Rien à faire

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 "Bon bah c'est fini pour moi les gars", je pense en fixant le sujet de ma copie. "La mondialisation", sujet vu pendant le confinement, seul sujet que je ne comprends pas, seul cours que je n'ai pas suivi. Tout le monde est en train de remplir sa feuille avec frénésie, passant la souris sur la feuille déjà noirci, ce qui enchaine des dizaines de petits bruits désagréables. Je ne suis pas le seul qui ne fait rien, les élèves perturbateurs non plus ne travaillent pas. Mais je ne suis pas un perturbateur, je suis un bon élève. J'enchaine les 15, les 16 et les 17. Je participe dès que je connais la réponse, donc très souvent.

 Je regarde furtivement ma montre. Pfff, il n'est que midi et quart, l'épreuve de géographie du brevet ne s'arrête qu'à treize heure moins le quart. J'ai donc encore une demi heure devant moi pour glaner. Je tente de remplir ma feuille, en parlant de tout et de rien, usant de différentes stratégies pour faire croire que j'ai bossé. J'ai quelques souvenirs de mes amis qui répètaient leurs leçons dans la cours, il y a dix minutes. A ce moment là, je pensais naïvement que l'on étudiraient la migration ou le tourisme, sujet sur lesquels la prof nous avait mis en garde. Sujets que j'avait quasiment appris par coeur.

 Louis, à deux rangées de moi, fronce les sourcils. Il semble que même en révisant tous les soirs après les cours on galère pour ce sujet. A ma droite, Candice, ma petite amie, est déjà à sa deuxième page, mais elle parait nerveuse. J'hésite à l'appeler pour lui faire signe que tout ira bien, malheureusement le surveillant me fixe d'un oeil suspect. Je me dépêche alors de détourner le regard, tout en faisant mine de réflèchir. Et si je rendais copie blanche ? Mes parents me gronderaient de ne pas avoir essayer, car comme ils le disent toujours : qui ne tente rien n'a rien.

 Je remplis maladroitement les lignes, en parlant pour ne rien dire. Une fois arrivé à la fin de la première page, je reprends espoir, fier de moi. Puis je regarde l'heure. 12:25. Quoi ? Pourquoi donc le sort s'acharne t-il sur moi ? J'aimerai en finir de ce cauchemard, sortir manger avec Louis, Candice et Maël. Tiens, je n'ai pas vu où en est rendu Maël. Il est à sa troisième page. Je regarde autour de moi. Hé hé ! Je ne suis plus le seul qui regarde les mouches voler. Valentine et Corentin ont aussi la tête en l'air. Le pion est en train de boire son thé en lisant un magazine immobilier. Je décide d'interpeller Valentine en lui lancant ma gomme dans la tête. Elle comprend directement que je suis paumé comme elle et déchire un petit bout d'une feuille. Elle écrit dessus et me l'envoie.

le petit intello ne capiche rien ? étrange...

 Je lui réponds.

oh tu sais, la mondialisation au fond, c'est très surfait

 Aïe ! Le surveillant a levé sa tête de son magazine. Il nous observe pendant ce qu'il me parait être une éternité, puis lance :

- Pourquoi tentez vous le brevet ? Vous finirez à la rue de toutes façons.

 Un élève dans le fond répond :

-Et vous, pourquoi lisez vous un magazine avec des maisons  puisque vous n'aurez jamais les moyens d'habiter autre part que chez vos parents ?

 Eclat de rire dans la salle qui doit compter près de cinquante collègiens. Le pion devient tout rouge. Il se lève et frappe son poing sur la table, faisant sauter sa tasse au passage. Il se tourne vers le tableau et écrit une équation qui m'est totalement incompréhensible dessus.

- Si un seul d'entre vous réussi à me calculer la valeur de x avant la fin, alors je ne punirais pas ces trois individus, dit-il en désignant Valentine, l'élève qui lui a répondu et moi.

 Quelques élèves fixent le tableau durant des minutes silencieuses et Candice lève soudain la main. Fier d'elle je souris, mais elle n'a pas encore gagné. Le surveillant, étonné, l'interroge. Elle répond.

- x = -3/4, autrement dit, -0.75. Ah oui, et j'ai fini ma rédaction.

 Insistant, notre "boureau" lui demande de lui montrer ses calculs. Ils débattent en murmurant durant quelques minutes. Le surveillant et elle n'ont pas l'air d'accord. Puis, Candice propose de prendre une calculatrice professionnelle sur internet. Pendant qu'elle cherche, lui nous fixe en marmonnant qu'on est des imbéciles. Je ne me soucis plus de ma rédaction, j'espère juste que ma petite amie réussisse à clouer le bec à ce porc.

 Candice interpelle ledit porc pour l'avertir qu'elle a trouvé. Ils tapent ensembles la longue équation. Je croise les doigts comme, je le pense, l'intégralité de la salle. Au bout d'un moment, Candice sourit, et le porc se décompose. J'ai envie d'aller la serrer dans mes bras et de crier partout dans la cours ! Alors que tout le monde comprend qu'elle a triomphé, la sonnerie retentit. 12:45 ! Il en est fini de ce calvaire ! Je range mes affaires en vitesse, regardant ma déplorable copie. Cela se voit très bien que je n'ai rien appris. Mais ce n'est pas si grave, je me rattrape très bien aux autres matières et aux controles continus.

Tout ce qui compte, c'est la réussite de Candice !

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