Lettre 2

Une minute de lecture

Je ne sais comment me lancer dans cette lettre qui sera sans doute ébauchée, tachée d'encre ou gauchement rédigée ; j'ai toujours été maladroit. Les mots me manquent. On dit que ce ne sont pas les longues descriptions qui sont les plus puissantes, mais les propos précis, révélateurs, ceux qui touchent en plein cœur. Les personnes concises sont chanceuses.

Je peux enfin m'adresser à toi... et je ne connais même pas ton nom. J'espère que je ne t'ai pas froissée en évitant les formules d'usage ; ce texte est particulier, mais je peux te promettre qu'il est sincère.

On s'est déjà croisés, dans les couloirs de l'école. Tu as toujours le nez plongé dans un roman. J'ai essayé de m'approcher pour lire le titre, mais la foule autour de nous m'empêchait de le découvrir sans que je ne passe pour un indiscret. Ça m'a vite découragé, alors je préfère te le demander directement.

Que pouvais-tu bien lire en ce jour pluvieux d'octobre ?

J'ai pu m'informer auprès de l'une de tes amies seulement maintenant ; elle a accepté de glisser ce billet dans l'un de tes recueils préférés, mais elle a refusé de me dire comment tu te nommais.

Je te le demande avant que je ne me couvre moi-même d'opprobre.

Quel est ton nom ?

Je sais que c'est osé de ma part, j'ai foncé tête baissée sans réfléchir. Un ami m'a dit que c'était stupide de t'écrire pour te connaître, que plus personne ne faisait ça. Que ça n'avait rien de délicat, que les filles n'aimaient pas être brusquées. Je suis désolé. Tu peux toujours choisir de ne pas me répondre, cette lettre t'appartient.

En cas contraire, insère ta réponse dans "Les amoureux de Sylvia" d'Elizabeth Gaskell, rayon roman de la bibliothèque. Personne ne vient le lire, les lecteurs ici ne portent aucun intérêt à la façon dont est rédigé ce genre d'histoire.

Heureux d'avoir enfin pu t'écrire,

xxx

PS : Tu auras mon nom seulement si j'ai le tien avant. Une parole est une parole.

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Une journée de plus, bien remplie. Le calme dans la maison s’installe en ce début de nuit. Les enfants dorment, les adultes vaquent à leurs occupations, ensemble. Moi qui suis entre les deux, je m’octroie un petit moment à moi, dehors.
Je fais coulisser la large baie vitrée donnant sur la terrasse et la repousse délicatement, je me roule une cigarette dans le noir, ou presque. Le fond de l’air est frais. C’est plaisant le climat de la côte atlantique. Beau en journée, rafraîchissant le soir. On dort bien et sans trop de moustiques aux alentours. La mer, elle, n’est pas bien loin, elle nous rassure. Son calme nous accompagne dans nos pensées.
Les miennes vont vers toi ce soir, en allumant cette cigarette. C’est dans ces moments-là que j’aimerais que tu apparaisses d’un coup, comme la flamme de mon briquet, un soupçon de magie. À toi qui me manques mais je ne te le dirai pas parce que c’est passager. Mes pensées sont des passagères qui prennent le train dans le ciel. Elles vont, elles viennent. Elles voyagent un moment, puis disparaissent. Parfois on retombe sur les mêmes. Certaines semblent perdues, d’autres sûres d’elles. Les destinations changent, les chemins se croisent. Elles vivent d’allers-retours, d’allers simples aussi. De retours compliqués quelquefois. Il y a toujours du monde dans ce train, même quand il est vide.
J’ai un peu froid en tirant sur ma cigarette. J’ai été pas mal actif ce soir aux fourneaux. Le temps a filé à vive allure. J’étais dans l’euphorie ambiante et je n’ai même pas pensé à me couvrir d'avantage en sortant. Tant pis. L’excitation de la soirée retombe, et rêveur je lève ma tête vers le ciel. Il est dégagé, et étoilé.
Je ne vois pas la lune mais qu’importe, le simple fait de contempler les étoiles me suffit. Je n’y connais rien, je n'arrive jamais à dire qui est qui dans ce monde infini, mais je m’amuse à les relier entre elles, à regarder qui est la plus brillante, combien on peut en dénombrer et si elles se parlent vraiment entre elles comme dirait Cabrel.
Ce soir, j’aurais aimé les partager avec toi, côte à côte, sous ce froid estival marin, se passer une cigarette et juste regarder les étoiles. Se prendre le bras, glisser sa tête dans ton cou et discuter de tout. Juste toi et moi. Comme avant.
Tu me manques sans regret. Même si parfois j’aimerais que tu reviennes dans ma vie, tu ne fais que prendre le train, là-haut, avec les goélands, et que tu descendes à la prochaine station.
J’ai un petit frisson en regardant le ciel, sûrement parce que j’ai froid. Disons cela. Mais ça valait le coup de te voir voyager de station en étoiles. Le temps d’une cigarette.
Il est temps de rentrer. J’écrase le mégot sur une coquille d’huître ramassée la veille sur la plage et m’engouffre à l’intérieur de la maison. Au chaud, à la lumière. Au présent du passé.
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