L'enlèvement - 4° partie

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Cherchant la meilleure manière de créer un phénomène d’entraînement, je proposais à Cassy de se placer au centre de la pièce.

— Tu es grande et ces hommes-là sont grands aussi. Le seul qui soit petit, ils lui ont demandé d’attendre les fiacres sous la pluie. Pas de chance. » Je me tournai vers les autres. « Soyez persuadées qu’ils ne sont pas seulement grands, ils sont forts. Cassy, on va dire que tu es l’un d’entre eux. Allie, place-toi derrière Cassy, s’il te plait. Voilà. Maintenant, entoure son cou avec tes bras. Oui, c’est ça, en douceur. Maintenant tire et tente de la faire pencher vers l’arrière, et toi, Cassy, résiste à la pression. Tu vois, ce n’est pas si facile, Allie. Et eux, ils sont forts, donc ils ne sentiront, pour ainsi dire, rien du tout. Bon, maintenant, Allie, on recommence, mais doucement pour ne pas faire de mal à Cassy. Tu mimes seulement les gestes. Tu sautes sur elle, tu pèses de tout ton poids en appui sur son cou comme tout à l’heure, tout en plantant tes deux genoux dans le creux de ses reins. Tu induiras ensuite un mouvement arrière le plus puissant possible. Tes bras vont l’étrangler et tes genoux, l’obliger à se cambrer. Là, ça va commencer à faire beaucoup plus mal. Est-ce que tout le monde imagine la scène ?

Allie mima lentement cette première étape et parvint à sauter pour ensuite enserrer le cou de Cassy avant d’exercer une force vers l’arrière. Les filles observaient la scène et firent oui de la tête. Au moins, j’avais réussi à les captiver suffisamment pour qu’elles en oublient leur peine. Je dévisageai mes compagnes. Elles étaient attentives. Avais-je remporté la première manche ?

— Si l’homme est costaud, ce ne sera pas suffisant pour le faire tomber. Il faut une autre volontaire. Lucette ? D’accord, avance et place-toi devant Cassy. Non, Allie, pas tout de suite, on ne s’intéresse qu’à Lucette pour le moment. Lucette, tu fonces sur elle recourbée, le dos à l’horizontale, tu prends sa jambe au niveau du genou, c’est ça, tu l’entoures, et tu soulèves le tout, tout en imprimant une force vers l’avant pour aller dans le même sens qu’Allie. Oui, presque ça, maintenant vas-y vraiment à fond, place bien tes bras et soulève. Oups, pardon Cassy, relevez-là s’il… C’est bien ! On reprend place. Pour faciliter encore ta tâche, au moment d’attraper la jambe, tu donnes un bon coup de tête ou d’épaule au ventre du méchant. Vas-y, fait semblant. C’est pas mal. Maintenant, on fait les deux, Allie d’abord, et Lucette dans la foulée. Lucette, c’est important que tu opères juste après Allie, ou en même temps, sinon, il te voit venir, tu vas prendre tous les coups sur toi.

Allie et Lucette agirent de concert, en mimant les gestes lorsqu’ils étaient trop soutenus, et le résultat apparut évident à toutes. Le regard de plusieurs reprenait vie.

— Là, on voit bien que le brigand ne peut plus rien faire. Il tombe forcément. Mais si le bonhomme est lourd et massif, il va réussir à résister un instant et il faut une troisième combattante pour lui ôter toute chance de frapper Lucette. Justine ? Place-toi à côté de Lucette, s’il-te-plait. Tu devras te jeter sur le brigand d’une manière ou d’une autre, si possible en lui donnant un gros coup de coude dans le creux du ventre.

Je montrai comment positionner le coude par rapport au corps et comment renforcer l’effet en joignant les mains, paume contre poing, et en exerçant une pression des deux bras au tout dernier moment. Justine fit mine de sauter tout en donnant un coup de coude vers l’avant. Elle s’y reprit plusieurs fois. Au quatrième essai, elle s’approcha trop près de Cassy qui prit un coup dans la poitrine. Heureusement, il était simulé et Cassy s’en remit rapidement. Après un instant de surprise, nous éclatâmes de rire. Je me tournai vers la porte pour m’assurer que le bruit de la tempête les avait bien couverts.

— C’est bien. On va faire deux groupes de quatre dont un méchant par groupe. Il va maintenant falloir toutes vous entraîner à chacun de ces gestes. On en aura deux facilement. Je m’occupe du troisième. On va attendre qu’ils avancent le plus possible vers le centre de la pièce.

— Les hommes ont plutôt tendance à se battre avec les poings, non ? demanda Emma.

— Oui, mais si vous ne l’avez jamais fait, oubliez, ils ne sentiront rien. Nous, il nous faut nous aider de notre poids, d’où le coup de coude, de tête ou de genoux accompagné d’un saut vers l’avant. Encore une chose : ils nous sous-estiment. Il leur faudra un certain temps pour réagir, temps que nous mettrons à profit pour livrer notre maximum. Il faut leur ôter toute possibilité de répondre. Si on leur laisse l’occasion de cogner vraiment, ça va faire mal. N’hésitez pas à tirer les cheveux de toutes vos forces, à griffer ou même à mordre. Eux, ils nous volent nos vies, n’oubliez pas. Il ne faudra pas se poser de questions.

Debout, elles m’écoutaient avec la plus grande attention, le visage ceint d’une détermination nouvelle. Rassurée, je continuai :

— À propos de la douleur, il faut que je vous dise quelque chose. Lors d’une bataille rangée, lorsqu’un soldat est touché, souvent, il crie, tombe et geint autant qu’il peut. Ça ne sert à rien, personne ne peut lui venir en aide et il devient inutile pour les autres. Il faut oublier sa douleur et sa peur, totalement les oublier, et continuer à se battre comme si de rien n’était. Si nous nous préoccupons de la douleur, si nous obéissons à nos peurs, nous sommes perdues. Il faut continuer sans tergiverser.

Nous, les femmes, nous avons un rapport à la douleur différent des hommes, sans doute du fait de la maternité. Nous nous attendons à souffrir dès notre jeune âge et cela nous y prépare. C’est le rapport à la bataille qui nous échappe. Les hommes se battent depuis tout petit, par jeu ou par défiance. Ils connaissent la manière de procéder lorsque le besoin surgit. Sur ce plan, la plupart d’entre nous avaient un retard difficile à combler.

— Et s’ils s’emparent d’une arme ? demanda Julia.

— Il faudra écarter le bras qui tient l’arme tout en donnant un coup de coude dans le visage, ou de pied dans ce que vous savez. C’est très efficace. On peut protéger le bras qui va écarter la lame avec du tissu épais comme celui de nos manteaux.

Toutes se regardaient. Allie finit par dire, la mâchoire crispée :

— Moi j’en suis ! Au moins, on ne pensera pas à ce qu’ils envisagent de nous faire. En plus, l’exercice nous réchauffera.

Lucette hocha lentement la tête. Julia la releva et me regarda. Le visage de Justine s’illuminait. Comme moi, Cassy interrogeait ses amies du regard. Béatrice semblait dire « on y va » avec son poing fermé. Allie me regardait, attendant mes instructions.

— Bien, plaçons les couteaux. On va en cacher un sous le manteau de Cassy, un sous le mien et j’en garde un dans mon attelle. Si possible visez les parties molles comme le ventre ou les cuisses pour éviter que la lame ne soit bloquée par un os. Ne vous contentez pas d’un coup. Frappez tant qu’ils bougent. Nous sommes trop vulnérables. Il ne faut pas leur laisser la moindre chance. Maintenant, allons-y, il faut nous préparer.

Elles se placèrent, toutes, sans exception, les unes par rapport aux autres, et reproduisirent les mouvements décrits. Je les observais afin de corriger d’éventuelles imperfections.

La pensée de mon frère s’invita à mon esprit. Allait-il nous rejoindre ? Dans quel camp était-il ? Il fallait une présence au château pour prendre livraison des victuailles qui arrivaient le matin afin d’éviter qu’elles ne s’entassent. Avait-il accepté cette mission par choix ou par jeu ? Qu’était-il en train de manigancer ?

Peu importe, pour le moment, notre évasion s’imposait comme notre objectif numéro un. J’essayai d’entrevoir l’ensemble des possibilités. La plus favorable se présenterait si les trois brigands entraient ensemble. J’abats le dernier, le plus proche de la porte, par un jet de couteau. Cassy en blesse un autre avec le sien, les filles font tomber les survivants, je saisis ma seconde lame et nous nous rendons maîtres de la situation.

S’ils n’étaient que deux à entrer, le troisième entendrait les cris et la suite deviendrait difficile à prévoir. Dans le pire des cas, il s’enfuirait appeler ses camarades. Nous aurions alors le temps de nous sauver, mais nous nous ferions rattraper du fait de mon handicap.

Le cas où un seul homme entre représentait le pire de tous, car les deux autres auraient le temps de s’armer. Ils deviendraient terriblement dangereux pour nous. À moins de parvenir à mettre hors d’état de nuire notre visiteur dans le plus grand silence. C’était encore possible pour peu que nous nous y prenions bien.

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