La princesse - 5° partie

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Je tentais de mémoriser ce flot d’informations pour, un jour, le confronter à la réalité. Pour autant, je ne désirais pas le départ de mon hôte et m’empressai de demander :

— J’ai été surprise de vous voir soulever ce marteau morcan.

Il me regarda, et hésita avant d’ouvrir la bouche.

— Moi aussi, après coup. D’ailleurs, après le combat, tout à l’heure, j’ai réessayé. Je n’y suis pas arrivé !

— Incroyable ! Comment expliquez-vous cela ?

— Je n’en sais rien. Quand j’ai vu le chef Morcan avancer, j’ai compris qu’il ne fallait plus attendre une seule seconde. Mon regard s’est posé sur cette arme volée aux Galiens et, après, je ne sais trop ce qui s’est passé…

— Vous ne savez pas ?

— Il y a des choses comme ça… dit-il en haussant les épaules. Il ne faut pas chercher.

Me livrait-il le fond de sa pensée ou cachait-il des choses que ni les siens ni personne ne devaient entendre ?

— Que fait une princesse au beau milieu d’une bataille aussi sanglante ?

Un léger sourire relevait le coin de ses lèvres. Il ne me jugeait pas, mais cherchait à comprendre.

— Il convenait de renforcer l’armée.

Je ne m’étais pas posée de question. Participer me semblait si évident ! L’amour des armes ne m’avait en aucun cas motivée. Le sang dénature tout. Les chocs, les cris, la mort imprégnaient les esprits des années durant.

— À vous seule ?

— Les soldats m’apprécient. Le général affirme que je leur procure un surcroit de courage. Mais surtout, bien des jeunes nobles parmi les plus téméraires ont ainsi disposé d’une excuse pour nous rejoindre.

— Sont-ils si nombreux ?

— Pour les protéger, leurs géniteurs ont réuni leurs servants les plus valeureux, et tout ce petit monde se retrouve parmi nous.

Il dodelina de la tête en me regardant. À ses traits, je devinais qu’il était épaté.

— Vous savez, vous m’avez sauvée en intervenant. Étiez-vous sûr de les faire reculer ?

Ses yeux fixaient un endroit de la chambre et il se mit à hocher la tête, puis me regarda, toujours en hochant la tête, comme si la décision avait été difficile à prendre. Je tentai de l’aider :

— Vous n’étiez que cent cinquante.

— J’étais confiant, répondit-il.

À mon tour d’approuver de la tête. Je baissai les yeux.

— On a perdu beaucoup d’hommes, vous savez. Beaucoup. Et aujourd’hui, on a failli y rester. Tous y rester. Tous…

Il plaça une main sur la mienne. J’avais perdu des êtres chers. La guerre ne pardonnait pas la moindre erreur. Nous restâmes ainsi un instant. Je craignais un désastre plus grand encore.

— Et j’ignore où sont mon père et mon frère. Ils devraient être parmi nous. Que sont-ils devenus ? » Des larmes humidifiaient le coin de mes yeux, mais je relevai le visage. « Êtes-vous confiant pour demain ? »

— Oui. Ne vous inquiétez pas. Tout ira bien. Dormez maintenant.

Il déplaça le plateau repas, retira quelques coussins et vérifia le confort de ma position. Il souffla les bougies à l’exception d’une seule, puis, au moment de me saluer, se ravisa et dit : « Le petit animal, il s’appelle Kia. »

Où avait-il bien pu trouver le temps de m’observer avec tout ce qui l’avait occupé aujourd’hui ? Était-ce par pitié ou par affection qu’il m’avait pris la main tout à l’heure ?

— Kia ? C’est un singe ?

— Un lémurien. Plus précisément un maki catta. Il y en a beaucoup dans le sud.

— Il est à vous ?

— À Bruno. Je vous le présenterai.

Il prit congé et me lança un dernier regard avant de fermer la porte. Les yeux rivés sur celle-ci, je soupirai. J’allais me retrouver seule face à mes cauchemars. À combien d’horreurs avais-je assisté ces derniers jours ? Krys avait tenté de m’apaiser en déclarant être confiant pour demain. Sans doute m’avait-il menti. Je savais qu’il me fallait dormir mais je craignais de ressasser les horreurs de cette guerre.

Pour autant, mes premières pensées portèrent sur la surprise due à son apparition. Le chef Morcan n’avait rien vu venir ! Après l’avoir abattu, Krys s’était tourné vers moi. Je gardai dans mon cœur la lueur qui avait animé son regard en cet instant. Je me remémorais ses batailles. Sa vitesse. Sa force. Le moment où il m’avait portée. Sa prévenance pour me soigner. Et, peut-être par-dessus tout cela encore, ses connaissances, qui faisaient de lui quelqu’un de différent.

Mes pensées s’éloignèrent davantage et je vis la colline que nous contemplions avec le général et ses officiers. Nous nous demandions à quelle troupe nous avions affaire et qui avait été assez audacieux pour y prendre position. Ils venaient du sud. À peine arrivés, ils s’emparaient du périmètre. Ils nous avaient observés. Ceux qui espéraient trouver la quiétude auprès de la multitude des leurs faisaient face à la guerre. Nous aussi nous les avions observés. Mon regard avait-il rencontré celui de Krys à ce moment-là ? J’aimais cette idée.

En réponse à cet égarement, mes cauchemars resurgirent. L’annonce de l’arrivée de l’armée ennemie. Huit à dix mille guerriers en approche. La panique engendrée par la nouvelle. Mon père, agité plusieurs jours durant. La difficulté de rassembler deux mille cinq cents hommes. La promesse d’amener rapidement mille cinq cents soldats de plus. Mon stratagème pour rejoindre l’armée à son insu. Clément, mon frère, le seul à en être informé. La colère du roi, que j’imaginais, lorsqu’il découvrirait la nouvelle. Mon arrivée dans le fort. L’accueil des militaires, toujours chaleureux. Les hourras. L’insistance des officiers pour que j’occupe une chambre à moi seule. Les préparatifs de l’armée ennemie sur la colline avoisinante. L’angoisse ressentie par tous au vu des machines de guerre qui y prenaient place. Les bombardements incessants. Les diverses tentatives des Galiens pour s’emparer du fort. Leurs béliers, destinés à ébranler le mur fissuré. Les bombardements, encore, qui s’éternisaient. L’écroulement de la presque totalité de la façade sud. Les cinq cents hommes que nous avions déjà perdus. Le lendemain, pendant lequel, sans la protection du mur, nous en perdîmes mille de plus. Ce matin, où nous nous rendions bien compte que, sans les renforts, aucun de nous n’en réchapperait. L’insistance de tous de me voir quitter les lieux. Mon refus, ancré sur la promesse paternelle. La terrible charge du Morcan ! Les dix hommes qui m’ont suivie pour tenter de l’abattre. La vitesse avec laquelle il s’est débarrassé de tous. Les minutes interminables pendant lesquelles j’évitais ses coups. Le choc, qui me propulsa en arrière. Le coup de grâce, que j’attendais. L’entrée en scène spectaculaire de Krys. La vivacité de sa troupe. Leur précision étonnante. Sa gentillesse. Son assurance, qui me permit de ne plus craindre pour mes blessures. Cette pensée apaisante, la première, peut-être, depuis une éternité. Le sommeil qui gagnait. La nuit qui avançait…

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