Amours de jeunesse sous-titré La légende du corbeau

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Ce jour-là, nous nous étions réunis sur les Plaines d’Abraham, à Québec, sept de mes amis et moi – autant filles que garçons. Nous avions joué à toutes sortes de jeux, tels que le baseball, le volley-ball et le football. C’était une splendide journée d’été. Aussi avions-nous prévu d’y pique-niquer à la fin de l’après-midi. Ce que nous fîmes après avoir placé côte à côte deux tables de pique-nique gracieusement fournie par la Commission des champs de bataille nationaux. Chacun avait apporté un mets de son cru. Abstraction faite du plat de Marc – qui franchement était dégueulasse : c’était une sorte de bouillie sans texture ni saveur qui déplut à tout le groupe, y compris à lui-même –, nous nous étions bien régalés.

Après le repas, tous bien repus que nous étions, nous débarrassâmes les tables des restes de notre repas et nous assîmes en sirotant une bonne bière, bien décidés à profiter ensemble de la merveilleuse soirée qui s’annonçait.

- Racontons-nous des histoires, suggéra subitement Laure.

- Oh que non ! s’objecta Laurent avec vigueur. Je suis pourri pour raconter des histoires. Pourquoi ne pas reprendre nos jeux plutôt ?

- Ouais ! approuva Maxime. Moi non plus, je n’en connais pas.

- Ah, les gars, les apostropha Alice. Soyez ouverts d’esprit pour une fois ! On va s’amuser.

- T’en connais, toi des histoires, je suppose ? lui rétorqua Émile, sarcastique.

Alice fit une moue de dépit et secoua négativement la tête.

- Toi, Jacob, lança à brûle-pourpoint Josée. Je sais que tu en connais. Pas vrai ?

J’approuvai du menton.

- Parfait. Nous avons notre conteur, trancha Isabelle. Vas-y. On t’écoute.

- J’espère qu’elle est bonne ton histoire, grommela Maxime d’un ton menaçant.

- Je pense qu’elle va vous intéresser, osai-je avancer. Il s’agit d’une légende d’un de mes ancêtres.

- Est-ce une légende connue ? interrogea Laure avec un intérêt évident.

- Je ne crois pas, soumis-je humblement. Il s’agit d’une vielle légende indienne.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? T’es pas Indien à ce que je sache, ergota Max d’un ton moqueur.

- Je sais, commençai-je. J’ai toujours été élevé et considéré comme un Blanc. Ce que je me sens, d’ailleurs. Mais l’un de mes oncles a découvert tout récemment que nous avons des ancêtres Micmacs - aussi écrit Mi’kmaq, plus en conformité avec leur langue.

- Wow ! Toute une nouvelle, ça ! s’exclama Laurent d’un ton stupéfait. Tu vas pouvoir un jour avoir une maison sur une réserve et tu ne paieras plus jamais d’impôts. Chanceux, va.

- T’es bête, Laurent, le gratifiai-je sèchement. Pour ça, il faudrait que je me fasse reconnaître comme étant Indien. Ça risque d’être long. Et je ne suis pas sûr de vouloir m’embarquer dans cette galère.

- Quoi ? T’as honte d’être Indien ? me questionna Alice.

- Mais non ! Au contraire. Quand j’étais jeune, des compagnons de classe me demandaient régulièrement si j’étais Chinois ou Indien, à cause de mes yeux bridés. Et cela me rendait fier. J’ai toujours cru que notre famille avait du sang indien. Si vous aviez vu l’une de mes grand-tantes. Elle ressemblait à une vraie Indienne. Elle était la sœur de ma grand-mère paternelle. Sauf que personne ne nous l’a jamais confirmé. Mais...

- Tu viens de dire que ton oncle l’a fait, m’interrompit Laure.

- En effet, acquiesçai-je. Mais cette fois-ci, c’est du côté de ma grand-mère maternelle.

- Ah bon ! intervint Marc. Ça veut dire que tu as du sang indien dans tes deux lignées.

- Je le pense, agréai-je.

- Je croyais qu’il ne fallait pas identifier ces peuples par le mot « Indien », soumit Laure.

- Tu as raison, approuvai-je. Il faut parler d’Autochtones ou de gens des premières nations. Même le mot « Amérindien » ne leur plaît pas. Mais moi, je préfère dire que j’ai du sang indien. Ça me rappelle mon enfance. Et il me semble plus évocateur. Mais bon, nous sommes entre nous, si nous utilisons ce mot, nous ne blesserons personne, non ?

Tous agréèrent.

- Et si tu commençais ta narration, suggéra Laure, qui affectionnait l’art en général sous toutes ses formes et la littérature en particulier. Sur ce point, nous avions beaucoup d’affinités.

- En fait, je vais plutôt vous lire La légende du corbeau, leur annonçai-je.

- Nous la lire ? s’enquit Alice avec surprise.

- Oui, confirmai-je. Je l’ai tellement trouvée spéciale, quand mon oncle me l’a racontée, que je l’ai écrite, dans le but de la faire publier un jour.

- Ah oui ! s’étonna Laure, d’un air tout à fait ravi. Va vite la chercher. J’ai hâte de l’entendre.

Heureusement, mon auto n’était pas stationnée très loin. J’y courus aller retour. Tous les yeux de mes amis étaient fixés sur moi quand je revins vers eux.

- Allez ! Dépêche-toi ! s’impatienta Laure. J’ai trop hâte d’entendre ton récit.

Essoufflé, je pris place en face d’elle et retirai mon manuscrit de sa chemise. Puis, bien que je ressentisse une certaine pudeur – de fait, je n’avais jamais récité à haute voix, devant un auditoire si étriqué fût-il, l’un de mes textes – je me lançai, le souffle court, dans la lecture de La légende du corbeau :

Amour
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