Chapitre 1

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On frappe à la porte. Je me demande qui ça peut bien être, vu l'heure qu'il est. Mon cerveau commence à s'emballer, à chercher une raison. Avant qu'il ne la trouve, je me lève du petit canapé et me précipite sur la poignée. Si je réfléchis, je stresse, alors je ne m'en laisse pas le temps et j'ouvre la porte. Là...je me fige. Devant moi se dresse Thomas. Vingt-deux ans, une bonne tête de plus que moi, des cheveux roux flamboyants. Mais surtout, mon ami depuis le collège. Ami dont je n'avais plus de nouvelles depuis quelques semaines. Certes, se sont des choses qui arrivent, mais pas avec Thomas : depuis son engagement dans l'armée, je mettais un point d'honneur à ce qu'il me donne signe de vie aussi souvent que possible. J'aimerais lui en coller une, mais le sourire qu'il m'adresse me fait oublier d'un seul coup des jours et des jours d'inquiétude.


Je remarque enfin un léger détail, qui m'avait échappé jusqu'à présent : le gamin qui se cache derrière Thomas, agrippé à ses jambes.


Je ne comprends pas. Mes yeux font d'incessants aller-retour entre Thomas et le gosse. Ce qui ne m'aide toujours pas à comprendre. Tout ce que je remarque, c'est leur air épuisé. Thomas trouve tout de même la force de rire doucement, encouragé par ma mâchoire qui doit vraisemblablement être en train de se décrocher. Il répond à ma question muette avant que je récupère l'usage de la parole :


— Non, c'est pas le mien ! Il me ressemble pas pourtant, si ? Mais...il s'est passé des choses, et je m'en occupe quelques temps.


Je hoche la tête, tandis que j'essaie d'assimiler l'information. Malgré moi, l'idée que cet éternel gamin de s'occupe d'un enfant me fait sourire. Thomas se dandine d'un pied sur l'autre, comme gêné. Je l'encourage du regard et d'un levé de sourcil. Il s'éclaircit la gorge avant de me demander :


— Et...est-ce qu'on pourrait dormir ici, au moins ce soir ? S'il te plaît ?


Son regard me supplie de ne pas poser de questions, alors je ne dis rien, me contentant de hocher la tête. Comme si un poids quittait ses épaules, elles se relâchent soudainement, et le soupir sonore qui s'échappe de ses lèvres me fait sourire.


Je me décale pour les laisser entrer ; Thomas est visiblement soulagé, ce qui ne semble pas être le cas du petit : il rechigne à entrer, jetant des regards paniqués autour de lui, s'accrochant si fort au pantalon de Thomas que les jointures de ses doigts blanchissent. J'en profite pour l'observer plus en détail : cheveux noirs, des yeux tirant sur le gris. Si je devais lui donner un âge, malgré mon inexpérience, ce serait six ans. Ou sept. Mais j'ai rarement vu un enfant de six ou sept ans aussi frêle. Il est tout maigre, épuisé, mais le plus inquiétant, ce sont les légers bleus et coupures qui parsèment sa peau légèrement basanée. Sans oublier ses joues rouges et ses légers tremblement. Il n'a vraiment pas l'air en forme. Il est clairement mal à l'aise, et serre de toute ses forces ce qui ressemble à une peluche en forme de grenouille. Bon sang mais d'où sort ce gamin ? Je meurs d'envie de demander à Thomas, mais il est plus ou moins dans le même état que le petit. Pour l'instant, le mieux à faire est de les laisser se reposer sans oublier qu'il est déjà tard.


Je veux juste vérifier quelque chose : je pose ma main sur le front du gamin. C'est bien ce que je pensais. Il est brûlant. Avant que je puisse dire quoi que ce soit, le gamin se crispe brusquement, comme si je l'avais frappé. Ses tremblements s'intensifient, et des larmes commencent à rouler sur ses joues. Je retire vivement ma main, perdue. Je ne sais jamais quoi faire, dans ce genre de situation — c'est pourquoi j'évite un maximum d'y être confrontée. Thomas sait bien que les enfants et moi, ça fait deux. Pourquoi a-t-il fallu qu'il le ramène ici ?


En désespoir de cause, je me tourne vers lui en quête d'une quelconque aide. Mais il a l'air aussi perdu que moi. Enfin, plutôt désolé. C'est une drôle d'expression, qui passe sur son visage. Finalement, il se ressaisit, et s'accroupit à hauteur du petit. Il pose sa grande main sur la petite tête du gosse, et lui ébouriffe gentiment les cheveux. Le gamin se calme instantanément, et se réfugie contre son torse. C'est un peu vexant, tout de même : je n'ai jamais eu beaucoup d'affinité avec les enfants, mais pas au point de les faire pleurer d'un simple contact. J'essaie de faire bonne figure en me retournant vers la porte, toujours ouverte. En la refermant, je demande d'un ton qui se veut léger :


— Au fait, c'est quoi, son nom ?


Thomas me sourit de toute ses dents, content de voir que je m'intéresse au petit, ne serait-ce qu'un peu.


— Il s'appelle Léo.


Je me fige, la main sur la poignée de porte. Je me force à respirer, calmement, ne cessant de me répéter en boucle...qu'il ne s'agit que d'une coïncidence.

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