Dystopie et Espoir

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Divers angoisses me tourmentent et m’assaillent.

Ying et yang ne sont plus. Le monde s’écroule.

Seule, dans ma bulle, je survie malgré tout. Sans livrer bataille.

Toutes choses et tous êtres, ne sont plus que des marionnettes sans âme. Soul.

Oh roi du néant, délivre moi de ce désespoir. Em-

Pire du mal.

Insatiable soif de vengeance et larmes de sang.

Éternel vide, dans mon cœur un trou béant, sale.

Et si tout n’était qu’un horrible cauchemar.

Toute seule, je renaîtrai de mes cendres.

Ensemble, nous nous relevons et brandissons l’étendard.

Son assourdissant, celui de la révolte et du renouveau.

Parole libératoire.

Ode à la voix du peuple. Écoutons-la.

Instinct, instant instable mais fiable. Beau.

Rien n’est jamais acquis ou définitif, alors restons souder même dans l’au-delà.

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Naya

Les cuisines, ton manager aime bien appeler ça « la prod » – « le lobby », pour ce qui est du curetage des chiottes – qui sait, ça le flatte peut-être dans son statut de chaînon stratège d’une big multinationale, toi pour autant que tu saches ça t’a jamais empêché d’assembler correctement les petits pains du Big Mac, et vu ce qu’on te paie pour le faire ça te fait pas de mal, un peu de sémantique.
Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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Patrick Garcia


Rémi était un bon type. En tous cas c’est ce que dirent quelques-uns de ses rares proches lorsqu’ils apprirent le décès de ce jeune laborantin de vingt-huit ans, globe-trotter devant l’éternel, dans des conditions obscures en pleine jungle philippine.
Les raisons de cette disparition tragique étaient en effet fort mystérieuses.
Un jour, on retrouva l’homme inanimé au bord d’une route, dans le Parc national du Mont Arayat, volcan basaltique situé à cinq cents bornes de Manille, Il est certain que ça flambait sec autour de lui. Et cela depuis plusieurs jours. Pourtant, le cracheur de feu local était plutôt calme mais la chaleur torride ainsi que la sécheresse inhabituelle en cette saison avaient provoqué cette catastrophe. De ce fait, les habitants n’en furent pas plus surpris. Ainsi, année après année, le réchauffement, climatique venait imposer sa nouvelle loi.
Dansant au gré du vent, le brasier se dressait pour ensuite repartir à l’horizontal. On aurait dit une espèce de singe incandescent, sautant d’arbre ne arbre, parfois avec un genre de feulement. Derrière lui, le feu dévoilait son œuvre, laissant pendouiller sur une branche orpheline un cadavre de serpent carbonisé. D’autre fois, il semblait s’assoupir, comme s’’il ressentait le besoin de reprendre son souffle. Et puis il repartait, insatiable. C’était un sacré spectacle ! Des paysans, pas très amateurs du show-chaud, étaient venus le combattre avec des branches d’arbres qu’ils abattaient avec l’énergie du désespoir contre les plus petites flammes. Les naïfs ! Elles-mêmes s’embrasaient rapidement. Le remède devenait à son tour maladie.
Quand Rémi fut retrouvé, des flammes rougeoyantes s’élevaient autour de lui, accompagnées d’une épaisse fumée. Le pauvre type était allongé de tout son long. Il ne bougerait plus, ne respirait plus. Ses doigts étaient étonnements crispés et sa tête était rejetée vers l’arrière, comme lors d’une crise de tétanos. Il avait dû se prendre un sacré coup de chaud, le gars, à flirter avec cette fournaise. Les deux hommes, qui étaient venus à bord d’un side-car, le hissèrent dans l’habitacle et roulèrent à tombeau ouvert sur la petite route perclus de trous et de bosses jusqu’au dispensaire du village. D’habitude, en guise de passager, ce side servait à transporter du matos, sac de patates ou vieux téléviseur. Là, c’était un gringo mort. .
Un bref examen suffit au médecin pour confirmer le décès de l’imprudent touriste. Quelle en était la raison ? Le jeune toubib marqua « cause inconnue » sans trop se poser de question. Pas besoin de faire une autopsie. Tout le monde s’en foutait et il avait déjà tant à faire.
Il restait malgré tout à s’occuper du corps. Les autorités locales avaient bien tenté de prévenir ses proches en France mais ceux-ci restaient injoignables. Il fallait pourtant bien en faire quelque chose. Vu la chaleur extrême et les épidémies sévissant en cette période de sècheresse, on décida de brûler le corps de l’étranger. Et justement, il y avait eu une récente arrivée de cercueils flambants neufs.
Le soir même, on disposa le cadavre dans l’un deux. La cérémonie se déroula dans une charmante petite chapelle. Elle fut des plus brèves. Le prêtre prononça en « filipino » un rapide discours exprimant, comme il se doit, que le défunt était un type bien. Visiblement, l’assemblée venue en nombre n’en n’avait strictement rien à faire, étant venue pour la crémation suivante.
Bien sûr, l’orateur ne pouvait pas savoir pas que Rémi était en fait un touriste « de l’allumette ». Chaque année, ce dernier prenait l’avion vers une région du monde différente. Et il grattait… À chaque fois, c’était plus fort que tous les feux d’artifices réunis. Il ne s’en lassait pas. Une chose l’étonnait particulièrement : comment une minuscule flammèche pouvait-elle grandir à ce point ? Pour Rémi, c’était comme un bébé que l’on voir marcher pour la première fois. Il le regardait se dresser, prendre de l’assurance. Cela l’attendrissait et le rendait fier.
Plus encore que du spectacle, c’était de son propre pouvoir dont il ne pouvait se rassasier. Il avait fait « ça » ! Tout seul. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un pouvoir destructeur, mais bien d’une pure création originale. Car chaque feu a ses spécificités et la couleur des flammes varient selon les végétaux qu’elles dévorent.
Il aimait également voir les gens tenter de contrecarrer son œuvre. En vain très souvent. Et le jeu, qui consistait à ne jamais se faire prendre, l’excitait au plus au point. Mais les meilleures choses ont une fin, n’est-ce pas ?
C’est alors que le cercueil pénétra lentement dans le four. Le feu s’alluma… et le défunt se réveilla…
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Défi
Morgazie
En réponse au défi Une Couleur : Enfance (haïku)

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