Le plan - 10° partie

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Descendre de cheval se révéla plus difficile que d’y monter. Pendant qu’on apportait à la princesse une chaise, elle caressa l’encolure de Gris-Blanc pour le remercier. Bientôt, alors qu’elle se retrouvait dans les bras d’Allie et de Cassy, elle se demanda dans quel état se trouvaient ses compagnes.

— Comment va Emma ?

— On a réussi à enlever la flèche, répondit Allie. Il faut vite la mener au dispensaire.

— Et les autres ?

— Justine et Béatrice sont blessées, mais plus légèrement.

Son regard s’attarda sur l’archer et sur l’homme qu’elle avait atteint à la poitrine. Tous les deux portaient de nombreuses blessures sur le corps. Il en était de même pour le blessé de la bataille précédente et ceux qu’elle trouva à l’intérieur. Ses compagnes n’avaient laissé aucune chance aux survivants. Ayant échappé à ce qu’elles avaient subi, elle ne se permit aucun commentaire.

Allie et Cassy la déposèrent sur une chaise au centre de la pièce. Trois blessées réclamaient leur attention.

Alors qu’elle partageait les derniers événements, le regard de José se perdit dans l’entrelac de débris qui recouvraient le sol. Comment avait-elle fait pour rattraper Debray ? Et le vaincre ? S’il suffisait de lancer un couteau pour venir à bout de son ennemi, tout le monde le ferait. Aucune des filles qui l’écoutaient ne semblaient trouver cela étonnant. Qui était-elle réellement ?

— Il ne savait pas à qui il avait affaire ! s’amusa Allie, qui massait ses muscles contusionnés.

— Je crois qu’il commençait à s’en douter. Quoiqu’il en soit, il estimait ne rien avoir à perdre. Il a refusé de se rendre.

— Je pensais que vous l’aviez poursuivi pour le faire parler.

— Surtout pour éviter qu’il n’amène des renforts. Et… (elle se tourna vers José) ce genre d’homme ne doit pas se promener dans la nature.

— C’était le chef ? demanda Cassy.

— Oui. Mais sans doute pas le chef du réseau.

— On les a tous eu ? demanda Lucette.

— Jules ! lança Cassy. Il attend en bordure de la ville.

— Ça lui aura sauvé la vie, s’exclama Alina. Le malchanceux qui a attendu sous la pluie s’en est sorti. Combien en avons-nous eu ?

— Entre dix-huit et vingt, lâcha Sara après un rapide calcul.

— Vingt ? s’exclama Allie, impressionnée.

Plusieurs la dévisagèrent, les yeux arrondis de surprise. Elles s’étaient retrouvées face à eux les uns après les autres et ce chiffre leur semblait subitement impressionnant.

— Et Herbert ? ajouta Justine. » Elle avait jeté son nom en pâture comme on se débarrasse d’un déchet. « Est-ce que nous avons eu Herbert ?

— Le voilà.

Le doigt tendu de Cassy désignait un homme étendu sur le sol, au dehors, près de la porte, le corps lardé de coups de couteau. Pour José, chacune recherchait celui qui avait abusé d’elles. Au détour du chemin, le sort s’était retourné contre eux. La vie était injuste ! Combien elle était injuste… Atteindre le niveau social que chacun mérite est difficile et n’est pas donné à tout le monde. Florent avait regretté. Eux étaient tombés sur plus chanceux qu’eux. La dure loi de la vie.

La blonde envoutante le regardait. Dans ses yeux, ni haine ni jugement. Pour la première fois, elle semblait paisible. Quel sort lui réservait-elle ?

Florent ! Qu’avait dit Florent ? La vie, ce n’est pas ça. La vie est ailleurs ! De quoi la vie de José se composait-elle ? Amasser, toujours amasser. Prendre, grapiller, jouir, forcer le destin. Allait-elle se terminer aujourd’hui ? Tout ça pour rien ?

Il avait tué Florent, son meilleur ami. Qu’il meure aujourd’hui ne serait peut-être que justice.

Lucette le fit réintégrer dans la réalité.

— Quand ils sont entrés avec les chevaux, j’ai eu la peur de ma vie.

— Que sont-ils allés chercher qui ait tant retardé l‘assaut ? demanda Cassy.

— Chevaux et boucliers, supposa Sara.

— Ils voulaient se protéger des flèches, ajouta Allie.

— Ça ne leur a pas spécialement réussi.

— C’est fou, jeta Cassy. » Son regard balaya ses compagnes. « Nous leur avons quasiment ouvert les portes. Ils en ont profité pour charger avec chevaux et boucliers. Comment avons-nous fait ?

— La princesse ! lança Emma, d’une voix faible.

Celle-ci hochait lentement la tête.

— À vrai dire, je n’avais pas prévu la charge des cavaliers. Ni les boucliers. J’avais prévu d’en éliminer deux dès le début de l’assaut. Le temps que leurs yeux s’habituent à la pénombre, les autres auraient pris tous nos pots de chambre sur la tête, et j’aurais certainement eu le temps d’en abattre un de plus. C’était jouable. Les chaises et les portes faisaient boucliers. De plus, ils n’étaient pas censés nous tuer, mais nous vendre. Il se devait de ménager la plupart d’entre nous.

— Mais rien ne s’est passé comme prévu, objecta Cassy. Alors, comment avons-nous fait ?

— C’est le cheval gris je crois. Il a paniqué et, avec la jument, ils ont bloqué la porte.

— Il y a plus.

Tous les yeux se rivèrent sur José.

— Vous les avez surpris à chaque fois. À chaque fois, vos pièges tuaient, leur nombre diminuait. Avec les chevaux, ils reprenaient la main, c’était à eux de vous surprendre. Sauf que cette bicoque est trop petite pour des chevaux. Le chahut les a effrayés et ils sont devenus incontrôlables. La surprise s’est retournée contre vos ennemis.

Par ces mots, il espérait attendrir le cœur de ces femmes. Il leur donnait l’impression de les comprendre, de se retrouver de leur côté. Il devait survivre à cette épreuve.

Après un court moment pendant lequel chacune se remémorait son propre combat, Sara chercha le regard de ses compagnes.

— Vous regrettez ?

De paisible, les visages affichèrent une grande détermination. Julia hocha la tête, assurée.

— Je le referais.

— Plutôt deux fois qu’une, lança Cassy.

— J’ai pris un sale coup, reconnut Justine, mais je vais m’en sortir.

— Et maintenant, dit doucement Béatrice, c’est terminé. On va prendre soin de nous. Sinon, nous serions toujours aux mains de ces soudards puants.

— Je ne me laisserai plus jamais faire, répondit Alina. Plus question de me laisser marcher sur les pieds.

D’autres avaient opiné de la tête à chaque réponse. Cela donna le sentiment à Sara qu’elle avait remporté une seconde victoire. Allie n’avait pas pris la parole mais attendait que leurs regards se croisent. Elle dodelina de la tête, un léger sourire aux lèvres.

— Je veux apprendre à me battre, répéta-t-elle.

Et plusieurs approuvèrent.

Anxieux, José espérait maintenant se faire oublier jusqu’à leur départ. C’était sans compter sur Lucette.

— Lui ! lança-t-elle, tournée vers la princesse. Avez-vous encore des questions à lui poser ?

Sara hésita, puis secoua la tête.

— Comme les autres, alors. On le finit !

Lucette s’approcha, un poignard dans la main. Julia la rejoignit. Le brigand vit sa dernière heure arriver.

— On ne le tue pas, intervint la fille du roi. Les gardes voudront certainement l’interroger.

— Il peut s’enfuir, se fâcha Julia. Ou être secouru avant qu’ils arrivent.

José fixait celle qui représentait à l’instant son seul recours. Elle réfléchissait.

— Alors, conclut-elle, il suffira de l’empêcher de recommencer.

— Je lui coupe ! lança Lucette. Là, il ne pourra plus jamais.

José reculait, dans l’espoir insensé de disparaître en traversant le mur.

— Il peut en mourir.

— Personne ne le regrettera.

— Dans ce cas… » Elle hésita. « C’est un chef. Il peut continuer à nuire, même sans ses… affaires. Contente-toi des jarrets. S’il nous échappe, il ne pourra plus se déplacer seul. Qui voudra alors de lui ? Mais attendez qu’on soit sortis.

Le cœur du brigand se transforma en pierre. Lucette et Julia, elles, ne se firent pas prier. Il proposa sa fortune, mais rien n’y fit.

Elles se vêtirent et sortirent, sans un mot. Sara prit avec elle Emma sur Gris-Blanc, jugée la plus faible. Justine et Béatrice montèrent sur la jument. Julia et Lucette attendirent le départ de la troupe, puis la rattrapèrent, les mains ensanglantées. Sara se demanda si elles s’étaient contentées des jarrets.

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