Je préfère "inspecteur Favre"

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À quelques kilomètres de là, le commissariat d'Annecy reprenait vie et bruissait des joyeuses conversations du lundi matin.

Favre se dirigea directement vers son bureau, sans un mot. Il détestait le mois de septembre. La pluie, le gris, le froid et la rentrée des classes. Surtout la rentrée des classes. Autour de la machine à café, ses collègues n'avaient que ce sujet à la bouche. Cela avait le don de le mettre particulièrement en rogne.

— Commandant Favre ! Le commissaire veut vous voir.

Le lieutenant qui avait fait irruption paierait pour les autres.

— Pour l'amour du ciel, personne ne t'a appris à frapper aux portes ? s'emporta-t-il en jetant un dossier.

Le jeune homme battit en retraite et repartit aussi vite qu'il était venu, sans même prendre la peine de s'excuser.

— Et je préfère inspecteur ! ajouta Favre en passant la tête dans le couloir. Merdeux, marmonna-t-il en claquant la porte.

Il prit son téléphone et son badge, finit son café d'une traite puis emprunta le dédale de couloirs qui menait au bureau du commissaire. Ce dernier l'accueillit chaleureusement.

— Ah, Olivier, j'ai un truc pour toi aujourd'hui, annonça-t-il en le faisant entrer. Je te mets sur le carambolage de l'A41. Tu as dû en entendre parler à la radio ce matin. C'est le chaos là-bas. Ils viennent à peine de sécuriser la zone. Un vrai carnage. Ils cherchent encore des survivants aux dernières nouvelles. Fais-y un tour et vois ce que tu trouves. Ça ne devrait pas te prendre longtemps.

— Alors ça y est, tu me mets sur les chiens écrasés, répondit-il résigné. On en est là, Michel ?

Olivier Favre avait plus de vingt ans de maison et était de la même génération que le commissaire Soubray. Il avait demandé sa mutation à Annecy après la mort de sa fille. Malgré des états de service impeccables et d'excellentes notations de ses supérieurs, il n'avait jamais réussi à s'intégrer dans ce commissariat de province. Déjà trop vieux peut-être, trop Parisien, trop dépressif. On hésitait à lui confier certaines enquêtes. Il travaillait habituellement seul, sur des dossiers qu'il pouvait mener seul.

— Mais pas du tout ! Attends, il y a une quinzaine de bagnoles et de camions là-bas. Tout le monde compare déjà avec Beaune en 82, tenta le commissaire pour convaincre Favre de l'importance de sa mission.

— Je suis inspecteur, Michel. Qu'est-ce que tu veux que j'aille foutre là-bas ? Les gendarmes se débrouilleront très bien sans moi. Je préfère travailler avec des victimes, des criminels et des témoins. Les morts, ils ne parlent pas. Ils ne répondent pas aux questions.

Et Dieu sait que j'ai essayé, pensa-t-il.

— Fais parler la tôle froissée alors, continua le commissaire. Sérieusement, Olivier. J'ai vraiment besoin de toi. C'est un gros merdier là-bas. Il va falloir donner à manger à la presse, au procureur et au préfet. D'ailleurs, il est furax. Ça va lui planter ses chiffres. Il veut un coupable. Un routier ivre au volant, un vieux à contre-sens, la compagnie qui gère l'autoroute. Un truc à jeter en pâture au grand public. Trouve quelque chose. N'importe qui. N'importe quoi.

Favre soupira. Après tout, sortir prendre l'air n'était pas une mauvaise idée. Il échapperait ainsi aux horripilantes conversations sur les premiers jours d'école des bambins du commissariat.

Il retourna à son bureau pour récupérer les clés de sa voiture et sa sacoche. Puis emprunta l'escalier vers le parking. Il y croisa le jeune lieutenant qui le salua joyeusement :

— Bonne journée, commandant. Et attention au brouillard sur la route !

Favre grommela une réponse tout en s'installant au volant de son Opel. Je préfère inspecteur. Inspecteur Favre.

Crétin.

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