Chapitre I :

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« Sa majesté, la reine !

 À ces mots proclamés, les deux portes aux battants finement décorés s'ouvrirent, laissant apparaître une jeune femme, d’une vingtaine d’années. Sa couronne scintillait sur ses cheveux bruns tandis que le menton relevé, le dos droit, elle avançait entre ses sujets pour s’asseoir sur son trône, seul fauteuil de la pièce. Elle s’y installa et observa la foule qui la contemplait quand trois hommes richement vêtus arrivèrent. Ils saluèrent la reine d’une révérence à laquelle elle répondit par un hochement de tête avant qu’ils ne se placent à sa gauche. La matinée pouvait donc commencer.

— Ma reine, la première affaire présentée concerne une infamie, la femme que vous allez voir est accusée d’hérésie, déclara le duc d’Albellon tandis qu’un murmure confondait la foule.

 Cela faisait des décennies que personne n’avait contesté la religion, ce qui était sans doute un des plus grands crimes punis. La jeune femme haussa les sourcils, surprise, mais son visage se referma aussitôt pour retrouver son impassibilité. D’un geste de main, elle incita le duc à poursuivre. Celui-ci fit signe de faire entrer l’accusée. Deux gardes imposants arrivèrent alors, accompagnés de la fameuse hérétique. Dans un mouvement de dégoût, la foule fit un pas en arrière. Des longs cheveux bruns et frisés cachaient le visage de l’hérétique mais quand elle fut jetée au pied de sa majesté. Enfin, elle releva la tête. La reine observa la traîtresse qu’on lui présentait. Cette femme aurait sans doute pu être sa mère et il était certain que les gardes l’avaient, au cours de sa captivité, battue : son visage semblait avoir été roué de coups, sans parler de ses bras.

— Puis-je savoir pourquoi ma prisonnière a été violentée ?

 des gardes baissa la tête tandis que l’autre ricana.

— Suis-je drôle à ce point ?

 Ce dernier cessa derechef et le visage mécontent, il se concentra sur ses chaussures.

— Alors, j’attends.

— Avec tout le respect que je vous dois ma reine, c’est une prisonnière, impie qui plus est.

 Ce fut au tour de la reine de ricaner :

— Avec tout le respect que je vous dois, cracha-t-elle, à son tour, avec mépris. Vous n’êtes qu’un garde, vous n’avez point l’autorité de décider qui châtier.

 L’homme serra les poings en silence, touché dans son orgueil. Jamais au cours de sa carrière, il n’avait été repris, encore moins par une femme qui aurait pu être sa fille.

— Ai-je été suffisamment claire ? Rajouta-t-elle

— Tout à fait ma reine, veuillez m’excuser.

— J’aimerais que vous passiez le mot à tous les gardes, votre travail n’est pas de punir, mais de garder.

— Je le ferai ma reine.

— Bien.

 Son regard se posa alors vers la femme qu’on lui avait amenée.

— Que lui reproche-t-on ?

— Elle a été surprise ma reine, dans la forêt où elle semblait pratiquer une magie surfaite et interdite.

— Quel est votre nom ?

— Je me nomme Eulalie Saugre, ma reine.

— En quoi croyez-vous, Eulalie ?

 La concernée baissa les yeux sans répondre.

— La reine vous a posé une question, manda une voix plus forte, derrière la reine.

 Cette dernière se tourna vers son défenseur qui inclina la tête avec respect.

— Ma reine, supplia la femme, il est vrai que mes croyances diffèrent des autres, mais je respecte vos cultes. J’y ai moi-même cru une époque.

— Que s’est-il passé pour que votre avis change ?

 La païenne releva la tête lentement, l’air surpris. Elle s’était attendue à ce que la sentence tombe mais la reine semblait curieuse. Après tout, peut-être pouvait-t-elle s’en sortir ?

— J’ai cessé d’y croire quand mon mari est tombé malade, la mort me l’a pris sans raison. C’était un homme bon et mon fils a présenté les mêmes symptômes. La mort allait m’arracher un deuxième être et les dieux semblaient sourds à mes appels.

— Et vos nouveaux dieux, l’ont-ils sauvé ?

 La froideur de la reine ne laissait percevoir ni intérêt, ni moquerie.

— Oui ma reine. Mon fils a vécu et il vit encore.

— Qu’on aille chercher ses enfants, sans doute hérétiques, eux aussi ! cracha un sujet.

— Non ma reine, ils sont innocents ! hurla l’hérétique qui s’était jetée aux genoux de sa Majesté.

 Le garde releva la tête en direction de sa souveraine. Il semblait attendre sa décision finale. Néanmoins, cette dernière lui fit signe d’attendre et interrogea la prisonnière.

— Vos enfants sont-ils dans le pêché, eux aussi ?

— Non ma reine, je vous le jure. Ces mots semblaient empressés, ils sortaient de sa bouche à grande vitesse. Ils ignorent tout de mes croyances, je les aime et je voulais les protéger.

— Foutaise ! Hurla quelqu’un dans l’assemblée.

— Il faut brûler ces démons ma reine.

 D’un regard, la reine sonda la foule, ainsi que les trois hommes à sa gauche, mais tous se turent. Ses yeux verts restèrent, néanmoins, accrochés à ceux de son conseiller, qui lui adressa un sourire, preuve d’un soutien infaillible.

— Et vous respectez vos dieux en les cachant à vos propres enfants ?

 Toujours à genoux et le visage désormais baigné de larmes, la femme acquiesça, mais avant qu’elle n’ait pus en dire plus, la reine s’exclama :

— Qu’on aille chercher ses enfants, mais qu’aucun mal ne leur soit fait et que la prisonnière soit reconduite à sa cellule.

 La foule l’acclama tandis que le troisième homme à sa gauche, le duc de Saintigny, fit un pas hésitant vers cette dernière :

— Qu’en est-il de la condamnation, ma reine ?

— Eulalie Saugre sera condamnée quand l’incident sera clos. Je dois d’abord savoir ce qu’il en est de ses enfants. Il me faut en savoir plus sur ses croyances.

— D’accord, ma reine.

— Affaire suivante », ordonna-t-elle tandis qu’Eulalie était traînée en dehors de la salle, effrayée à l’idée d’avoir compromis ses enfants.

 Deux hommes aux visages bronzés par le soleil entrèrent, hésitants. Ces derniers semblaient terrifiés par les lieux et les gens qui y étaient. D’un geste mal assuré, ils saluèrent la souveraine, bafouillant des compliments qu’elle tût d’un geste de main.

— Ma reine, déclara l’homme aux cheveux blonds comme la paille, il y a de cela quelques mois, j’ai conclu une affaire avec cet homme, mais il m’a trahi. Ce dernier se jeta au sol en s’écriant :

— J’ignorais tout ma reine, je vous le jure. Je suis un honnête, moi.

 Son interlocuteur s’apprêta à répondre, mais la reine les interrompit :

— Il suffit.

 Tous deux baissèrent la tête, silencieusement.

— Quelle est l’affaire évoquée, questionna la reine et alors que tous deux relevèrent la tête, prêt à répondre, elle précisa : l’accusé, expliquez-moi.

 L’homme aux cheveux de paille baissa la tête, cachant ainsi une mine boudeuse.

— Je lui ai vendu une vache, ma reine, mais cette dernière peine à mettre bas. Mais je l’ignorais, je le jure.

— Avait-elle vêlé lorsqu’elle était en votre possession ?

— Non ma reine, mais je m’en suis séparée alors qu’elle était bien jeune.

— Une enquête sera lancée et si par le biais de cette dernière, je me rends compte que vous m’avez menti, vous serez châtié, suis-je claire ?

— Oui, ma reine.

— Vous pouvez disposer.

 Tous deux, la tête basse, firent demi-tour tandis qu’un homme richement vêtu entra à son tour, ses chaussures martelant le sol sous ses pas. Il s’arrêta devant la reine et la salua :

— Votre Majesté !

 La reine se leva et lui tendit la main qu’il saisit pour y déposer, sans la quitter des yeux, ses lèvres.

— Envoyé d’Aestradell, soyez le bienvenu au sein de mon royaume. Je n’attendais votre venue qu’en milieu de semaine.

— Mon voyage fut plus court que ne l’avait annoncé mon roi, expliqua le messager de ce dernier tandis que la reine reprenait place sur son trône.

— Des appartements vous ont été néanmoins préparés, ils devraient être prêts.

 Une de ses dames de compagnie s’éclipsa de la salle, afin de s’en assurer tandis que l’émissaire claqua des doigts. Aussitôt, sa suite arriva, les bras chargés de coffrets.

— Mon roi souhaitait se faire pardonner de son absence, lors de votre couronnement.

 Le roi d’Aestradell fut un des nombreux rois qui n’avaient pas daigné se présenter lors de son couronnement. Véritable excuse ou mépris de voir une femme monter sur le trône ?

— Il m’a envoyé dans l’espoir que l’on trouverait un compromis pour une paix durable entre nos deux royaumes.

— C’est également mon souhait. Rajouta la souveraine.

 Il sourit et courbât le dos une énième fois avant d’ouvrir un des nombreux coffres où des milliers de pièces d’or brillaient. Dans le plus petit d’entre eux, une parure d’or ornée d’émeraudes scintillait.

— Vous remercierez votre roi, je suis flattée devant tant de présents !

 Il sourit et à nouveau s’inclina. La femme qui s’était éclipsée quelques minutes plus tard revint. D’un hochement de tête, elle signala à sa Majesté que tout était prêt.

— Vos appartements sont préparés, monsieur le duc de Saintigny, je vous confie la charge d’y accompagner l’émissaire d’Aestradell. »

 Le duc s’avança. Après une dernière révérence, il repartit en compagnie de l’émissaire dont les lèvres s'ourlaient d'un sourire vainqueur. Une partie de sa suite l’avait sagement attendu à la porte et sans un mot le suivirent jusqu’à ses appartements. A chaque noble croisé, il s’accorda sourire et courbette. Après tout, n’était-il pas là pour plaire ?

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