Chapitre 3 : Panique au bar, la tournée infernale.

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Tandis que Galahn raccompagne la princesse, cette dernière ne peut s’empêcher d’afficher un air soucieux tout le long du chemin.

Elle avait déjà eu moult prédictions, mais les commandants, alertés à temps, avaient à chaque fois su les déjouer. Cependant, aucuns de ses présages n’avaient jamais semblé aussi lugubre. En y repensant, elle pouvait presque y sentir une odeur, celle du sang…

Remarquant son inquiétude persistante, le chevalier tente de lui glisser quelques mots réconfortants :

- Ne vous inquiétez pas princesse, tout va bien se passer. Allez-vous préparer. Il ne faudrait pas faire attendre les invités et le roi.

- Oui, tu as sûrement raison…

Elle entre dans sa chambre suivie de ses servantes, s’empressant pour commencer à l'habiller, tandis que Galahn attend à la porte.

Alors que la nuit tombe, les trois commandants Guilford, Alfréus et Fehnral, suivis d'une troupe de soldats en armures légères, arrivent devant le bar. L’assaut est imminent.

Ils prennent place dans l’allée. Alfréus ordonne à deux de ses hommes de se poster à chacune des extrémités de la venelle, afin de quadriller la zone :

- Vous empêcherez quiconque d’entrer ou de sortir de cette ruelle. Je ne veux pas de civil ici! Compris ?

- Oui, mon commandant ! répondent-ils, avant d’aller se mettre en place.

Tandis que le chevalier de Jade continue de parler tactique avec le reste de la troupe, le chevalier sanglant trépigne d’impatience :

- Bien, finissons-en ! réclame Fehnral avec ardeur.

Guilford fixe ce dernier du regard :

- Bien qu’il reste un guerrier expérimenté, il est parfois trop imprudent, il a tendance à trop se fier à sa force. Alfréus a raison de prendre ses précautions, la princesse semblait plus inquiète qu’à l’accoutumée.

Ancien héros de guerre s’étant distingué en ayant défendu Cendria lors de la grande guerre, le chevalier sanglant se voyait même attribué des mythes contés à sa gloire : on raconte, par exemple, que son armure d'origine cendrée serait devenue rougeâtre à force d'être éclaboussée du sang de ses ennemis.

Lui qui était doté d’une faible constitution pendant l’enfance, avait passé la plupart de son temps alité, à contempler par sa fenêtre les enfants de son âge s’amuser.

Traité comme le mouton noir du troupeau, au sein d’une noble famille de chevaliers existant depuis la création du royaume, il avait dû lutter plus que quiconque pour en arriver là où il était, faisant preuve d'une persévérance sans faille en dépit de sa santé.

Fehnral, le petit enfant fragile, risée de sa famille pendant tant d’années, était devenu un jeune homme robuste. Et cela, grâce à son envie de surpasser les autres quitte à les écraser, poussé par la haine féroce qu'il vouait à ceux qui l'avaient sous-estimé et snobé.

Depuis ce jour, il n’acceptait plus les moqueries, s’enfonçant dans l’orgueil. Il pensait être capable d'accomplir les plus grands exploits. Cependant, même s’il n’avait jamais vraiment accepté que Galahn devienne son supérieur, fermant les yeux devant l’écart de niveau qui subsistait entre eux, il n’en restait pas moins contraint de respecter la volonté du roi et de faire fi de ses ressentiments à ce sujet.

- Qu’as-tu donc à me regarder ainsi Guilford ? demande Fehnral.

- Patiente un peu. Nous attendrons le signal.

- Quel signal ?

Alfréus s’avance vers ses compagnons :

- J’ai chargé un de nos éclaireurs de s’infiltrer dans ce repère et d’identifier la menace selon la vision donnée par la princesse : les trois hommes en capuches.

- Tu parles d’une description, pff… rétorque Fehnral.

- Je sais, c’est pour cela qu’ils questionneront le vieil homme qui s’occupe de ce bar, il vaut mieux prendre nos précautions, explique-t-il.

- Oui, tu as sûrement raison, inutile de risquer la vie de nos hommes par précipitation, acquiesce le chevalier sanglant à la surprise de Guilford.

Ce dernier ne s’attendait pas à ce qu’il entende raison aussi vite et qu’il reconnaisse son erreur de jugement : - Aurait-il gagné en sagesse et en raison ?

Soudain, un civil sort du bar, attirant tous les regards vers lui. Le commandant Alfréus s’empresse de se diriger vers ce dernier. L’éclaireur lui dresse alors son rapport, énumérant le nombre de personnes, situant les tables occupées, relatant sa discussion avec le vieux gérant, et d'autres détails tout aussi pointilleux... Quelques minutes passent et Alfréus fait signe aux autres de se rapprocher.

Très méticuleux, l'élégant chevalier de Jade, n'avait pas usurpé sa réputation, son sérieux égalant son efficacité. En effet, à l’image de ses compagnons, il avait su se distinguer lors de la grande guerre. Mais contrairement à eux, ce sont ses qualités de stratège hors-pair, lui valant parfois d'être comparé au légendaire Xénophan le sagace, qui lui avait valu d'intégrer les cinq. Même si sa perspicacité ne faisait cependant guère le poids face au sens du jugement et du discernement du chevalier à l’armure blanche, Guilford.

Il s'empresse de leur dresser le compte-rendu de la situation :

- Grâce à la princesse, tout se passe comme prévu, mon éclaireur a interrogé le gérant. Personne n'a quitté le bar ces dernières heures et il y a trois individus, plus louches qu’à l’accoutumée, assis au fond de la salle selon ses dires, rapporte-t-il.

- Bien, ils sont encore à l’intérieur. Passons à l'action, répond Guilford.

Fehnral fait un signe de la main et tous les soldats, sans exceptions, se regroupent devant l'entrée. Ils descendent discrètement les marches de l'escalier, guidés par les trois chevaliers. Attroupés devant la porte, un silence bref s'installe. Ils fixent tous du regard le chavalier sanglant. Sans perdre de temps, il abaisse la main. Le second signal est donné. Ils envahissent brusquement la salle. D'un geste, le barman leur pointe du doigt les suspects. L'unité entière se ruent sur les trois cibles.

- Au nom du roi Raal ! Vous êtes en état d'arrestation pour complot contre la couronne ! clame Guilford.

Les hommes en capuches, encerclés par les soldats, lèvent les bras et se rendent sans broncher.

- Attachez les et conduisez-les aux cachots ! ordonne Alfréus en rengainant son épée. Rajoutant d'un air suspicieux :

- C’était trop facile. Je m'attendais à autre chose au vu des paroles de notre princesse.

- Détend toi, on les interrogera plus tard, rétorque Fehnral. Mission accomplie ! Tu as trop tendance à surestimer la situation. Buvons un coup pour fêter ça plutôt !

- Non attendez. Il a raison, quelque chose me gêne... reprend Guilford, en se remémorant la scène : - ... Une seconde, pourquoi le barman a-t-il montré du doigt ces hommes ? Il y a une dizaine de personnes dans ce bar, l'une plus louche que l'autre, alors pourquoi mettrait-il sa couverture en danger aussi bêtement ?

- Qu'est-ce que tu marmonnes encore ? demande Fehnral d'un air râleur.

Guilford ignore le commentaire de son compagnon, cogitant toujours sur la situation qui le dérange :

- ...Est-ce que ?... D’ailleurs ce n'est pas lui le barman habituel...

À peine arrivé à cette conclusion, qu'il se retourne pour dégainer son épée, que le barman lui a transpercé la poitrine à l'aide de sa main auréolée*.

- J...Je… balbutie-t-il avant que ses yeux ne se ferment.

- Guilford ?! s'écrie Alfréus, tandis que ses compagnons restent sous le choc.

Paniqué, il porte néanmoins la main au pommeau de son glaive, prêt à dégainer à son tour. Mais l’ennemi qui a encore son bras enfoncé dans la poitrine de Guilford se saisit, par son autre main, de l’épée de ce dernier. Et en se servant du corps de sa victime comme bouclier, il fait un pas en avant très rapide et frappe d'un coup sec.

Les soldats ne virent presque rien, tant l’action fut rapide, avant de se rendre compte que la tête d'Alfréus, n’était plus sur ses épaules.

Ils reculèrent tous d'un pas, emplis d'effrois : cet être venait de tuer sous leurs yeux deux des hommes les plus forts du royaume.

(*auréolée : Comme dit précedemment, l'aura est la manifestation de l'energie intérieure par un halo lumineux exterieure, elle s'utilise de manière offensive ou defensive, et permet de durcir son corps ou une partie de son corps, son utilisation varie selon celui qui la contrôle.)

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
Il est vrai que la route avait été parfaite tout du long, et le voyage n’avait pas pris de retard, j’étais donc arrivé au tout début de la première semaine de Novembre. Mon ami me rassura : malgré mon arrivée tôt, il était plus qu’heureux de me recevoir. Il me prit dans ses bras et je retrouvais mon frère. Il semblait ému, tout comme moi. Malheureusement, il m’apprit qu’il n’avait pas la force de me faire visiter son domaine le lendemain, car un travail important l’avait plus qu’épuisé et il devait absolument se reposer une journée. Nous nous souhaitâmes bonne nuit et Jaime m’accompagna à ma chambre. Le sommeil me gagna rapidement, bercé par la musique du tonnerre, des loups et autres animaux sauvages au loin.
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