Sous cloche - 4°partie

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Alors que je réfléchissais, Tamara reprit la parole :

— Maintenant que nous sommes arrivés, nous avons du mal à changer notre manière de penser. Tout est nouveau ici, nous devons nous accoutumer.

J’imaginais que cela incluait le côté sentimental.

— Ça doit être plus facile pour les garçons, non ? Je veux dire…

— Oui, ils deviennent plus entreprenants, j’avoue.

— Hum, je vois que tu as reçu des propositions…

Elle me répondit par un sourire.

— Ton mutisme est compréhensible. Dis-moi, tout de même, toutes les filles ne sont pas naturellement amoureuses de Krys ?

— Euh… Si, bien sûr. Mais elles savent qu’il n’y aura qu’une élue. Ou pas. Et comme c’est lui qui avait insisté pour qu’on n’y pense pas trop… Alors, ce qui s’est passé, c’est qu’elles se sont contentées de se montrer à leur avantage. Et en gros, cela voulait dire énergique et sans faille. Mais maintenant, je crois que plus personne ne se fait d’illusion. Et puis il y a eu cette fille, Rachel. Il avait l’air d’y tenir. Elle n’a pas pu nous suivre. Nous ne savons pas combien il la regrette. Il n’en parle jamais.

Mille questions me vinrent subitement à l’esprit. Je ne parvins à en poser qu’une seule :

— Tu crois qu’il a souffert ?

— Oui… et non. Difficile à dire. Je la connaissais. L’Oupale qui administrait la région voulait qu’ils se rencontrent pour, plus tard, s’offrir les services d’un super-gladiateur, comme Krys l’était. Il les a donc placés dans le même lit.

— Et ?

— Officiellement, ils ont fait… affaires. Mais, au bout d’un certain temps, Rachel a fini par m’avouer une autre version au moyen d’une phrase… alambiquée.

— Qu’a-t-elle dit ?

Nous avons passé la nuit ensemble, mais il a ses raisons bien à lui. Elles sont plus fortes que tout. Comprenne qui pourra…

— Je vois. Mais, en ce qui vous concerne, je ne m’inquiète pas pour vous. J’ai remarqué plusieurs garçons qui ont tout pour eux, ne serait-ce que parmi ses lieutenants.

— Tu oublies Noah !

— Je ne le connais pas. C’est celui qui désirait rentrer le plus vite possible.

— Krys ne l’a jamais vraiment apprécié. Noah a toujours cherché à ramener l’attention sur lui. Il s’opposait au trop plein d’activités proposé par Krys. Au début, il a été suivi par plusieurs des nôtres. Maintenant, surtout après la bataille de Bladel, tout le monde a compris.

— Vous êtes un groupe de personnes vraiment intéressantes et intelligentes. Maintenant, que vous ne réagissiez pas comme tout le monde, ça va de pair. J’ai pensé l’autre jour que j’échangerais facilement ma condition de princesse contre n’importe quel poste chez vous, tant je vous admire et vous envie.

Elle me sourit, opina de la tête et me donna deux petites tapes sur le dos de la main.

— Chiche, fais-le ! dit-elle.

. . .

Peu de temps après, Krys passa à la vitesse supérieure. Du fait de la bonne tenue des plaies et de la soudure osseuse, il m’annonça que j’avais intérêt à ne pas perdre trop de muscle. Il m’expliqua qu’ils « fondaient » quand ils étaient au repos trop longtemps. Non, pardon, quand ils n’étaient pas « sollicités ».

— Et ?

— Alors il faut les masser.

— Masser ?

— Ça ne se pratique pas chez vous ?

— Pour des soins ?

— Je vois. Laisse-moi faire. Tu vas voir.

Il se débarrassa de ses sandales, grimpa sur le lit et dodelina sur les genoux pour s’arrêter au-dessus de ma jambe gauche.

— C’est très simple et ça fait du bien. Je vais te masser le mollet gauche pour te faire une démonstration.

Il se mit à malaxer mon mollet. Ce n’était pas désagréable.

— Ça fait circuler le sang, expliqua-t-il. Autour d’une plaie, c’est un plus, ça apporte des nutriments, je veux dire des aliments, à l’os ou aux muscles en reconstitution. Et pour un muscle non sollicité, ça fait croire à ton organisme qu’il l’est quand même un peu. Tu perdras beaucoup de masse musculaire de toute façon. Mais moins tu en perds, mieux cela vaudra. Pour ainsi dire, les muscles perdent la mémoire du mouvement, ce qui rend la rééducation assez longue.

Il s’approcha encore et attaqua la cuisse.

— Pour la plupart des gens, ça génère une sensation de bien-être. Pour d’autres, pas grand-chose. Mais dans tous les cas, c’est bénéfique.

— J’aime ça. C’est agréable. Tu peux me faire ça des heures si tu veux.

Je le regardais faire, amusée.

— On va passer à la jambe droite. C’est plus délicat évidemment. Je vais procéder lentement, tu me dis quand tu as mal.

— Si quelqu’un entre et nous voit dans cette position, il risque de s’imaginer des choses…

— Que se passerait-il ?

— Rien de bon. Il faudra lui expliquer. C’est mieux si tu lui expliques toi, avec tes mots.

— Oui, je vois.

Nous étions une nouvelle fois seuls. Heureusement car, pour me masser les jambes, Krys avait retiré en totalité le drap qui me recouvrait. Bien qu’il restait toujours très professionnel, je me demandais si cet instant n’était pas prémédité. Peut-être était-il consécutif à mon petit test de l’autre jour, que nous avons réitéré plusieurs fois et qui lui a peut-être donné des idées. Peu importe, cela me faisait du bien. J’allais même jusqu’à m’étendre et fermer les yeux pour lui permettre d’avoir sur moi un regard plus libre. Il le méritait bien. Vis-à-vis de lui, je l’avoue, je désirais me rendre… inoubliable.

Tout en opérant, il me parlait de ses occupations. J’aimais ce qu’il faisait. Et j’aimais ce qu’il me faisait. Finalement, ma blessure représentait pour le moment le seul moyen de nous rencontrer. Je désirais qu’il se passe plus de choses. Cependant, si une liaison commençait entre nous, nous serions en danger. Et je ne pouvais plus me cacher.

Pour autant, j’ignorais ce qu’il pensait. Ce qu’il pensait de moi. Est-ce que je l’attirais ? Développait-il des sentiments ? Je ne disposais que de peu d’éléments pour déterminer ce qui se passait en lui. Il était… professionnel ! Cependant, il n’avait pas délégué la totalité des soins à Tamara ; il avait conservé le matin pour lui. Or les soins s’étaient simplifiés, et j’étais persuadée qu’elle était tout à fait qualifiée pour le massage. Que ressentait-il lorsque je lui demandais de m’aider à passer mon chemisier ? Pensait-il à moi quand il était seul ? J’aurais donné cher pour savoir si je demeurais présente dans son esprit. Lui, en tout cas, l’était dans le mien !

. . .

Clément passa peu après le départ de Krys. Mon père avait-il encore une mauvaise nouvelle à m’annoncer ?

Faussement embarrassé, il se rapprochait du lit à petit pas, s’y assit, se tourna vers moi et dit :

— Le roi pense qu’il serait bon que tu reçoives quelques princes de temps en temps, histoire de faire connaissance.

Sentant monter la colère en moi, je gardais le silence un instant.

— À quoi bon ? Ils seront présents pour la fête.

— Justement, c’est trop court. Tu pourrais avoir du mal à faire un choix. Autant t’y prendre un peu plus en avance.

— Écoute, je les connais tous et il n’y en a aucun qui me plaise.

— Ce n’est pas un choix, ça !

Devant mon mutisme, il continua :

— Si tu n’as pas de liste de préférence, père en a une. Pour commencer, les ainés, bien sûr, ceux qui vont hériter du trône.

— Bien sûr…

— Du fait de ton handicap, cela limite sensiblement le champ d’action. Il faudrait que tu nous cites tes jeux préférés.

— Je choisirais le plus malingre d’entre tous afin de l’expulser de mon champ de vision rien qu’en éternuant !

— S’il peut plaire au roi, c’est un plus…

Il fit mine de partir, mais se ravisa, gardant la porte entrouverte.

— Au fait, tu ne reçois plus Krys. Il n’est pas médecin. Si tu as besoin d’un médecin, nous en avons d’attitrés que tu connais. Tu peux continuer à recevoir la soignante. Nous avons envoyé un courrier au citoyen Krys. Il est au courant.

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