Je n'ai pas compris...

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Je n'ai pas compris ce qui a poussé mon mari à me jeter du haut du pont, cette nuit-là. Je n'en ai même aucune idée, il m'avait droguée. Réveillée en pleine nuit, poussée sans ménagement dans notre voiture, hébétée par la situation, je n'ai pas cherché à me défendre.

Il m'a ensuite balancée comme un sac poubelle dont on se débarrasse, avec la même volonté d'en finir...

Nous nous sommes rencontrés dans un pub de la banlieue lyonnaise. À vingt-cinq ans, je ne croyais plus au prince charmant, du moins en apparence. Parce qu'en réalité, on espère toujours. Nous avions décidé, mes amies et moi, de sortir pour fêter mon anniversaire. Lorsqu'il s'est approché de notre table, ce soir-là, je suis tombée aussitôt sous son charme. Je le trouvais beau, spirituel et tellement sûr de lui. Même dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas qu'un tel garçon puisse un jour s'intéresser à moi. Mais alors, que recherchait-il ? Une proie facile ? J'aurais quand même pu me poser la question. Mais voilà, vous savez comme moi à quel point l'amour rend aveugle...

Je n'avais jamais connu de relation stable, jusqu'à nous. Je dis nous, car nous formions un couple heureux au regard de tous et cette relation a quand même duré dix ans. Au début, il était gentil et attentionné, mais cela n'a pas duré...

En réalité, j'ai cru en ma chance, tout simplement. Cela ne vous est jamais arrivé ? Après deux ans de vie commune, il m'a demandée en mariage. Pourquoi aurais-je refusé ? Tout allait bien entre nous, on ne se disputait jamais. Mes amies avaient beau trouver cela étonnant et de mauvais présage, je ne voyais pas pourquoi il fallait forcément vivre fâchés pour être heureux ! Nous avions même des projets. Lui, voulait ouvrir son propre cabinet d'architecture et moi je rêvais d'être mère.

Cependant, il a réalisé son rêve, tandis que je ne suis jamais tombée enceinte. J'ai tout essayé : piqûres, FIV... Les années ont passé et peu à peu, l'espoir s'est envolé. Guillaume en a été profondément affecté, mais il n'était pas le seul... Il s'est enfermé dans son travail, jusqu'à ne plus rentrer à la maison. Avec le temps, une certaine distance s'est progressivement installée entre nous et la colère sourde des débuts de notre mariage, qui s'emparait de lui à chacun de nos désaccords, a fait place à une rage qu'il ne cherchait plus à maîtriser et qui balayait tout. J'ai alors commencé à déprimer, mais je l'aimais toujours. En vérité, je me sentais coupable de ne pas pouvoir lui offrir la joie d'être père, au point de tout accepter : son indifférence comme sa fureur. Nous nous sommes emmurés dans nos vies respectives, saisissant le moindre prétexte pour ne plus être ensemble. Enfin, surtout lui.

Je ne pourrais pas vous dire exactement à quel moment son regard a changé, mais d'indifférent il est devenu hostile. C'est à ce moment-là que j'aurais dû demander le divorce.

J'ai presque honte de vous avouer que je n'ai rien vu venir et qu'au-delà de nos différends il me semblait que notre histoire d'amour était partagée. Au tribunal, Guillaume a plaidé la folie passagère et n'a écopé que de quelques années. Comment avoir confiance en la vie et en la justice, après ça ?

Pour moi ? Tout s'est arrêté ce soir-là, car je n'ai jamais réussi à rejoindre la rive dans une eau à six degrés, abrutie par les cachets qu'il m'avait fait prendre. Transie, dans ma chemise de nuit détrempée, à moitié assommée par la chute, je n'ai pas mis longtemps à couler. J'avais trente-cinq ans...

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