Episode 46.1

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Dolorès

— Aujourd'hui nous intégrons une nouvelle élève, annonce l'instructrice. Veillez à l'accueillir convenablement. Allez, petite, viens te présenter.

La nouvelle, c'est moi. Encore une fois étrangère, encore une fois intruse. Des dizaines de paires de petits yeux bridés me dévisagent ; des dizaines de paires de petits yeux rivaux. Accueillir convenablement, à ce moment précis, je n'ai pas idée de ce que ça peut signifier. Je le comprendrai bien assez tôt.

J'ai onze ans : huit ans de rejet et trois années d'exil. Après la quiétude de cette retraite, le spectre du rejet me menace à nouveau, déguisé cette fois en concours de talents. Je connais les enjeux. Je veux rentrer à la maison.

— Je m'appelle Dolorès Escalones. Je suis née le 12 janvier 2088. J'ai onze ans. Je viens du village de Puertoculto, à Agnakolpa. Je suis... le bouclier... Je suis née pour tuer. C'est pour ça que je suis là, pour tous vous surpasser.

Au vu des réactions de mon auditoire, je repère d'instinct ceux qui deviendront mes concurrents, les cibles à abattre. Parmi les élèves tout interloqués, je ne retiens que quelques visages singuliers. Au premier rang, une fille et un garçon qui me font des sourires narquois en se donnant des coups de coudes. Près de la fenêtre, un enfant menu au visage doux parfaitement apaisé. Tous trois deviennent spontanément les piliers de ma formation en classe préparatoire Élite.

Kansuke et Roko ont grandi ensemble dans un orphelinat. Ils sont plus âgés que moi de deux ans. Le jour de mon arrivée, ils m'accueillent en bonne et due forme en me passant à tabac. Je les laisse avoir le dessus, comme Maître Kayû me l'a enseigné. Mais alors qu'ils pensent m'asséner le coup de grâce, sentant qu'ils commencent à relâcher leur garde, je me redresse d'une traite et fonce tête première entre les genoux de Kansuke pour le faire basculer. Lorsque Roko riposte, je la saisis par le bras et l'envoie voler par-dessus mon épaule, en prenant bien garde à ne pas lui briser un os. Je ne veux pas me priver d'un adversaire de taille.

Kansuke est grand, il a une bonne ossature et sait se servir de ses poings. Il peut porter son poids en armes et bat tous les autres élèves au lancer de grenades. Roko est souple et agile. Elle esquive de mieux en mieux mes coups et aime me prendre à revers en bondissant dans mon dos.

Je parviens plus difficilement à considérer Hyotaru comme un opposant naturel. Peut-être à cause des traits féminins qu'accentuent ses longs cheveux ondulés. Peut-être parce que son allure chétive me laisse croire que le moindre choc suffirait à le briser en deux. Cependant, je ne tarde pas à comprendre que si la force de Hyotaru ne réside pas dans ses muscles, elle n'est pas pour autant inexistante. Avec moi, il est le plus jeune de notre classe. Il est aussi le plus discret. J'ai d'abord pensé qu'il échappait à nos aînés en se fondant dans le décor. Avec le temps, j'ai compris qu'il avait plus d'un tour dans son sac : Hyotaru est futé et minutieux. Il excelle dans le désamorçage d'explosifs. De fait, il sait aussi parfaitement comment en fabriquer et, grâce à quelques habiles stratagèmes, il se débrouille toujours pour se procurer le matériel nécessaire. Si Hyotaru intimide toute notre classe, ce n'est pas uniquement en raison des grenades de sa composition qu'il garde toujours à portée de main. C'est aussi et surtout pour ses talents de maître chanteur. Dès lors qu'il obtient une information compromettante sur l'un de ses pairs, Hyotaru exige sa reddition dans un combat singulier. Il progresse ainsi de manière fulgurante dans les classements de l'école.

Sur moi, pourtant, le chantage de Hyotaru n'a aucune emprise. Je me mêle si peu aux autres qu'il n'y a rien de bien scandaleux à dire à mon propos, rien qui pourrait susciter en moi un dilemme insoluble. Il en est un autre sur qui l'intimidation de Hyotaru est demeurée inefficace : un garçon ténébreux dont le regard, plongé dans le vide, ne reflète que l'indifférence. Akio évite farouchement de se mêler aux autres. À bien des égards, il me ressemble. Comme moi, il a renoncé à inspirer la sympathie. Lui, pourtant, il préfère ignorer la haine d'autrui en s'isolant, alors que pour ma part je l'entretiens soigneusement afin de mieux m'en nourrir. Il me faut de la haine, m’imprégner de la haine pour faire monter ma rage, cette rage qui fait ma force. J'ignore encore alors le rôle que jouera dans ma vie ce garçon taciturne dans un avenir trop proche, mais que je n'entrevois pas. À cette époque, je suis déterminée à devenir le parfait archétype du Berserker pour regagner ma place auprès des miens.

Après des années passées dans le dojo de maître Kayû à cultiver la réserve et la maîtrise de soi, je me retrouve plongée dans un bain de violence. La formation d'un futur membre de Commando Élite passe en grande partie par sa déshumanisation. L'aspirant soldat doit être convaincu dès le début de son apprentissage qu'il sera en mesure de tuer n'importe qui de sang froid, il doit accepter que chacun de ses camarades est un ennemi potentiel et concevoir la possible nécessité de sectionner sa jugulaire d'un moment à l'autre. Il faut en général trois à cinq ans à une recrue pour être conditionnée au point de ne plus éprouver nulle émotion, nulle culpabilité face au meurtre. Au sortir de la formation, nombreux sont ceux qui démissionnent, traumatisés dès leur première mission.

Je ne suis pas un cas général.

C'est chose fréquente que le meilleur de sa classe récolte le mépris de ses collègues jaloux. Dans une école qui forme de futures machines à tuer, ce mépris s'accompagne d'une violence perpétuelle et d'un puissant désir de meurtre. Même si les règles sont strictes, même si les formateurs veillent au grain et que l'assassinat d'un rival induit l'expulsion immédiate ainsi que le bannissement définitif de l'Armée de la Paix, la nature à la fois sociable et prudente de l'être humain incite les élèves à éviter la première place du classement. Soumis au besoin de reconnaissance ou à la peur d'être abattu, ceux qui visent le plus haut rang prennent d'ordinaire leurs précautions. Des années de précautions.

Mais je ne suis pas une élève ordinaire. On ne m'a jamais témoigné la moindre reconnaissance, encore moins le moindre amour. En revanche, on m'a toujours craint. Ainsi, insensible aussi bien à la gentillesse des uns qu'aux tentatives d'intimidation des autres, il ne me faut qu'une année pour gravir le palmarès de ma classe. Face aux chiens enragés en proie à leurs émotions, à ceux qui poussés à bout enfreignent le règlement et tentent de m'éliminer, je conserve la réserve et la maîtrise que maître Kayû m'a enseignées. Sans elles, nul ne m'aurait survécu. J'aurais été, attisée par la hargne collective, le pire instrument de mort que la formation préparatoire militaire eût jamais façonné.

— Lore !

J'entends encore la voix de Roko. Je sens sa tape dans mon dos. Une frappe qui a tout d'une grande claque amicale. Mais l'amitié, je ne sais pas encore ce que c'est.

— Tu vas mordre la poussière, aujourd'hui, à ce qu'on raconte.

Hyotaru me dit ça dès qu'un nouvel élève s'apprête à intégrer la classe. Presque tous ceux qui arrivent démissionnent après s'être mesurés à moi.

Kansuke lâche un rire grinçant. C'est quasiment la seule façon qu'il a de s'exprimer.

— Aujourd'hui deux nouveaux élèves se joignent à nous, annonce l'instructrice. Veillez à les accueillir convenablement. Allez les jeunes, présentez-vous.

La fille s'avance. Elle ne ressemble pas aux autres élèves de la classe : elle n'est pas japonaise. Ses cheveux blonds s'emmêlent dans un carré brouillon et des taches de rousseurs recouvrent ses joues roses.

— River Frost, s'annonce-t-elle sur un ton monocorde. Aussi glaciale que mon nom le laisse présager. Je ne suis pas ici pour rigoler, ni pour être votre amie. Je suis là uniquement pour faire sauter des têtes et nettoyer le monde des enfoirés de prophètes de l'Irréprochable. Celui qui se mettra en travers de mon chemin sautera avec eux. Et ceux qui veulent me faire bon accueil... abstenez-vous.

Roko et Kansuke échangent un regard et hochent la tête d'un commun accord. Je suis River Frost du coin de l’œil jusqu'à ce qu'elle gagne une place, au fond de la salle. Mon instinct me dicte de me méfier d'elle.

Le garçon, resté debout devant le tableau, se tort les lèvres. Ses longs cheveux lui cachent le visage. Il n'est pas comme les autres : il sourit.

— Seiichi est muet, explique l'instructrice. Accueillez-le comme il se doit.

À la première occasion, Roko et Kansuke vont trouver le petit nouveau. Je les suis, par habitude, sans pouvoir dire pourquoi. J'aime à penser que je les garde à l’œil, sans doute est-ce juste pour ne pas admettre que je les apprécie.

Nous rejoignons Seiichi, assis sur un banc dans le patio de l'école. Kansuke remonte ses manches et échauffe ses poings. Comme d'habitude, je m'apprête à assister sans broncher à la dérouillée d'un novice, rituel auquel je refuse obstinément de participer. Tandis que Roko glisse du bout des doigts son canif hors de sa poche, je dégaine une feuille de papier de la mienne et, pour preuve de mon total détachement, j'entame le pliage d'un origami.

Hyotaru s'approche, téléphone en main, pour immortaliser cette nouvelle rouste à travers l'une des vidéos qu'il affectionne tant. Et soudain, alors que le nouveau devrait bientôt se faire salement amocher, il soulève le coin de sa veste et dévoile un petit animal blanc dans les yeux rouges duquel flotte l'éclat caractéristique de la terreur.

— Stop ! s'écrie Roko. Il a un lapin.

Alors, se produit une chose que je n'ai jamais vue depuis mon arrivée. Roko et Kansuke s'agenouillent pour caresser le rongeur. Hyotaru tend l'objectif de son appareil pour filmer le museau frémissant de la boule de poils. Seiichi, assis sur son banc, leur adresse un sourire, et tous le lui rendent.

Je ne comprends pas comment, à la simple vue d'un petit animal aux longues oreilles, la violence s'est interrompue. Je ne comprends pas, alors je reste en retrait et je termine mon pliage. Mon origami achevé, je vais à la rencontre de Seiichi et, sans rien dire, je glisse dans sa paume le lapin de papier. Ses yeux se lèvent sur moi et son sourire s'élargit.

J'ignore pourquoi, je prends peur et je m'éloigne en courant.

Trois ans s'écoulent encore, dans la violence et la rigueur militaire. Pourtant, quelque chose a changé. Aucun d'entre nous ne s'explique pourquoi, autour de Seiichi, toute animosité s'évapore. En dehors des combats réguliers dans lesquels nous sommes amenés à être impitoyables les uns envers les autres, nous nous témoignons tous les cinq un respect mutuel.

À l'aube de la quatrième année, quelque chose se produit. Personne n'a rien vu venir. River Frost, qui est restée en retrait depuis son arrivée et a progressivement gravi le palmarès de la classe, se trouve désormais au troisième rang. Je suis toujours en tête, talonnée par Seiichi. Personne à part moi n'a été capable de lever la main sur lui. Même en retenant mes coups, je lui ai cassé plusieurs membres au cours des dernières années. Pourtant, Seiichi ne m'en a jamais voulu.

Au début de notre quatrième année, River Frost s'est coupé les cheveux. On dirait un garçon. Davantage qu'un garçon, on dirait qu'il ne s'agit plus de la même personne. River parle aux autres, et il parle à Seiichi. Chaque instant de cette matinée est intact, préservé à jamais dans la résine de mes méninges.

Dès le lever du soleil, Roko me tire du lit en me secouant :

— Lore !

Je lance mon poing en direction de sa figure. Elle esquive habilement.

— Habille-toi, Lore, on va être en retard.

Encore un an. Si j'ai de la chance, dans un an, je serai dans le désert. Et quand j'aurai gorgé les dunes de sang, je rentrerai chez moi. Je n'ai rien d'autre en tête.

Nous retrouvons les garçons et toute l'école devant le centre de tirs pour hisser le drapeau de la Fédération. Le blason argenté du monde pacifié flotte dans le ciel, son étoile à cinq branches ondulant au gré des vents. Toutes en chœur, les jeunes recrues énoncent le serment :

— Cinq branches. Discernement. Rigueur. Curiosité. Endurance. Créativité. Détermination. Cinq branches, pour un seul peuple.

Je ne prononce pas ces mots. Je prie mes dieux en silence. Je promets aux Ases et aux Vanes une loyauté sans faille.

— Je suis le bouclier qui protège la tribu...

— Qu'est-ce que tu marmonnes, Lore ? m'interroge Kansuke en fronçant les sourcils.

— Laisse-la donc, l'interrompt Hyotaru. Elle prie des dieux anciens. Elle leur bâtit même des temples... Eh, ne me fusille pas du regard, Dolorès ! Je sais garder un secret.

Il vient de révéler le mien, pourtant. Les autres éclatent de rire.

— Où est Seiichi ? je demande.

— Parti nourrir Kokoro.

D'entre nous, Roko est celle qui est la plus proche de Seiichi. On croirait qu'ils peuvent se comprendre sans échanger un mot.

— Ne m'attendez pas.

Je tourne les talons, en m'efforçant tout autant que possible de paraître décontractée, en pressant aussi suffisamment le pas pour dissuader le reste du groupe de me suivre. Je ne saurais dire pourquoi, depuis que j'ai vu les cheveux de River, une inquiétude irrationnelle s'est emparée de moi. Je traverse le patio et m'élance en direction du baraquement des garçons. Je sais où se trouve la chambre de Seiichi ; nous y allons souvent caresser Kokoro.

C'est là que tout bascule. Là que les images sautent, comme l'écran d'un téléviseur détraqué. Mon esprit essaye tant bien que mal de presser le bouton pour éteindre la diffusion des souvenirs, mais ma mémoire trop vive balance les tortures de guerre en haute définition.

La porte est entrouverte quand j'arrive. Je pousse le battant sans faire le moindre bruit et me glisse dans la chambre de Seiichi. River et lui se font face et, même si je sais pertinemment que personne d'autre que moi ne peut s'en prendre à Seiichi, que nul autre qu'un guerrier mythique ne peut frapper ce garçon, une terrible intuition me saisit. Le regard de River a changé. Ce n'est plus le regard d'une fille, mais celui du Berserker. Le fauve blond saisit le lapin par le cou et, dans sa fureur sacrée, lui broie la jugulaire d'un seul coup de mâchoire. La tête de Kokoro tombe sur le côté, tandis que le sang suinte sur son pelage blanc.

Demeuré debout au milieu de la chambre, Seiichi commence à vaciller. Pour la première fois en trois ans, son sourire se fane et il s'effondre, une marée rouge qui jaillit de sa poitrine. Je reste de marbre, une fois de plus spectatrice de la violence que je réprime. Cette fois, cependant, le meurtre m'a échappé.

River tourne le visage vers moi, un large sourire aux lèvres, et quitte la chambre d'un pas nonchalant. Le lapin s'écrase sur le plancher et, entrée à mon tour dans une rage bestiale, je me rue sur sa dépouille pour m'en repaître. Ma raison me commande d'arrêter, ma soif de sang me l'interdit. Incapable de mettre un terme à mon festin, je commence à pleurer à chaudes larmes, expulsant de mes orbites tout le dégoût que j'éprouve envers moi-même.

L'image saute, enfin. Il n'y a plus que les voix, tout entremêlées, de plus en plus lointaines.

— Seichi !!!

— Lore, qu'est-ce que tu as fait ?

— Pourquoi tu n'as rien fait ?!

— Enflure. Toujours là à te rincer l’œil.

— Seiichi... Kokoro... Leurs vies étaient liées.

— Alors c'était vraiment son cœur...

— L'Étalonneur a diagnostiqué River.

— Et Dolorès ?

— Rien. Le test n'a rien donné.

— Dolly !

Une main se tend vers moi.

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Dans le domaine des arts plastiques, Arman, grâce à ses "Accumulations", mettait l'objet en situation afin de le désigner comme extension, prolongement de l'humain. Tàpies, quant à lui, en faisait l'inscription du temps à même la matière.
Dans "Le parti pris des choses", Francis Ponge, souhaitant "fonder (le mot) en réalité", ne cherchait qu'à révéler la puissance du langage dans ses rapports avec le monde concret. Philippe Jaccottet faisait un travail sur l'exactitude de la parole qui devait mettre en valeur perçu et ressenti face aux choses vues, tout en préservant l'émotion dont elles étaient investies. Le Nouveau Roman, grâce à de méticuleuses descriptions, détachait les objets de leur usage et en faisait la préoccupation même de l'écriture. Alain Robbe-Grillet souhaitait appréhenderles choses "comme elles sont". L'objet reprenait tout son pouvoir, simplement "celui d'être là" selon les termes de Roland Barthes.
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"Le doux paysage serein, propre et lumineux qui doit exister derrière les choses."
("L'extase matérielle").
Car le sens est à trouver partout, indéfiniment, les choses disposant tout contre nous leur langage secret. Celui, par exemple que Paoli, dans "La fièvre", fait tenir à un objet du quotidien, l'explorant sous toutes ses coutures :
"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".
Surgissement, à partir du simple, du menu, de l'insignifiant, d'une perspective ontologique dont l'homme ne saurait faire l'économie qu'en acceptant de vivre sur le mode du "on", de l'inauthentique.
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