mes pensées. Je parcours la pièce des yeux, nerveusement, et je regarde affolé les hommes en blouses blanches rappliquer vers moi à toute vitesse. J’essaie de ralentir mon rythme cardiaque, mais ce dernier s’accélère. J’aperçois la seringue : trop tard…


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Tom Men

 Ce fut difficile pour Cole de s'intégrer lors de son entrée au Temple. Mais après quelques semaines d'adaptation, et surtout sa rencontre avec Elden, il avait réussi à remonter la pente. Son cloîtrement l'avait rendu plus discipliné et bien plus studieux qu'il ne l'avait jamais été avec son père. Six mois à peine s'étaient écoulés qu'il connaissait déjà tous les quantiques sur le bout des doigts - et ceux malgré un piètre talent en chant.
 Le Temple de l'Oblihati ne cessait jamais de recueillir de jeunes enfants perdus, abandonnés ou en quête de rédemption. Bien que plus rares, ceux-ci étaient tout de même les bienvenus au sein du culte. Cole en faisait partie, et cela faisait bientôt trois ans qu'il était entré dans les ordres. Dès ses premiers jours, il avait eu le temps de se familiariser avec les lieux, sous la tutelle du père Boreun. Puis on lui avait attribué une chambre, dans la tour couventine, de laquelle il n'avait le droit de sortir que pour suivre ses classes ou se laver. Le cloîtrier avait le droit d'avoir de la visite, même si elles étaient régulées par les frères plus âgés.
 Dans son humble chambre, dotée d'un lit, d'un bureau et d'une bibliothèque, il avait certes l'une des plus belles vues sur la cité, mais également un silence pesant et immortel, comme celui d'une cathédrale dont personne ne souhaitait passer les portes. Les cloîtriers n'avaient que rarement de la visite, et Cole faisait partie de ceux qui en avaient le plus. Elden, Cellica, et parfois les deux ensemble, venaient régulièrement prendre de ses nouvelles.
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— On l'a trouvé ! s'exclama Elden en se couvrant la bouche.
— Quoi donc ?
— Le trésor sous la ville, pardi !
 Ils avaient pris l'habitude d'explorer tous les moindres recoins du Temple, et plus particulièrement ceux qui avaient été abandonné au fil du temps. Si la majorité des bâtiments usités se trouvaient tout autour du monument principal, nombre se trouvait à la périphérie du lieu saint. La plupart datait de plusieurs siècles et coûtait trop cher pour être restaurée. Il était commun de dire que l'Oracle les ferait détruire un jour, mais jamais personne ne s'en était occupé.
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 Après plusieurs mois de recherche, ils étaient parvenus à rassembler quelques indices. Cependant, Cole n'était que peu au fait des avancées : Elden et Cellica enquêtaient essentiellement de leur côté. Lors de sa dernière sortie, Cole s'était fait prendre et avait passé près d'une semaine dans un cachot, avec pour seule nourriture une miche de pain et un pichet d'eau. Durant sa détention, il avait pris conscience que ledit trésor n'existait probablement pas. Les mois qui suivièrent renforçèrent sa conviction.
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 Cole serra les poings. À chaque fois qu'ils le faisaient descendre pour lui annoncer qu'ils venaient de découvrir quelque chose, quoi que ce fut, ils lui racontaient des histoires à peine croyables.
— Cet endroit est dangereux ! s'énerva t-il.
— Tout va bien, regarde.
 Elden tendit les bras pour montrer qu'il ne s'était pas blessé. Furieux, Cole laissa ses émotions prendre le dessus.
— Et s'il vous était arrivé quelque chose ? On ne vous aurait jamais retrouvé.
 Elden et Cellica échangèrent un regard, ne sachant quoi répondre. Cole ne sut jamais s'ils connaissaient son passé. Ne souhaitant pas retomber dans la démence qui s'était emparée de lui à son arrivée au couvent, il ravala ses mots et décida de les accompagner.
— Je ne peux pas traverser la basilique. Je me ferais repérer immédiatement.
— Elden m'a montré un passage. Suis-moi.
 Ils se séparèrent et Cellica guida Cole entre les différents bâtiments, en prenant soin d'éviter quelque groupe de moines en vadrouille. Elden avait pour mission de passer par l'intérieur de la basilique pour leur ouvrir le passage. Pendant le trajet, la jeune fille se montra plus proche de Cole maintenant qu'ils étaient seuls. Elle le tirait par la main, s'assurait qu'il restât bien caché dans l'ombre lorsque des religieux passaient près d'eux.
 Ils atteignirent l'aile ouest et longèrent le mur jusqu'à la paroi rocheuse. Ici, une fenêtre était calfeutrée par une planche en bois. Cole et Cellica durent attendre quelques minutes avant qu'Elden n'arrive pour ouvrir le passage. À l'intérieur, cela sentait fort la poussière et l'humidité. C'était une salle de classe, dont les anciennes tables et chaises, laissées ici à l'abandon, étaient rongées par la moiteur ambiante. Dès l'instant où Cole entra, ce fut comme si ses poumons s'étaient remplis d'eau. Il toussa bruyamment, et l'écho qu'il provoqua résonna jusqu'au bout du couloir. Elden ouvrit de grands yeux surpris et se tourna vers lui.
— J'espère que personne ne passait par là.
— Dépêchons alors.
 Le groupe quitta la pièce et s'enfonça dans le couloir troglodyte jusqu'à un petit salon, au fin fond du bâtiment. Cellica se précipita vers la cheminée dont ils parlaient un peu plus tôt. Incrustrée dans le mur en face du couloir, elle imposait par sa largeur. Un grand tableau d'ardoise, monté sur deux pieds, avait été entreposé devant, mais ne parvenait même pas à la dissimuler. L'adolescente se glissa derrière après que Cole et Elden eurent déplacé le tableau. Elle appuya dans une encoche située bien à l'abri des regards et l'âtre de pierre se déplaça d'un demi-mètre à l'intérieur de la salle. Cole fut moins surpris du mouvement que du silence dans lequel l'objet s'était mu. Aucun son, aucune vibration n'avait été produit, comme si la pièce était faite de mousse ou de papier.
 Derrière, un étroit couloir s'enfonçait dans la montagne. Le chemin plongeait vers les ténèbres, mais le groupe avait tout prévu. Elden tira une torche et une pierre à briquet de son petit sac de jute, qu'il emmenait partout avec lui. Cole se demandait souvent ce qu'il pouvait bien contenir : le garçon à tout faire avait toujours tout ce dont il avait besoin.
 Traverser cet espace étriqué fut aisé pour les trois enfants. Cole remarqua tout de même que peu d'adultes pourraient en faire autant sans avancer complètement recroquevillés. La roche était si rugueuse qu'elle ne semblait pas creusée par l'homme. L'âtre camouflait l'entrée naturelle d'une grotte qui emmenait ceux qui l'arpentaient dans les entrailles de l'Oblihati. Le jeune cloîtrier se sentit revenir plusieurs années en arrière, et un malaise s'installa en lui.
 Le temps s'étira, ou se contracta. Cole ne sut réellement dire combien de temps ils avaient passé dans le tunnel, ni combien de bornes ils avaient parcouru. Il pensait un instant être là depuis une heure, mais en jetant un œil vers l'arrière, la lumière de l'ancien salon lui parvenait toujours. Cependant, dès qu'une faible lueur commença à se faire entrevoir en face d'eux, ce fut comme s'ils venaient tout juste de pénétrer dans le couloir.
 Plus ils approchaient de la sortie, plus l'atmosphère était lourde, chargée d'une humidité millénaire que personne n'avait bravé depuis longtemps. Quelques mètres avant de déboucher dans une nouvelle zone, Cole remarqua que le sol était recouvert d'eau. Le bruit de leurs pas résonnaient encore plus fort qu'avant contre les parois de pierre.
 Le groupe ne s'attendait pas à découvrir, au milieu d'une large salle, un arbre au tronc biscornu. Celui-ci, planté dans un parterre surélevé recouvert de mousse vertes et cramoisies, sortait de terre en formant un tourbillon irrégulier. Il se terminait en une poignée de grosses branches, habillées de milliers de petites feuilles roses. L'eau abondait sur les pavés antiques, qui ressortaient ça et là.
 Quatre piliers encadraient le parterre fleuri et soutenaient les voûtes qui surplombaient les trois adolescents. Ils étaient également recouvert de mousse et de diverses plantes tombantes. La végétation s'était emparée de tout l'espace et avait réussi à développer un monde sauvage et miniature. En regardant bien, quelques petits animaux se cachaient sous les branchages.
 Au centre, un formidable puits de lumière illuminait la pièce toute entière d'une vive lumière blanche. En s'approchant, Cole ne put distinguer quoi que ce fut à l'étage supérieur tellement la lueur était intense. Il eut l'impression de regarder directement le soleil à travers des jumelles.
— Il est ici... murmura le cloîtrier, abasourdi. Le trésor sous la ville est ici !
 L'adolescent s'aperçut de la présence de deux torches allumées, derrière l'arbre, et d'une porte qui les séparait. Contrairement au reste de la pièce, elle semblait être neuve, ou du moins dans un état plus que correct. Il fut soudain pris d'une vague de nervosité.
— Cet endroit n'est pas du tout abandonné, constata t-il. Nous ne devrions pas être ici.
— En effet, gronda une voix grave venue de nulle part.
 Les trois explorateurs sursautèrent comme un seul homme, puis cherchèrent d'où venait celui qui les avait pris sur le fait. Elden avait reconnu la voix et commençait déjà à paniquer.
— C'est le père Uzuven ! chuchota-t-il, bien que sa voix résonna puissamment contre les voûtes.
 Un vieil homme sortit de l'ombre, d'un coin de la pièce. Il marchait à l'aide d'un épais bâton de bois, renforcé à sa base par un pommeau d'acier. Le métal claquait sur le sol et créait un écho angoissant. Respecté pour être un homme de foi consciencieux et d'une piété inébranlable, le père Uzuven était aussi et surtout connu pour son intransigeance absolue et son impitoyable haine des jeunes rebelles. Cole et Cellica ne l'avaient pas dans leur poche, et Elden était devenu son souffre-douleur depuis belle lurette.
— Je ne vous vois peut-être plus, mais je sens la transpiration aigre d'un petit cochon qu'on a pris en pleine escapade.
 Elden fut parcouru d'un frisson, puis se résigna à accepter la punition. Uzuven avait de loin dépassé l'espérance de vie moyenne des habitants des montagnes. La rumeur disait qu'il était même l'homme le plus vieux de la ville, après l'Oracle. Ses yeux ne voyaient plus, mais il aimait vanter l'adresse de ses autres sens.
 Le père Uzuven était le gardien des catacombes. On n'y enterrait plus personne depuis longtemps, mais l'endroit restait le lieu de repos de nombreux dirigeants de l'Oblihati et d'autres illustres religieux d'autrefois. Certaines personnalités de pays étrangers avaient également demandé à avoir un caveau au Temple, comme le roi Bangerion Elamin III de Dhilia, que la vie avait quitté bien avant la naissance de Cole.
— Si monsieur Soupe-au-lait est là, alors les deux qui l'accompagnent ne peuvent être que la petite chanteuse effrontée et le seul cloîtrier qui ne connaît pas la signification de son statut.
 Il se déplaça lentement jusqu'à la porte et l'ouvrit. Un grincement lent et peu rassurant résonna dans toute la pièce. Puis d'un coup sec, le père Uzuven claqua son bâton contre le bois.
— Aller, tout le monde en haut. Nous allons punir ensemble les petits rats qui s'infiltrent là où ils ne devraient pas...
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Ode Colin
Un simple instant de vie dans une salle de classe.
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Maude Perrier
Je prends les transports en commun et j'aime imaginer des petites histoires courtes sur les gens que j'y côtoient l'espace de quelques instants.

Elles sont sur mon site tous les lundis mais je les proposerai aussi ici.

Écrire une histoire très courte est un exercice que je trouve très difficile, vos retours m'aideront à progresser.
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