L'esprit un peu embrumé

2 minutes de lecture

Je revins sur mes pas. Lentement. Mes jambes engourdies peinaient à me porter. J'avais dû m'assoupir car les dernières heures de la nuit étaient passées comme une rafale de vent. Les premiers rayons du soleil perçaient la brume et réveillaient la nature assoupie. Le calme était irréel, l'autoroute déserte, probablement fermée à la circulation.

Je sortis de ma cachette à l'ombre du pont et j'enjambai la glissière pour profiter de cette étrange liberté. Peu de gens pouvaient se targuer d'avoir un jour parcouru une autoroute à pied. Tant de légèreté de ma part me parut indécent. Toutes les horreurs de cette nuit auraient dû me traumatiser. Pourtant, je souriais presque en marchant les bras écartés pour tenir en équilibre sur la ligne blanche. Etais-je en état de choc ?

J'arrivai à portée de voix des premiers groupes de pompiers qui s'affairaient autour des carcasses. Ils ne me virent pas, trop occupés qu'ils étaient à désincarcérer les derniers corps sans vie. D'une voix faible et chevrotante, je les appelai pour être pris en charge, sans grand succès. A bout de force, je m'écroulai alors au beau milieu de la route ; une chute dramatique digne d'un Oscar, à la suite de laquelle, pensais-je, les secours allaient accourir dans ma direction, au ralenti, se pencher vers moi en m'encourageant à tenir bon. Puis ma vue se troublerait, avant de perdre conscience, pour me réveiller en meilleure forme dans une jolie chambre d'hôpital, entouré de fleurs et d'accortes infirmières.

Je rouvris les yeux. Pas d'infirmières, pas de fleurs. Et de toute évidence, pas d'hôpital. Je me trouvais toujours la joue collée sur le bitume rugueux et malodorant de la route. Plus loin, l'agitation qui régnait autour du carambolage avait cessé. Des policiers posaient des scellés et balisaient les lieux à l'aide de bandes de signalisation. Ce fut à cet instant que je remarquai que le soleil était sur le point de se coucher. Était-il possible que personne ne m'ait aperçu de toute la journée ?

Je me relevai sans mal, malgré ma grave blessure de l'amour-propre. Un tel manque d'égard envers la victime — et peut-être seul survivant — d'un accident aussi grave était intolérable et je comptais bien faire partager mon point de vue avec le premier malheureux qui croiserait son chemin. Je jetai mon dévolu sur un jeune gardien de la paix qui déroulait avec désinvolture son rouleau jaune et noir autour des lieux.

Je marchai vers lui d'un pas décidé et le hélai sans ménagement. Mais il ne m'entendit pas. Je me plantai alors sur son chemin, les mains sur les hanches. Il ne me vit pas. Furieux qu'il m'ignore si ostensiblement, je voulus prendre l'agent par les épaules et le secouer. Ce dernier marcha vers moi.

Et me traversa comme si je n'étais constitué que de brume.

Annotations

Recommandations

Défi
Marie Malefoy-Greengrass
One shot sur le couple Drago x Astoria.
2
0
0
1
Alexandrine Solane


Sous l’œil vigilant de Spike, Aubade versa le miel sur le pancake. La jeune femme ne l’avouerait jamais mais leurs crêpes étaient une tuerie. Sa situation fragile d’otage ne l’empêchait pas de savourer cet instant. Cédric avait préparé le déjeuner, la bande s’était réunie autour de pain, fruits, thé, café.
Des pas précipités retentirent. Le souffle court, Félix, inquiet, déboula dans la cuisine.
– Quelqu’un s’est introduit dans le Sanctuaire ! s’écria-t-il.
– C’est impossible, ce lieu est équipé d’un détecteur de présence, il n’y a pas d’intrus, expliqua Spike. Félix, tu l’as installé toi-même.
– Si, l’intruse est devant nous, dit Jim toujours aussi hargneux en dévisageant Aubade.
– Quelqu’un s’est infiltré dans notre refuge cette nuit ! Il a fait un tour… un tour de passe-passe.
– Félix, qu’est-ce que tu dis ?
– Je suis passé devant le labo, la poignée de la porte est en or !
Les Dandys, incrédules, dévisageaient le pirate informatique. Intriguée, Aubade commença à se demander si le groupe ne se payait pas sa tête. L’unique accès, un ascenseur, nécessitait un code. Excepté les résidents, nul ne l’avait. Et si, un témoin avait assisté à son enlèvement et venait la secourir ? Avait-on relevé la plaque d’immatriculation de la camionnette ?
– Je dois voir ça, dit le meneur en se levant.
– Ça attendra. J’ai faim ! grommela Théo.
– Pourquoi mange-t-elle avec nous ? J’ai rien dit pour hier, parce qu’une fois, passe encore. Maintenant, je veux qu’elle dégage.
La captive percevait le mépris dans l’objection de Jim.
– Parce qu’elle est seule contre six hommes. Elle ne peut rien contre nous, Jim.
– Seule… ? En es-tu sûr ?
– Que veux-tu dire ?
– Et si elle avait introduit un complice dans notre quartier général ? demanda le hacker.
– Réfléchis ! C’est un lieu souterrain. Elle ignore où est situé notre repaire.
– Félix, tu as retrouvé Aubade. Que peux-tu nous dire sur elle ?
– Son profil ne correspond pas à celui d’une criminelle ! C’est une secrétaire, tout ce qu’il y a de plus banal.
Le chef revint, livide, son dos semblait tendu comme une corde d’arc, ses yeux furetaient à droite et à gauche. Croyait-il que le coupable allait surgir des murs ?
– C’est bien de l’or. Je veux que chacun fouille ses quartiers. Pour s’assurer que notre intrus n’a rien piqué ou transformé autre chose.
– Y-a-t-il juste un peu d’or déposé en surface ou la poignée est-elle tout en or ?
– En profondeur. En tout cas, ça n’y était pas hier. J’en suis sûr.
Après le petit déjeuner, les hommes passèrent au peigne fin, les lieux. Spike resta avec Aubade. Au moment où il s’approcha d’elle, son cœur s’emballa. Elle cacha ses mains moites derrière son dos. Elle n’avait pas envie qu’il perçoive son trouble. Le reconnaître, c’était lui octroyer un pouvoir sur elle. Déjà qu’il détenait sa vie entre ses mains, c’était assez ! Lorsqu’elle s’était réveillée dans l’entrepôt, elle avait croisé ses yeux ; or elle réalisait que ceux-ci, couleur noisette, se piquetaient d’absinthe… C’était la première fois qu’elle voyait cette nuance. Son tee-shirt blanc mettait en valeur sa musculature. Soudain, une bouffée de chaleur monta en elle…
– Désolé, mais vous devez y retourner, dit-il.
Elle allait de nouveau être enfermée dans l’alcôve…
– Non.
Il secoua la tête.
– Nous n’avons pas le choix. Je dois gérer la situation.
– Vous croyez que je suis responsable de ce tour de magie ? S’il y a un alchimiste ici, c’est vous, pas moi !
Le supérieur l’enferma dans la chambre. Il utilisa le micro de la caméra pour s’adresser à elle.
– Avez-vous remarqué l’or ce matin, sur la poignée ?
– Non. Vous avez le choix Spike, vous êtes le leader, vous pouvez me libérer, dit-elle, d’une voix tremblante alors qu’il lui tournait le dos, sans lui répondre une fois de plus.
Dans la chambre de verre, la prisonnière s’ennuyait ferme : pas de distractions, son précédent occupant ne possédait ni livre ni magazine ni télé. Mille pensées la traversaient. Pourquoi l’avait-on épargnée ? Certes, le boss répugnait à tuer. Cependant, elle pouvait identifier chaque membre de la bande… Pourquoi avoir pris le risque de l’emmener dans ce lieu sacré pour eux ? Décidément, Spike aimait jouer avec le feu ! Pris au dépourvu, il se laissait le temps de la réflexion. L’un des Dandys, Cédric, lui avait expliqué que le chimiste s’était aménagé un studio dans le labo pour pouvoir être isolé en cas de fuite de gaz ou de n’importe quel autre problème. Une mise en quarantaine préventive.
Environ une heure plus tard, elle apprit que la fouille minutieuse du Sanctuaire n’avait pas abouti. Elle fut surprise en entendant le cliquetis de la serrure de la chambre.
– Suivez-moi, dit Spike.
Elle ne se fit pas prier deux fois. Les six hommes étaient réunis devant le laboratoire. Son cœur manqua de s’emballer. Était-elle face à ses juges, ses accusateurs ? Elle savait d’emblée que Jim serait le plus impitoyable.
– Que se passe-t-il ? interrogea la prisonnière.
– Nous pensons que vous pouvez nous le dire, répondit Spike.
– Dire quoi ? Lors de la fouille, j’étais enfermée.
– Pas au petit déjeuner.
– Je n’ai jamais été seule, vous m’avez vu déjeuner.
– On perd du temps.
Furieux, Jim la gifla.
– Qui es-tu ? Une espionne ?
– Jim ! Ne la touche pas ! s’emporta le leader.
– Pourquoi la protèges-tu ? Tu as baisé cette fille ?
Il empoigna brutalement son acolyte.
– Aubade est une captive, non une proie. Je veux que tu la respectes. Si tu la menaces encore une fois, je te casse la gueule ! C’est clair ?
Jim l’avait jetée dans la cuve, il désirait sa mort. Elle devait se méfier de lui, son allégeance au scientifique bridait sa violence… Jusqu’à quand ? Le meneur semblait la protéger, enfin, il s’interposait tout de même entre l’expert en armes et elle.
– Sa présence nous met en danger, elle a déjà commencé à provoquer des scissions entre nous. Notre chef a une faiblesse pour elle, dit-il en s’adressant à Spike. Elle compromet notre organisation.
– J’ai installé un système de détection d’intrus à l’entrepôt, dit Félix. Si, un mec est chez nous, je le saurai.
– Quant à moi, j’ai installé une serrure sur l’armurerie, indiqua Jim. Au cas où notre amie aurait envie de jouer les héroïnes…
Les Dandys s’absentèrent. Spike et la captive restèrent seuls. Le cœur d’Aubade s’accéléra. Comme dans un mauvais film, la prisonnière tombait sous le charme du ravisseur… L’homme prit la parole :
– Ils sont partis s’occuper des cuves.
– Quoi ?
– Récupérer l’or.
– Qui sont vos acheteurs ?
– Comme si j’allais vous le dire…
– Je suis à votre merci, ici, de plus, bloquée dans un souterrain… Vous pouvez me laisser circuler librement dans le sanctuaire.
– Ben voyons !
– Dites, vous avez une chambre spartiate. Pas de télé, ni bouquin, changea-t-elle de discussion sentant que son entêtement pouvait envenimer davantage la situation.
– Je suis entièrement concentré sur nos prochains méfaits, dit-il avec un rictus de dérision.
– Si, vous voulez que je ne devienne pas dingue, apportez-moi, je ne sais pas moi, des magazines.
– OK. J’y penserais.
– Comment le gang s’est-il formé ?
Réticent à lui répondre, il la regardait, pensivement.
– Vous savez très bien que je peux parler sans que vous me retrouviez. Vous ne risquez rien à me le dire…
– Nous nous sommes connus dans le milieu. J’ai décidé de réunir les compétences de chacun pour former une bande, nous sommes les meilleurs dans notre domaine, la crème de la crème.
– Quel est le rôle d’un scientifique dans un gang de malfrats ?
– Je mets au point des armes.
– Des armes chimiques ?
– Des gaz paralysants. Jim voudrait que je produise des armes chimiques mais mortelles. Je ne suis pas un assassin. Au fait, j’avais raison à propos de vos cheveux, enchaîna-t-il. Ils ont encore éclairci ! Regardez-vous dans la salle de bain.
Elle s’exécuta. Le miroir lui renvoya l’image d’une jeune femme petite et pulpeuse, aux yeux bleus ciel. Elle se concentra sur sa chevelure, ils étaient toujours mi-longs, souples. Néanmoins, il avait raison, ils blondissaient ! Comment était-ce possible ?
– C’est bizarre.
– Je jurerais qu’ils sont devenus plus blonds depuis votre chute dans la cuve.
– Ce salopard a tenté de me tuer !
– Je sais.
– Vous avez recruté un loup solitaire !
– Sans moi, pas de Dandys. Pas de Dandys, pas de fric. Or, nous sommes tous sensibles à l’argent… Jim sait que je suis le plus apte à coordonner les actions.
– À l’or, en l’occurrence.
– Puisque vous parlez d’or… Un avis sur la poignée ?
– Ce qui m’intéresse, c’est ma libération ! Vos histoires d’intrus invisible, je m’en moque ! Attendez… Vous êtes resté pour me questionner !
– J’attendais une occasion effectivement.
– Il n’y a pas de rapport entre moi et la poignée en or.
– Vraiment ? Comment expliquez-vous votre survie à la chute dans l’or fondu ? Le coup de la poignée ?
– Des victimes de crash ont survécu.
– Un hasard, un miracle… ? Je n’y crois pas. Tant que je n’aurais pas compris ce qui se passe, vous resterez avec nous.
– Non !
Il verrouilla la chambre. Comment s’enfuir ? Elle passa en revue toutes ses options, même les plus invraisemblables. S’introduire dans une des chambres et utiliser un téléphone ? Subtiliser une arme et prendre un otage ? Manipuler, voire séduire un Dandy ? Les solutions impliquant de la violence, elle pouvait les exclure, Jim était un dur à cuire et Spike avait démontré qu’il se battait, si nécessaire. Quant au hasard, il n’avait pas sa place, ici.
Au retour des voleurs, le savant déverrouilla la porte de ce qu’elle avait surnommé « la cage de verre ». Il entra, portant un sac plastique.
– Pour vous.
Curieuse, elle le regarda vider le contenu sur le bureau : un livre, des magazines.
– L’équipe a fait un détour pour moi ?
Elle était étonnée d’une telle prévenance, elle ne pensait pas que les voleurs seraient allés chercher… ceci pour elle. Alors, il avait réellement donné cet ordre aux siens.
– Je vois un ticket de caisse, donc ils ont tout acheté. Pas volé. Pourquoi ? interrogea-t-elle.
– Acheter un livre ne va pas entamer notre magot !
– Qui a choisi tout ça ?
– Cédric.
Elle s’approcha du bureau. Pas fou, Spike se plaça devant la porte pour empêcher toute tentative de fuite. Quoi qu’il en soit, le caméléon avait bien choisi : « Autant en emporte le vent », des magazines de voyage, animalier, d’actu. Ouf, elle évitait les revues féminines souvent futiles !
– Ça vous occupera un bon bout de temps.
Elle n’osait demander ce qu’il entendait par là. Une semaine, des mois ? Les intentions du décideur étaient floues : il n’avait pas clairement évoqué ce qu’il comptait faire d’elle. Il ne pouvait pas la relâcher, elle connaissait leurs visages. Cependant, elle ne pouvait rester éternellement prisonnière dans ce repaire.
– J’ai déjà passé un jour dans le sanctuaire.
– Exact. Et ?
– J’ai dormi avec mes vêtements. J’aimerais avoir, euh, un pyjama, une brosse à cheveux, des…
Il dressa un index devant lui signifiant « un instant, attendez ». Il ferma la porte, revint quelques minutes plus tard avec Cédric.
Pourquoi le chef avait-il demandé au caméléon de l’accompagner ? Voulait-il la maîtriser ? Pourtant, son complice n’était pas le plus indiqué pour cette tâche, le tireur d’élite eût mieux convenu. D’une taille moyenne, le pro du déguisement affichait un discret, mais bienveillant sourire. Essayait-il de la mettre à l’aise ?
– Cédric, Aubade a besoin de vêtements.
– Vous n’avez pas de fringues féminines. À moins qu’une femme ait déjà vécu ici ? dit-elle.
– Vous êtes la première, ajouta le chef.
– Je vous laisse discuter. Je ferme la porte.
– Tu peux m’appeler par mon prénom, précisa Cédric.
Il ne se retourna pas quand Spike les enferma dans la chambre. Une sueur froide envahit Aubade, elle n’avait aucun moyen de défense face au détrousseur. Celui-ci devina sa pensée.
– Ce n’est pas ce que vous croyez ! Ne tirez pas cette tête. Savez-vous pourquoi je m’appelle le caméléon ?
– Quel rapport avec ma demande ?
– Je suis un expert en déguisement, je peux ressembler à une personne de couleur, un vieux, une femme. Je maîtrise l’art du maquillage, la coiffure. Je peux créer des blessures réalistes, des faux tatouages.
Formidable, elle était tombée sur des voleurs arrogants, bavards ! Ils aimaient s’envoyer des roses.
– Donc, je possède un attirail de vêtements féminins. Je sais également coudre. Pas de problème, vous faites un 36. Pas besoin de retouches.
– Pardon ?
L’avait-on pelotée pendant son évanouissement ?
– J’ai l’œil. Je suis observateur.
Muni d’un bloc-notes et d’un stylo, Cédric inscrivit les mesures d’Aubade.
Le soir était tombé sur le repaire. Enfin, elle le savait grâce à sa montre, les aiguilles indiquaient 19 heures. L’étonnant et expansif illusionniste lui avait apporté un pyjama blanc en satin.  Un peu étroit au niveau de la poitrine, mais ça ira. Un pyjama, donc, et des chaussons. Son étonnement avait grandi quand il avait également embarqué ses vêtements, « ils doivent sans doute les laver » pensa-t-elle.
Clic. Ce bruit discret annonçait l’ouverture de la porte. Spike l’invita à le suivre. Les Dandys les attendaient pour le dîner.
– Pourquoi ne suis-je autorisée à me joindre à vous qu’aux repas ?
– Pendant ces temps-là, on vous a sous les yeux…
– Cédric, encore merci pour le pyjama, dit-elle en se tournant vers le caméléon.
– De rien. Pour une fois, que c’est une femme qui le porte ! répondit celui-ci.
– Pourquoi un homme possède-t-il un pyjama féminin ?
– Ouais, on se demande pourquoi ! ricana Jim.
– Eh bien, je le trouvais beau.
– Ça a dû vous coûter… Oh, c’est vrai, j’oublie ! Vous l’avez dérobé, dit-elle.
– Naturellement.
– Vous ne seriez pas un peu fétichiste par hasard ?
– À chacun ses trucs, dit-il avec un clin d’œil malicieux.
Gênée, elle sentait le regard des cambrioleurs peser sur elle. Elle avait l’impression d’être un papillon exposé dans une vitrine. L’expert en armes la dévisageait avec une délectation inquiétante, Cédric avec bienveillance. Quant à Spike… eh bien, son œillade était si intense qu’il semblait vouloir littéralement lire en elle. Croyait-il qu’elle était responsable du tour de magie de la poignée en or ?
Au bout d’une journée, elle commençait à bien cerner les membres de l’équipe : Jim, la détestant, désirait l’éliminer, Félix et Évrard observaient une distance certaine, Théo se fichait d’elle, Cédric l’avait à la bonne… Spike, c’était autre chose, il savait contrôler ses émotions, il ne laissait paraître ses intentions. Prudent, malin, il devait échafauder un plan pour gérer  le cas Aubade.
Le chimiste brisa le silence :
– Félix, tu tires une de ces têtes !
– Nous avons vérifié l’ascenseur et chaque pièce du Sanctuaire. Mes systèmes de détection n’ont révélé aucune intrusion, pourtant c’est le cas. Soit il est plus fort que moi -s’il peut déjouer ces mesures -, soit il y a une explication surnaturelle.
– Est-elle une espionne ? revint à la charge Jim.
L’informaticien sourit à cette idée.
– Espionne ? De qui ? Du gouvernement ? De la CIA ? s’énerva Félix. J’ai exploré son passé : elle est « clean », pas de lien avec des services secrets ou des mafias. Son patron vend des trombones, des stylos. Il n’a pas vraiment le profil d’un type dangereux !
– Comment expliques-tu la poignée en or ?
– Peut-être que nous envisageons l’énigme sous un mauvais angle, si ce n’était pas « qui », mais   « quoi ».
– Que veux-tu dire ? Qu’une chose d’invisible, une force a transformé un métal en or ?
– Je dis que nous pouvons envisager une idée… moins conventionnelle qu’un espion quelconque. Une entité, une conscience pourrait être à l’œuvre.
– Ça n’a pas de sens !
– Une transformation d’un métal ordinaire en or, ça a un sens ?
– Arrêtez de parler comme si j’étais pas là, les gars ! Et de m’accuser aussi, intervint Aubade.
– Les gars. Vous prenez trop vos aises, Aubade Urfé, la reprit Jim. La transformation a commencé à votre arrivée. Vous êtes responsable, consciemment ou non.
– Admettons que tu aies raison, avança Spike. À quoi cette manœuvre lui servirait-elle ?
– À négocier une libération.
– Je l’ai fouillée lorsqu’elle était inconsciente. Elle ne dissimulait aucun outil ou technologie susceptible de faire un truc pareil...
– Vous m’avez fouillée, Spike ?
À cette idée, un désir soudain l’envahit : le beau Spike avait posé ses mains sur elle… Il l’avait vue presque nue, et son petit doigt lui disait qu’il avait apprécié le spectacle. Oui, son regard l’attestait : il avait deviné ce qu’elle pensait. Il n’était pas insensible à son charme…
– Prudence est mère de sûreté. Je devais m’assurer que vous ne planquiez pas d’arme sur vous. Je n’ai pas porté atteinte à votre honneur, certifia-t-il.
– Spike, tu sais qu’avec de l’ingéniosité, on peut toujours dissimuler un outil.
– Dans son corps ? Non, Jim, ta paranoïa te fait délirer ! Tu l’as prise en grippe et tu l’accuses de tout et n’importe quoi.
– Spike, intervint Théo, Jim a raison sur un point : l’incident est survenu après l’arrivée de notre invitée. Donc, ce n’est pas l’un des Dandys. C’est Aubade, la responsable.
– NON ! Je suis une secrétaire, ma famille est ordinaire. J’ai une vie normale. Avant de vous rencontrer, j’entends. Je ne suis pas magicienne ! Je n’ai aucun complice et je ne suis pas une espionne.
– Permettez-nous d’en douter, remarqua Spike.
– Je refuse d’en parler de nouveau.
Énervée par ces accusations insensées, Aubade se tut pendant le reste du repas. Elle retourna dans la cage de verre, inquiète. Quel destin l’attendait ? Le décisionnaire pourrait-il la protéger des intentions meurtrières de Jim ?
Dans la cuisine, au petit déjeuner, Cédric informa la jeune fille que la police avait ouvert une enquête pour disparition.
– Ils penchent pour un enlèvement.
– Vos parents ont déposé une plainte.
– Aubade est adulte, si elle a envie de disparaître, c’est son choix. Pourquoi votre famille a-t-elle déjà contacté les flics ?
– Hier, c’était l’anniversaire de mon père. Je l’appelle toujours à cette date.
– Votre sac et votre téléphone ont été retrouvés sur votre lieu de travail.
– Mes parents ont dû faire un tour à ProBuro et s’inquiéter de découvrir mes affaires laissées à l’abandon. Vous n’avez pas récupéré mon portable pour éviter un traçage jusqu’ici.
– Ouais. Vous commencez à penser comme l’un des nôtres.
– Ça ne me rassure pas…
Son père… Oh, il lui manquait tant ! Elle aurait tellement aimé qu’il lui dise encore « je vais te trouver un mari » avec son insistance coutumière. Elle voulait revoir ses parents. Retrouver leur amour. Goûter au soleil. Respirer l’air libre… Ici, elle était confrontée à des étrangers hostiles, voire menaçants. En guise d’astre du jour, elle avait droit à des lumières artificielles crues. Elle était condamnée à rester prisonnière ou dans le pire des cas à mourir. Elle savait que Jim contredirait les ordres de Spike, un jour ou l’autre…
Dans la cage de verre, elle lisait un magazine lorsque le leader fit brutalement irruption dans la pièce. Comment faisait-il pour être aussi sexy, mystérieux ? Elle était subjuguée par sa poitrine… Et ses lèvres, miam ! Elles étaient un véritable appel au désir… Intérieurement, elle soupira : pourquoi le voleur s’avérait-il être un péché sensuel ambulant ? S’il avait été normal, elle l’aurait volontiers abordé.
– Nous devons connaître la vérité.
– Quelle vérité ? De quoi parlez-vous ?
– Venez.
Elle suivit le chef des Dandys dans la salle principale. Marchant derrière lui, elle ne put retenir un hoquet : le jean de Spike semblait avoir été cousu directement sur son séant. Un frisson la parcourut, malgré elle. Il l’avait entendu car il avait marqué un léger arrêt. Que pensait-il ? Soit il était gêné et préférait s’abstenir de répondre, soit il avait compris et il ne savait pas comment gérer la situation… Quoiqu’il en soit, il poursuivit son chemin.
Il la mena vers la cuisine où attendaient les autres membres de l’équipe.
– Ça, c’est quoi ? s’énerva Jim en désignant un pot de miel, une cuillère, une tasse.
Elle n’en croyait pas ses yeux. Tous ces objets avaient été transformés en or !
– Je ne comprends pas...
– Ce sont vos couverts, Aubade. Personne d’autre ne les a touchés.
– C’est impossible !
– Vous avez métamorphosé les objets en or. Par un simple contact physique.
– Spike, Jim, si j’ai fait la transmutation, je l’ignore… comment… pourquoi…
– Nous allons le découvrir, dit Spike, qui comprenait qu’Aubade commençait à accepter la réalité.
– Si c’est vrai, je dois pouvoir transformer n’importe quoi.
Jim sortit une assiette d’un placard. Elle la toucha et l’objet se recouvrit instantanément d’or. Elle renouvela l’expérience, altérant une porte du meuble. Ébahis, fascinés, les hommes contemplaient la captive.
– Vous avez le don de convertir ce que vous touchez en or…
1
1
0
15
Doun92
Ces textes seront brefs, à l'image de la présentation.
7
7
0
0

Vous aimez lire Eric Kobran ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0