Au delà des apparences

2 minutes de lecture

Je n'avais pas perdu une miette de tous ces échanges. Écouter trois inconnus décrire en détail les circonstances de mon décès avait quelque chose de tout à fait fascinant.

Au-delà des paroles et des gestes, je m'étais rendu compte que je percevais plus que ce que me permettaient les cinq sens. D'ailleurs, pouvais-je encore parler de sens alors que je n'avais ni jambes, ni bras, et a fortiori, pas plus d'oreilles ni d'yeux. Pourtant, durant toute leur conversation, j'avais écouté leur petite voix intérieure, sceptique, cynique, méprisante, ou juste amusée. J'avais remarqué les moues discrètes se dessinant au coin de leur bouche, les légers frémissements de leurs sourcils, les pores exsudant une sueur acre, toutes ces modifications fugaces du visage qui pouvaient en dire bien plus long que les mots qui sortaient de leur bouche. J'entendais le battement irrégulier de leur cœur, la furie intermittente de leur circulation sanguine, je parvenais même à déceler les infimes impulsions électriques de leur cerveau, rythmées par les mouvements de leur corps et les réflexions de leur esprit. Je ressentais ce qu'ils pensaient réellement, et pas uniquement ce qu'ils voulaient montrer.

Leur discussion avait alors pris un éclairage nouveau. Plus condescendant que bienveillant, Bekri avait pitié de Favre ; il considérait que l'inspecteur donnait à cette affaire une importance qu'elle n'avait pas, un baroud d'honneur pour échapper à un placard doré, ou à une retraite anticipée. Bromard, sous son air taciturne, avait en réalité beaucoup de respect pour Favre. Il devait admettre que cette affaire sortait de l'ordinaire, mais comptait sur le policier pour emprunter des chemins tortueux que lui-même ne saurait parcourir, par principe. Quant à Favre, je fus surpris par la clarté de ses pensées. Là où les deux autres s'éparpillaient, courant derrière chaque idée parasite, déconcentrés par le moindre stimuli de leurs sens, Favre avait l'esprit entièrement tourné vers la résolution de son enquête, comme si cette enquête était la seule chose qui comptait. Ou comme si plus rien d'autre n'avait d'importance.

Il n'avait en fait rien à apprendre de ses confrères. Cette petite réunion n'avait en réalité pour seul but que de lui tenir compagnie, un moment de répit dans son existence solitaire.

Annotations

Recommandations

Défi
aulia_moreau

"A quoi est-ce que tu penses ?"
Sa voix vient de briser le silence si doux qui nous entourait jusqu'à présent. Je souris. Une boule se noue dans mon ventre et l'envie de me mordre la lèvre me prend, mais je ne peux pas. Je sais qu'il m'observe et, s'il remarquait ce détail, il se douterait de quelque chose.
"Il fait bon aujourd'hui, je trouve."
Je n'ai pas trouvé meilleure réponse à lui donner. Lorsqu'il est dans la même pièce que moi, comme maintenant, je ne parviens plus à réfléchir. Une force surnaturelle, magique, m'entraine et me guide. Je n'ai plus conscience de ce que je fais, ni de ce que je dis. Je sais juste que je suis là, avec lui.
Il s'assoie à côté de moi et soupire, comme apaisé, relaxé. Mes sens s'éveillent et le rouge me monte aux joues. Je sens son parfum qui me caresse le nez, j'entends sa respiration régulière qui me berce. Dans un mouvement pour attraper sa tasse de café sur la table basse, il frôle mon genou. Mon coeur s'emballe quelques secondes, puis reprend un rythme régulier.
J'ose enfin lever la tête vers lui. Mes yeux glissent sur son visage, ses cheveux, son corps, et s'illuminent de petites étoiles, émerveillés. Il est si beau. Je ne lui trouve aucun défaut ou, plutôt, je les aime autant que ses qualités. Tout me fascine chez ce garçon, absolument tout. Je pourrais le regarder ainsi pendant des heures, sans me lasser une seule seconde. Je voudrais l'observer de façon à garder une image parfaite de lui dans mon esprit, afin d'en rêver la nuit et de confondre l'imaginaire et la réalité.
Pendant un instant, nos regards s'entrecroisent. Je baisse la tête et une mèche de mes cheveux glissent sur ma joue. Je ne la replace pas derrière mon oreille parce que je sais qu'elle l'empêche de voir la voie lactée qui emplie à cet instant mes yeux. Il n'y a que comme ça que j'échappe à l'envie de goûter ses lèvres... Il n'y a que comme ça que j'échappe aux sentiments qui m'animent.
"Je sais que tu ne me dis pas de quoi tu as peur" dit-il encore.
Ce qui m'effraye ? Je ne le lui révèlerai jamais, il n'a pas besoin de savoir tout ce que je ressens, tout ce que sa présence m'inspire, tout ce que son être provoque en moi.
Je sais que les émotions que j'éprouve sont belles, magnifiques même, mais je sais aussi qu'elles me feront mal si je les révèle. Tout garder pour moi, c'est une façon de me protéger. C'est pouvoir me mentir à moi-même plus facilement. Si personne ne sait rien, je peux plus facilement me dire qu'il n'y a rien.
Je sais que je suis tombée amoureuse, mais je ne me l'avouerai pas, de la même façon que je ne l'avouerai à personne. Et surtout pas à lui. Parfois nous n'avons pas les mots pour expliquer l'amour, mais ce qui est certain c'est que l'amour, lui, a ses maux. Ne pas trouver les miens, ne pas les chercher, ne pas les exprimer, c'était échapper aux siens, échapper au mal.
Il se relève et marche vers la fenêtre puis s'y accoude. Les rayons du soleil illuminent sa peau et font scintiller ses yeux bleus dans lesquels je pourrais me noyer éternellement.
Il a pris un air grave et pensif. Cela lui va si bien de réfléchir. Il se concentre, cherche dans le paysage un quelconque signe qui lui permettrait de comprendre, de savoir ce qui se passe dans ma tête et surtout dans mon coeur. Son sourcil gauche se surélève légèrement. Mon mutisme l'agace, je le sais.
Un petit moineau s'envole d'une branche, dehors, pour en gagner une autre, sur un autre arbre. De là-haut, il observe le monde et les autres oiseaux qui l'entourent, sans être dérangé, sans qu'on lui demande constamment à quoi il pense ou ce qui l'effraye.
"J'aimerais bien être un moineau, je crois" dis-je simplement.
Il sourit et continu de regarder dehors. Je frémis. J'aime voir ses petites fossettes se former sur ses joues. Il a l'air d'un enfant lorsqu'il est comme ça. Innocent, insouciant.
"Pour pouvoir t'envoler plus vite quand je te pose une question ?
- Pour ne pas avoir la possibilité d'y répondre."
Il se tourne vers moi, essaye de capter mon regard mais je le fuis. Je fais semblant de regarder par la fenêtre à mon tour, tout en gardant un oeil sur lui. Je ne peux pas m'en détacher, que cela concerne ma vue ou mes sentiments.
"Tu es si... Mystérieuse."
Cette fois-ci, c'est moi qui souris. Le timbre de sa voix change lorsqu'il ne parvient pas à comprendre quelque chose, mais je la reconnaitrais tout de même entre mille.
Je soupire. Il me fixe. Je sais qu'il attend que je dise quelque chose. Je préfèrerai pouvoir m'échapper de cette situation à vrai dire. Je préfèrerai ne pas avoir connu le beau côté des sentiments pour échapper au mauvais. Je me sens prisonnière ici, prisonnière de quelque chose que je ne veux pas ressentir. Il me faudrait un moyen de...
"Au final, peut-être que j'aimerais aussi l'idée de voler.
- Pourquoi ?
- Pour me sentir plus légère, plus libre."
4
4
3
4
ombe khaled
Une poésie réponse à un sujet sur les poèmes engagés...
FREE PALESTINE
4
14
1
1

Vous aimez lire Eric Kobran ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0