Sacrifice

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« Pardon… »

La voix, brisée par des sanglots emprisonnés dans une gorge serrée, est aussi implorante que froide. Les flocons de neige tombent doucement du ciel. Leur lenteur gracieuse commence à recouvrir le champ de bataille. Au sol, des milliers d’hommes et de femmes ne sont plus que des coquilles vides. Seule une centaine d’entre eux possèdent toujours le souffle de la vie. Le rouge vermeil et ferreux du sang se mêle au blanc immaculé et glacial de la neige. La beauté de la nature se mêle à la laideur de ses enfants. Encerclée par ses propres soldats, une jeune femme en menace une autre de son épée.

Son armure couverte de terre et de sang épouse chacune de ses courbes à la perfection. Ses longs cheveux, attachés en un chignon natté et serré, rappellent ce soleil d’été lointain et fugace. Ses yeux d’un marron clair semblent échafauder mille et une solutions pour sauver la femme tenue en joue. Troubles, la pupille rétrécie par la peur, ils sont perdus et cherchent la rédemption. La peau autrefois sans la moindre imperfection est couverte, en dehors des blessures coutumières à la guerre, par des brûlures. Ces traces d’un feu passé interrogent dans ce froid hivernal l’ennemi de tout un peuple.

Allongée dans la terre boueuse, la lame contre sa jugulaire, la perdante sourit simplement. Ses prunelles bleues sont brillantes alors que des larmes coulent le long de ses joues pales. Se penchant sur elle, la gagnante l’enlace une seconde avant d’empoigner ses cheveux aussi noirs que les plumes d’un corbeau. L’épée transperce l’épaisse chevelure. L’humiliation fait rugir de bonheur les vainqueurs. La guerrière blonde se recule et alors que sa lame s’abat sur la gorge dégagée, le timbre calme et aimant s’élève dans les airs.

« Je t’aime, Svanhilde. »

La tête se détache du corps de la Bannie. Roulant dans la neige poudreuse, le sang jaillit et éclabousse les soldats et le bourreau. S’effondrant, la guerrière hurle à pleins poumons. Ses prunelles rougissent alors que sa voix déchire le cœur des victorieux combattants. Deux hommes aident la femme à se relever alors que la tête de la condamnée est mise dans un sac. Ils ne peuvent plus retourner en arrière, ils sont après tout le clan de la Vengeance. Ceci n’était qu’une bataille, la guerre ne fait que commencer avec le sacrifice de l’Armée des Bannis. Nubes n’est seulement que la première.

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