Tremblement de terre - 5° partie

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Mon frère, toujours à l’affût de la moindre information, me rendit visite dès le lendemain et me demanda :

— As-tu jamais entendu parler d’un passage secret ?

— Un passage secret ? Dans ce château ? Non.

— C’est ce qu’ils sont en train de chercher en ce moment. Ils se trouvent dans les appartements du roi pour tenter de découvrir un mécanisme caché sur les murs ou le plancher, qui donnerait accès à un couloir grâce auquel père aurait fui. Ils ont retracé son trajet probable. Ils sont maintenant persuadés qu’il n’a pu quitter les lieux sans la présence d’un mécanisme secret.

— Père aurait quitté le château ? Dans ce cas, il est probable qu’il est loin, non ?

— Oui, mais ce n’est pas tout. Tu te souviens de notre fuite chez le roi Henry lorsque père a pensé que la guerre était perdue et qu’il ne servait à rien d’envoyer des hommes à la mort pour renforcer le fort ?

— Oui, bien sûr.

— Eh bien il avait réellement prévu, comme tu le soupçonnais, que les Galiens prendraient aussi le château après avoir détruit le fort. Il a donc emporté avec lui tout ce qui avait de la valeur.

— Je… vois.

— Notre convoi emmenait son trésor. Il était divisé en plusieurs parties non égales : des grandes malles, très lourdes et une petite. Il s’est vu contraint de placer quelques responsables dans la confidence afin de protéger au mieux ses intérêts. Actuellement, l’un d’entre eux collabore avec les assaillants.

— Hum… Tout cela va mal finir. Ça va se transformer en chasse au trésor.

— Père n’a pas embarqué les grands coffres hier, il sont bien trop lourds. Il sont d’ores et déjà dans les mains du dictateur. Mais chacun pense qu’il a emmené avec lui le petit, ce qui l’a très certainement ralenti.

Je tentai d’assimiler ces informations. L’or rendait fou. L’avenir m’apparut de plus en plus incertain.

. . .

Ce jour-là fut comme la journée d’hier : beaucoup de bruits partout. Je n’osais sortir de ma chambre. Et puis, soudain, la nouvelle rapportée par Clément me brisa le cœur et me plongea dans le bain du désarroi.

— Père est mort, dit-il en retenant ses larmes. Il a été retrouvé dans un tunnel, un passage secret qui débouche dans la forêt.

J’accusai le choc et serrai mon frère contre moi. Krys n’avait pas tenu sa promesse. Certainement, l’attrait de l’or l’avait aveuglé. Et moi ? Son regard franc, ses qualités et ses compétences avaient pris le pas sur ma raison… Devant l’or et le pouvoir, même lui n’avait pu résister…

Dans les jours qui suivirent, plusieurs personnes, dont Krys, cherchèrent à me rencontrer mais je refusai de les recevoir. Le corps du roi fut réclamé par le roi Henry afin d’être enterré dans son domaine. Krys accepta. Ni moi ni mon frère ne pûmes assister à son enterrement. Nous n’avions plus aucun parent. Plus aucun protecteur.

Tous les royaumes répudièrent le nôtre sans tarder. Toute relation, commerciale ou diplomatique, cessa. Nous étions seuls. D’un côté, au sud, les Galiens, leur formidable puissance et leur non moins formidable désir de revanche. Et de l’autre, au nord, neufs royaumes, tous plus peuplés que le nôtre. Mon frère nous voyait en quelque sorte comme pris en otage, incapables de quitter le palais.

Les appartements de mon père ne furent occupés ni par Krys ni par quiconque. Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous gardâmes nos serviteurs, qui continuaient à s’occuper de nous.

Krys avait des ennemis parmi ses propres ministres, qui étaient, pour la plupart, ceux de mon père. Certains travaillaient pour lui tout en cachant leur haine pour le nouveau pouvoir. Les échanges entre eux et Clément étaient constants. Mon frère était au courant de tout ce qui se tramait au dehors.

Aucun village ni gros bourg ne se rebella contre Krys. La capitale elle-même ne broncha pas d’un pouce. Le calme régnait dans tout le royaume. Par la suite, nous entendîmes parler des grands travaux qu’il comptait entreprendre et de la main-d’œuvre abondante que cela exigeait. Il lança un appel à tous les déshérités et leur promit travail, logis et nourriture. Malgré l’interdiction de communiquer avec nous, une partie des pauvres des royaumes voisins virent s’installer chez nous. Mon père ne m’avait pas menti en déclarant que Krys voulait détruire les demeures situées en amont du château. Il réfléchirait aussi au moyen de construire des cabanes à peu de frais. Je suivais le début de ces opérations depuis le balcon. Il y avait quelque chose de fascinant à constater la vitesse à laquelle l’ensemble de ces grands travaux commençaient à prendre corps.

Krys désirait aussi agrandir le château. Il envisageait de creuser d’immenses espaces sous l’édifice et bâtir des extensions tout autour, collées à la muraille. Ces extensions faisaient polémique tout comme la destruction et le déplacement d’une bonne partie des habitations de la ville.

Mon frère me proposa d’assister à une réunion de conspirateurs dans les anciens bureaux du roi. Je ne leur faisais pas plus confiance qu’à Krys. J’aimerais tant savoir à qui accorder cette confiance… Les conspirateurs étaient peu nombreux. Clément m’apprit qu’il ne s’agit là que des principaux. Leurs griefs contre le nouveau pouvoir étaient impressionnants :

— Les gens sont très mécontents à cause des destructions qui vont bientôt devenir incessantes. Les nouveaux logements ne sont pas solides. Ils menacent de s’écrouler d’un jour à l’autre. La prochaine tempête les emportera.

— La ville qui enserrait le château avait au moins pour avantage de le protéger en quelque sorte. Avec ces destructions, les Galiens vont avoir un accès direct à nos murailles. Nous leur préparons un terrain balisé qu’il suffira de franchir en quelques minutes.

— De plus, les extensions qu’il a prévu de construire autour du château réduisent l’écart entre le sol et le haut de la muraille. Il sera ainsi plus aisé à l’ennemi de nous envahir.

— Quelle est la hauteur prévue pour ces extensions, demandai-je ?

— Trois mètres. C’est peu mais suffisant pour donner un avantage à l’ennemi. Ils vont disposer de véritables plateformes d’assaut. Et le trésor de votre père va fondre comme neige au soleil dans ces travaux inutiles et contreproductifs.

— Notre ville et tout le royaume se peuple de gueux qui proposent leurs bras en échange d’une bouchée de pain. Des familles entières migrent vers nous et nous les auront sur les bras lorsque les grands travaux seront terminés. Ils risquent de fragiliser le royaume dans les temps à venir.

— Krys persécute nos prêtres. Les plus chanceux fuient. Au début, ils n’acceptaient ni ses vues en matière de religion, ni ses méthodes médicales non conformes et dangereuses. Et aujourd’hui il se venge. Ce sont ses premières victimes.

— Les royaumes voisins constituent une armée commune. Nous nous trouvons en étau entre deux puissantes armées. Nous n’avons que des ennemis, et aucun ami. Personne pour nous venir en aide. Nous ne pouvons continuer seuls ainsi très longtemps.

Les nouvelles que j’entendais me déprimaient. Krys était peut-être bon tacticien mais, d’après ce que j’entendais, il se révélait médiocre administrateur. Et il serait terriblement intolérant. Mon frère jubilait, car il comptait les jours du nouveau pouvoir, sachant pertinemment que les choses ne pourraient continuer ainsi très longtemps. Chaque jour apportait son lot de nouvelles déprimantes. Mais ces incertitudes avaient peu d’importance au regard de ce qui se préparait.

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