Sur la Création

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Nous avons évoqué l'idée d'un univers conçu mentalement pour se manifester physiquement, rappelant l'image d'un artiste qui projette son imagination sur une toile afin de la « matérialiser ». Il s'agit de l'Alpha qui féconde l'Oméga afin de s'incarner en lui, ou encore de l'esprit qui se manifeste dans le corps.


L'homme moderne a tendance à ne considérer que l'Oméga, à savoir le corps de cet Univers. Nous lui assignons une naissance, dont les traces sont encore visible à travers le temps et l'espace. Nous pouvons constater son évolution, sa croissance, et certains ont même l'audace de prédire sa mort. Nous avons parfois croisé au fil de nos lectures des théories sur « l'univers qui finira par lentement s'éteindre lorsque toutes les étoiles auront consumé leur énergie. »


C'est une fin envisageable, mais ce genre de prévision est comparable à celle d'un horoscope composé par une fourmi qui, selon sa propre cosmologie basé sur l'emplacement des brins du gazon d'un jardin et la couleur d'une semelle, prédira à la seconde près le jour et l'heure à laquelle l'oncle disparu de votre cousin au second degré décédera d'un arrêt cardiaque sur son tracteur tondeuse, ce qui aura pour effet de provoquer la destruction de la fourmilière.


Une telle possibilité existe, mais les paramètres qui la confirmerait ne reposent à aucun moment sur la position des brins d'herbes du gazon. Si nous projetons cet exemple tiré par les cheveux à notre échelle :

  • Nous sommes la fourmi.
  • Le gazon est la fraction d'espace humainement observable.
  • L'oncle disparu est l'ensemble des lois physiques et chimiques.
  • Le tracteur tondeuse est la théorie de la relativité.


Tout ça pour en venir à l'évidente conclusion que nous n'en savons rien. Tout comme la fourmi, nous ignorons qu'il existe au-delà du gazon qui compose le jardin d'autres types de paysages, et que d'autres espèces de fourmis y vivent. Nous connaissons une faible portion de ce que représente réellement l'oncle disparu, et cela ce limite à la semelle de ses chaussures. Il nous est impossible de prévoir la trajectoire du tracteur tondeuse tant que nous ne sommes pas dans son champ d'attraction.


Nous nous excusons pour cette digression qui risque d'exaspérer les esprits les plus scientifiques, mais que ce soit au niveau d'une fourmi ou d'un homme, le constat est le même : Nous sommes incarnés physiquement dans la toile d'un artiste.


Il nous est possible d'étudier les pigments qui composent le tableau, la manière dont ils ont été appliqué, voir même les traits du croquis qui se cache sous eux, mais il nous sera difficile d'avoir une vision globale de ce que l’œuvre représente. Et encore plus difficile de voir si le tableau se trouve dans un musée entouré d'autres tableaux. Nous pouvons très bien être dans une aquarelle qui côtoie un portrait peint à l'huile.


L'image est ici en deux dimensions, mais la même règle peut s'appliquer à un environnement en trois dimensions, voir même à une symphonie, ou l'homme n'est qu'un instrument joué en fin de phrase au milieu d'un orchestre qui suit sa partition depuis plusieurs milliards d'années. Nous espérons ne pas vous perdre à ce point de notre réflexion, car les choses vont désormais prendre une tournure beaucoup plus vertigineuse.


Dans l'exemple ou l'Univers est une peinture, la dimension supérieure à la toile est celle du peintre. Si l'Univers est une symphonie, la dimension supérieure à la partition est celle du compositeur. La question est : Notre Univers étant ce qu'il est, et étant vraisemblablement né de quelque chose, pouvons-nous supposer que ce quelque chose appartiendrait donc à une dimension supérieure à la notre ?


Étant dans la troisième dimension, pouvons-nous nous hasarder à supposer qu'il doit exister, hors de notre champ de vision, une quatrième dimension ? La réponse est, à notre humble avis : Oui, et tout laisse à penser qu'il en existe plusieurs autres. Si nous devions nous amuser à imaginer leur nombre, nous dirions qu'il existe dix dimensions, comprises entre 0 et 9.


Un peu de géométrie va nous permettre d'éclaircir les cinq premières :


Dimension 0 : Un point.

Dimension 1 : Une droite, (reliant deux points).

Dimension 2 : Une surface, comme un carré.

Dimension 3 : Un cube.

Dimension 4 : Le temps, figuré par un tesseract, à savoir un cube à travers le temps.


Notre connaissance actuelle nous empêche de nous figurer les cinq autres dimensions, mais il est probable que l'Esprit à l'origine de l'Univers, pour ceux qui ont le courage de croire en son existence, se soit à un instant T trouvé dans la plus haute de ces dimensions. Nous la nommerons, en hommage aux Pythagoriciens, la dimension 10, celle qui comprend à la fois l'Artiste et sa Création.


Après tout, le rêve d'un véritable artiste est de donner vie à son œuvre, et dans un sens, ce que nous appelons à notre échelle un « chef d’œuvre », est le fruit d'un long travail dans lequel transpire la personnalité de l'artiste. L’œuvre ultime serait une création si parfaite qu'elle pourrait engendrer à son tour d'autres œuvres à l'image de son créateur. À l'image seulement, car bien « qu'ultime », l’œuvre de l'artiste n'est pas à proprement parlé « l'artiste » lui-même.


L’œuvre n'est qu'une matérialisation physique d'une idée mentale. Mais imaginons désormais que l’œuvre en question soit à son tour capable de matérialiser physiquement le fruit de son imagination. Comment ? Disons simplement que l'artiste a implanté une petite parcelle de son esprit dans son œuvre. Nous nous trouvons à ce moment dans une situation où l’œuvre reproduit à son tour les créations de son créateur. Par imitation. Cela devrait normalement déclencher chez notre lecteur une prise de conscience assez intéressante.

Si nous considérons l'univers comme l’œuvre d'un artiste, à savoir la manifestation physique d'une idée mentale, alors il est naturel que l'homme, à son échelle, imite ce procédé. Nous pourrions alors citer à ce stade la liste interminable des œuvres connues et inconnues produites par l'espèce humaine depuis son éveil, mais il manque à ces dernières un élément : La Vie.


Créer la Vie, c'est ce que produit un homme et une femme qui, après neuf mois, donne naissance à un être vivant, unique, doté d'une conscience et capable à son tour d'imiter ses parents, créer un chef d’œuvre, ou encore génocider une population. Les possibilités sont infinies.


L'Alpha et l'Oméga. L'Alpha, qui possède le potentiel, et l'Oméga, qui le matérialise. L'Alpha peut accoucher d'une idée, mais seule l'Oméga peut lui insuffler la vie.


Donc, une fois tout cela écrit, que pouvons-nous dire ? Nous pouvons dire que l'univers est l'œuvre d'art ultime. À la fois musique, peinture, poésie, littérature, sculpture et architecture. Les pigments utilisés sont aussi divers et variés que les molécules, les photons, neutrons, trous noirs et autres singularités qui échapperont encore longtemps à la communauté scientifique.


Cher lecteur, chère lectrice, nous vous invitons à regarder une peinture ou écouter une musique, et vous demander : Qu'est-ce qui me touche dans cette œuvre ?


Est-ce le type de peinture utiliser ? La gamme dans laquelle joue la ligne de basse ? Est-ce que c'est en étudiant la nature du bois composant le cadre qui entoure la toile de la Joconde que vous finirez enfin par comprendre ce qui est à l'origine de son sourire ? Cela a-t-il la moindre incidence de découvrir la marque du piano sur lequel Beethoven a composé sa septième symphonie ?


Ce genre de détails a parfois son utilité, mais l'essence même de ce qui nous touche dans ces œuvres transcende de loin ces particularités. L'amour d'une mère pour son enfant ne réside pas dans la connaissance des composants chimiques qui le compose...


En vérité, ce qui nous touche dans ces créations n'a pas la moindre réalité sur un plan matériel. L'émotion qu'elles nous inspirent, par leurs manifestations matérielles, prend sa source à un plan supérieur. Une dimension qui échappe à nos cinq sens. La parcelle divine en chacun de nous se trouve ravivée par une prise de conscience qui nous échappe. C'est la sensation qu'il existe un autre monde, un monde dont nous captons l'extraordinaire sensibilité le temps d'un battement de cils.


Un monde invisible.

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