Héphaistos

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 Dans les tréfonds de la terre, fleurissaient les joyaux les plus précieux. Diamants, saphirs et nacres se mêlaient aux pierres granites fichtrement banales. A l’abris du soleil bouillonnant, les profondeurs étaient le refuge d’Héphaïstos. Il ne se passait pas un jour sans qu’il ne s’enfonçât dans les abîmes de la mine pour extraire ces inestimables cailloux. Les galeries revêtaient pour l’occasion une épaisse brume opaque. A chaque nouveau coup de pioche, sa peau se recouvrait d’une fine pellicule de sueur noire. Lorsque la recette journalière s’avérait satisfaisante, il lui fallait alors acheminer le butin jusqu’à la fonderie en amont où se tiendrait son second labeur. Les métaux les plus précieux seraient alors polis pour orner les tiares et autres bijoux les plus somptueux, alors que les autres seraient fondus pour un quelconque alliage militaire.

 Le travail des métaux était celui qu’il préférait. Reclus dans cette petite cavité sans ouverture vers l’extérieur, il était à l’abris des jacassements de l’Olympe. Le vacarme des outils contre le métal recouvrait temporairement les hurlements qui nichaient dans son crâne.

Elle te trompe, ouvre les yeux !

 Rhaaa … Le répit était toujours de courte durée. Mais il y avait une chose pour laquelle il laissait tomber avec enthousiaste son enclume, son marteau et ses diverses tenailles. Cette chose s’appelait Aphrodite. Elle était un subtil mélange entre grâce et intelligence, mais plus important encore, les fils de leur destin étaient inextricablement liés. Contre vent et marée, ils avaient fini par se marier.

Pauvre idiot, elle va te quitter…

 Il connaissait ses habitudes. Il savait qu’elle ne tarderait pas à arriver. Il posa ses outils et épongea son front noir du revers de la main en soupirant. Il sortit de la pièce qu’il avait entrepris de réaménager en fonderie dès le moment où lui et sa femme s’étaient installés dans ces appartements creusés à même la roche. Il gravit le couloir escarpé qui menait à la seule partie où Aphrodite avait jamais accepté de mettre les pieds. Elle ne descendait dans la mine profonde que pour accéder aux sources chaudes, par lesquelles Héphaïstos fit un crochet pour se débarrasser de la suie et de la crasse qui commençaient à lui attaquer la peau. Tout propre, il arriva dans la chambre. Même si la pièce était spacieuse, l’absence de fenêtre la privait des éclats de la rosée au petit matin et des rayons flamboyants du soleil couchant. Elle ressemblait à une maison de poupée, de mauvais goût certes, avec ces meubles disproportionnés dont la plupart avait été sculptée dans le chêne par les soins d’Héphaïstos.

 La porte claqua. La belle Aphrodite apparut comme une furie dans l’embarquement de la porte. Le sourire ravageur qui ornait habituellement son visage avait disparu mais le grain de sa peau était toujours aussi impeccable. Elle ouvrit sa penderie sans même un regard et fouilla vigoureusement dans ses vêtements.

Visiblement, la journée n’a pas été bonne. Tu vas souffrir.

 Héphaïstos avait l’habitude des sauts d’humeur de sa compagne. Son caractère de feu était même l’une de ses principales qualités à ses yeux. Elle l’avait accepté, lui, le bossu, celui que tout le monde rejetait. Il l’appelait secrètement son ange tombé du ciel.

- Qu’est-ce que tu as fait de ma ceinture ?

L’ange tombé du ciel, bien sûr …

Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu’elle s’adressait bel et bien à lui.

- Euh …

- Mais enfin ! La ceinture que tu m’avais offerte à mon mariage, elle est où ?

 Héphaïstos lui pardonnait tout. Son ange avait tellement souffert. Aujourd’hui, elle avait le droit à un peu de répit. L’enfance d’Aphrodite n’avait pas été celle d’une princesse ordinaire. Ces choses abominables, celles de son père, … Elle n’avait jamais voulu lui en parler, mais elle n’en parlait avec personne.

Ho, pauvre petite chérie …

 Elle avait tellement souffert. Il faisait tout pour rendre son quotidien un petit peu plus agréable. Ces quelques attentions, il savait qu’elle les remarquait mais qu’elle n’osait pas le remercier, certainement de peur de le mettre mal à l’aise.

- L-Le métal avait perdu de son éclat, bredouilla-t-il. J-Je l’ai amené au Palais pour la faire nettoyer.

 Au moment de leur mariage, lui et Aphrodite avait fait le choix de s’installer dans les appartements de ce dernier, à l’écart du Palais. Il était conscient que cette grotte, quels que soient les efforts décoratifs qu’il envisagerait, ne serait jamais du standing de sa belle épouse.

Rien ne lui plaira tant qu’elle sera coincée avec toi !

- Abruti ! s’égosilla-t-elle. Quand est-ce que tu comprendras que je ne veux pas que tu touches à mes affaires ?

 Héphaïstos murmura une réponse qui se perdit dans les méandres de sa barbe. La ceinture en question était un bijou d’un rare raffinement. La lanière réalisée à partir d’or d’une qualité exceptionnelle était incrustée d’un unique diamant bleu qui emprisonnait le moindre rayon de lumière. On prêtait à ce cristaux la propriété d’ensorceler le cœur de celui qui avait la maladresse d’y plonger son regard.

Aphrodite se redressa, une main crispée sur la porte de la penderie en bois.

- Je veux qu’elle soit de retour dans mon armoire avant la fin de la semaine, ordonna-t-elle. J’ai besoin de faire des essayages avant l’anniversaire de mariage d’Héra et Zeus.

Je sens que cette fête va tourner au drame, comme toujours.

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