LA LOUTRE QUI VOULAIT VOLER

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            Il était une fois une loutre. Le poil soyeux, les vibrisses effilées, le regard perçant, l’odorat aiguisé… Une bête magnifique. La rivière qui constituait son territoire était un havre de paix, éloignée de tout prédateur, foisonnante de poissons gouteux et de batraciens délicieux.

            Notre superbe animal avait donc tout pour être heureux. Et pourtant… Notre loutre souffrait du complexe du goéland. Elle ne rêvait que d’une chose : voler.

            Championne des cabrioles, elle fit d’abord l’admiration de ses camarades de jeux. Il fallait la voir surgir hors de l’eau dans d’incroyables saltos, pirouettes et autres sauts périlleux !

            Ses congénères commencèrent à s’inquiéter lorsqu’ils la virent grimper aux arbres et plonger dans la rivière, battant frénétiquement de ses trop courtes pattes.

            Ses congénères furent carrément paniqués lorsqu’ils la virent grimper aux arbres et plonger dans la rivière, battant frénétiquement de ses pattes prolongées par d’immenses feuilles de bananier !

            Ses congénères la maitrisèrent énergiquement lorsqu’elle entreprit de sauter d’un arbre, accrochée à un pauvre échassier pris au piège un peu plus tôt…

-       « Là, tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ! Tu es une loutre, il serait temps d’arrêter tes enfantillages !

-       Mais je veux voler !

-       Ta gueule, Maurice ! »

Dépitée, abattue, vexée, blessée… Mais nullement découragée, notre loutre décida de fuir cette troupe de mammifères primitifs à l’esprit trop étroit. Elle fit provision de quelques escargots, d’un reste de poisson, et surtout de plusieurs feuilles de bananier, et quitta le pays de son enfance, regrettant cependant de ne pas être accompagnée de son ami l’échassier.

Elle parvint sans peine au pied de la Montagne Sacrée. L’ascension fut un peu plus laborieuse, mais elle gravit la pente raide et se hissa finalement au sommet. Grisée par l’altitude et l’effort, elle n’eut pas le temps de voir surgir de nulle part un aigle noir, aux yeux couleur rubis et aux plumes couleur de la nuit. Celui-ci l’emporta dans les airs, empoignant l’animal dans ses serres.

La loutre exultait. Le vent ébouriffait ses moustaches, le panorama était vertigineux et notre loutre se sentait légère, aérienne, aérodynamique… Elle volait. Enfin ! Elle ne put réprimer un cri de joie. « HOURRA ! » s’exclamât-elle battant l’air de ses pattes. « BRAVO ! » hurlait-elle en riant à grands éclats. Cette explosion de joie désarçonna le rapace qui, dans un mouvement bien involontaire relâcha l’étreinte de ses griffes.

La loutre fit une chute libre de plusieurs centaines de mètres et s’écrasa au sol dans un horrible bruit mat. Un vautour qui vint se délecter de ses entrailles éparpillées sur le rocher qui n’avait pas amorti la chute, ne prêta aucune attention au sourire qui s’étalait sur son visage. Il trouva cependant étrange que cette loutre tombée du ciel ait un arrière goût de goéland.

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