42.2

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Luna

La première soirée que je passai à Whistlestorm, Hazel Orsbalt me conduisit à mes quartiers et m'indiqua la porte qui de ma chambre ouvrait sur la sienne.

— J'aimerais te demander une faveur, dit-elle tristement.

Et, m'attirant dans sa chambre, elle montra une vieille lampe à huile posée sur la table de nuit.

— Je ne peux dormir sans cette lampe, Luna. Sa lumière me protège d'une terrible malédiction. Crois-tu au mauvais sort ?

— Je ne saurais dire, Mademoiselle. Tout dépend de la malédiction.

— La Malédiction des MacDuff, une démence héréditaire. Cette lampe tient la folie à l'écart ; elle empêche la noirceur de gangrener mon âme. C'est Mindy qui est chargée de vérifier le niveau d'huile et l'état de la mèche. Mais les androïdes doivent recharger leurs batteries quotidiennement. Vers quatre heures, il faut impérativement que quelqu'un vienne changer la mèche. Pourrais-tu t'en charger, Luna ?

— Bien sûr, Mademoiselle. Je suis victime d'insomnies de façon régulière. Puisque je me réveille dans la nuit, ça ne me dérange pas de m'occuper de votre lampe.

Tant de superstition me surprit, de la part d'une jeune fille d'apparence si raisonnable. Mais je me fis un devoir de veiller à ce qu'aucune ombre nocturne ne l'approchât, en devenant la gardienne de la flamme qui toute la nuit devait brûler à son chevet.

Le même soir, avant d'aller se coucher, Hazel me demanda encore :

— Crois-tu aux fantômes, Luna ?

— Je ne rejette pas leur existence. Cela dit, je ne ressens aucune peur particulière à leur égard.

Elle opina de la tête, le regard grave.

— Cette maison est peuplée de fantômes, raconta-t-elle. Tous ceux de mes ancêtres qui, au fil des siècles, furent frappés mortellement par la folie du pouvoir.

Avide d'en savoir davantage sur les spectres que je risquais de croiser au détour d'un corridor, je lui demandai de m'en dire plus au sujet des âmes corrompues qui hantaient Whistlestorm. Hazel me raconta le terrible accident de calèche qui avait coûté la vie à Victoria et Gaspard Nostrand ainsi qu'à deux de leurs filles, trois siècles auparavant. Accident qui s'était avéré par la suite avoir été commandité par Albert Macduff, le frère de Victoria, en vue de lui succéder à la place de Gouverneur. Il fallut plusieurs soirées et beaucoup d'huile d'éclairage pour que j'apprisse tout de la généalogie de la famille Macduff.

À la mort d'Albert, son petit-fils Mordecai, hérita de son titre. Il épousa Elizabeth, l'unique descendante de feue Victoria. Le couple fut assassiné plus tard par leur fils unique, Arnold Macduff. Vraisemblablement victime de sa consanguinité, Arnold resta dans les mémoires comme le pire gouverneur ayant jamais été à la tête d'Elthior. Sa femme Katrine perdit la vie en mettant au monde leur fille Harriet. Au beau milieu du vingtième siècle, la jeune Harriet fit scandale en tombant enceinte à l'âge de quinze ans d'un illustre inconnu. On la traita de putain et, lorsqu'on la retrouva sans vie dans les couloirs de Whistlestorm, deux avortons saignants pendus à son bas-ventre, nombreuses furent les mauvaises langues à médire qu'elle l'avait bien cherché. La rumeur courut un temps que son père l'avait engrossée. Personne n'y prêta attention, jusqu'à ce que la science en donne la preuve un siècle plus tard. Georges, l'aîné des deux jumeaux, un être difforme et maladif retenu par l'Histoire pour l'absence de sa mâchoire inférieure, fut nommé gouverneur à la mort d'Arnold. Cinq ans plus tard, son cadet Ambrose le tua et, déguisant le meurtre en suicide, parvint à prendre le commandement de l'île. Ambrose le Fou fut puni par sa femme, la célèbre Teresa Lancaster, qui pour son trente-neuvième anniversaire cuisina à son mari un clafoutis de baies mortelles. L'épouse-homicide fut condamnée à la peine capitale avant qu'on découvrît les méfaits de son défunt mari. Leur fille, Hermina MacDuff, gouverna avec bon sens et eut de son discret mari une belle descendance. Son fils aîné, Hubert, lui succéda. Il eut quant à lui deux enfants : Lydia et Robert, respectivement grand-tante et grand-père d'Hazel. Robert gouverna l'île après son père, en raison que sa sœur aînée souffrait de profonds troubles psychiatriques. Lydia l'Incendiaire, la nomme-t-on désormais, en mémoire du jour où elle mit le feu à Whistlestorm au cours d'une cérémonie donnée par son frère, dans le but de purifier l'archipel de son gratin corrompu. Afin d'échapper à l'injection létale qui avait eu raison de son arrière-grand-mère, Lydia s'immola dans le bûcher qu'elle avait elle-même attisé ; consciente peut-être que le temps était venu de se purifier elle-même des atrocités qu'elle venait de commettre.

N'importe quel habitant d'Agnakolpa a déjà entendu toutes sortes d'histoires au sujet de la lignée des gouverneurs de l'Île d'Elthior. Se les entendre narrer par une descendante directe de la dynastie maudite offre une tout autre perspective. Je compris la honte que pouvait éprouver Hazel, ainsi apparentée à plusieurs générations dégénérées ; je conçus le poids que représentait cet héritage, l'épreuve permanente du jugement de ses pairs qui attendent de savoir si elle gouvernera comme la sage Hermina ou comme l'ignoble Arnold. Je perçus aussi la peur qui la rongeait : la peur de succomber comme tant de ses ancêtres au délire de l'orgueil. J'assurai Hazel que jamais je ne laisserais s'éteindre la lampe à huile, que jamais je ne laisserais aucun mal s'insinuer en elle. Je me promis à moi-même de toujours la préserver.

Les jours s'enfilent, similaires et distincts, tels les perles d'un collier dont j'ignore encore tout de l'apparence finale. Le cuir plutôt que les perles marque la peau de mon cou lorsqu'Awashima tire sans ménagement sur la laisse.

— Ta nouvelle maîtresse te traite bien ? Aussi bien que moi, j'espère.

Ses paroles sont aussi froides que sa chair impassible. Je lui souris :

— Serait-ce de la jalousie ?

— Rien de plus qu'un simple calcul. Tu es au service d'une mystérieuse femme, et je ne t'ai pour moi que le mercredi.

— Il faut bien se languir un peu.

Je me suis bien gardée de révéler à Awa l'identité de mon employeuse. Moins elle en sait me concernant, plus cette relation a de chances de porter ses fruits.

— Je ne crois pas t'avoir autorisée à répondre, chienne.

D'un mouvement mécanique, Awashima fait claquer la cravache sur ma fesse. Elle passe sa main entre mes cuisses pour sonder l'état dans lequel je me trouve.

— Alors comme ça, tu aimes te languir ?

Je regrette soudain d'avoir parlé trop vite. Déjà ma maîtresse me pousse sur le dos pour nouer mes poignets aux barreaux du lit. J'emprunte le ton du mépris :

— Je n'ai pas envie de toi, de toute façon.

Cependant, mes mensonges n'y changent rien. Awa sait ce que j'attends, et elle a conscience aussi que la frustration ne fait que redoubler mon désir. Elle en joue avec sadisme. Du bout des doigts, elle effleure les zones sensibles ; le haut de ma nuque, le bout de mes seins et le bord de ma vulve. Incapable de me débattre, je pince les lèvres pour contenir quelque gémissement ; en vain. Aussitôt lâché ce glapissement de plaisir, Awashima s'éloigne, bien décidée à me narguer. Elle se lève et contourne le lit, m'exposant ainsi l'admirable grâce de son corps de poupée. Dans son dédain total, elle ne cherche paradoxalement qu'à attiser mon envie. Ce qu'elle ignore, c'est qu'elle n'habite plus aucun des fantasmes que je n'ai de cesse de refouler. Elle n'est que le substitut vers lequel se tournent par défaut les pulsions qui me brûlent. Sa perfection, l'harmonie sans failles du corps qu'elle exhibe sous mes yeux, est précisément source de son inhumanité. Nul ne peut aimer un bloc sans craquelure aucune, puisque les défauts qui nous entachent seuls nous rendent uniques, au contraire des qualités qui nous fondent dans la masse.

Awa glisse sur le drap et s'assied sur ma poitrine, l'incroyable symétrie de son con à portée de langue.

— Lèche-moi.

— Comme il vous plaira, maîtresse.

Tandis que ma langue fend ses chairs, mes pupilles recueillent l'écume figée en leur creux. Le nectar de luxure qui jaillit d'Awashima n'a aucune saveur, comme si nulle excitation n'avait fermenté en ses entrailles pour le parfumer. Ma maîtresse n'a le goût que de la rigueur. Il n'est aucun plaisir pour attendrir les tissus de son enveloppe charnelle, impeccablement lisse dessous le flux régulier d'un semblant de jouissance. Chez elle, la volupté gluante qui des amants ramollit les membres, tout en proies aux émois, n'est rien de plus qu'un verni insipide. L'illusion moite de l'envie sur le marbre glacial.

Son indifférence, sans compromettre de quelque façon l'application qu'elle voue à son rôle de dominatrice, est en elle-même plus cinglante que n'importe quel coup de fouet.

— Awa...

— Ne me dis pas que tu as une crampe. C'est moi qui décide quand tu devras t'arrêter.

— Je le sais bien. Mais à quoi bon poursuivre si je suis incapable de te faire jouir ?

Awashima s'écarte sans daigner me répondre et détache mes liens. Je m'apprête déjà à me rhabiller lorsque, contre toute attente, elle me saisit les poignets et entreprend maladroitement de masser ma peau endolorie par les nœuds. Son pouce sursaute, comme détraqué. Ses yeux éclatants visent le fond des miens, deux canons automatiques prêts à tirer au moindre mouvement. Elle me demande :

— C'est une habitude, chez toi, de te donner tout entière à de parfaits inconnus ? Il y en a eu combien, avant moi ?

— Une fois. L'été dernier. J'ai cru aimer quelqu'un. J'ai cru que c'était ce que je voulais. Mais je suis comme ça, dans le fond : j'idéalise tout ce que je désire, je me persuade que l'amour est le remède aux maux de l'humanité. J'ai envie d'y croire, vraiment. Mais en définitif, je ne fais que me mentir. J'ai construit cette muraille entre l'âme-sœur et moi. Je suis infâme, Awa. Et je n'ai que toi. Il n'y a que toi qui puisse m'accepter comme je suis. Je ne dis pas que c'est facile. Je sais bien que tu ne m'aimes pas. Moi, j'essaye de t'aimer, quand bien même le mécanisme qui te sert de cœur reste rouillé et froid ! J'essaye vraiment, tu sais...

Ainsi je déroge au mystère et à la poésie, j'ôte le masque de la séductrice comme celui de la soumise, les larmes au bord des yeux, pour me livrer plus franchement que jamais depuis longtemps. Et c'est avec une approximation inhabituelle qu'Awashima vient essuyer mes pleurs. Voilà que l'improbable se produit : elle me prend dans ses bras et m'étreint. Son corps demeure lisse et froid, inchangé. Pourtant, je sens dans ses caresses timides qu'elle essaye d'atteindre quelque chose en moi qui jusqu'alors lui est demeuré inaccessible ; mon âme authentique.

— C'est normal de douter de soi, Luna. Je vais te délivrer de ce fardeau, je te le promets.

Et Awashima de resserrer ses bras pour m'attirer contre elle. Nous basculons, enlacées, sur les draps de satin. Sa langue glisse sur mes lèvres avant de venir chatouiller la mienne et sa main se fraye fougueusement un chemin jusqu'à mes cuisses. Tandis qu'elle me retient par les cheveux, mon amante plonge en moi ses phalanges raffinées. Soutenant la cadence, elle polit mes muqueuses et alors, s'affairant à un rythme effréné, sa chair brûle la mienne jusqu'à m'arracher un hurlement d'extase. Non satisfaite, ma maîtresse me mord la lèvre et guide ma main jusqu'au creux de ses jambes. De sa propre initiative, elle m'introduit en son temple intérieur, confrontant mes ongles biscornus à l'architecture sans faille de sa matrice.

— Pas un pli. Pas une aspérité. Comment peux-tu être aussi parfaite, dis-moi ?

— C'est la juste compensation de ma stérilité. Heureusement, je n'engendrerai jamais rien d'aussi abominable que moi.

Ses ongles aiguisés pincent mon téton.

— Plus fort, murmure-t-elle. Écorche-moi aussi fort que moi je peux te blesser.

Obéissant à son commandement, je presse les doigts contre la voûte lustrée de sa chapelle utérine et, de toutes mes forces, j'entreprends d'en user la structure. Coup après coup, griffe après griffe, je grave mon être dans sa chair, là où seul un contact lascif pourrait le déceler. À mesure que j'imprègne son intimité de mes propres désirs, je me persuade que j'écaille la porcelaine fragile de son corps de poupée ; que je la contrains du bout des doigts à se dévoiler à moi comme je me suis livrée à elle.

Ô Pandore ! Au nom de tous les maux que tu as semés en moi, je n'aurai de cesse de te briser, de sorte que jamais tu ne pourras te passer de moi pour recoller les morceaux. L'Espérance, que moi seule puis caresser dans ton écrin secret, ne trouvera d'écho à tes yeux en nulle autre que ton esclave dévouée. Ainsi je détruis rageusement l'autel – son hymen – et incendie son temple.

Je la sens se crisper, et aussitôt je sais qu'elle a baissé sa garde, levé ses barrières de protection ; qu'elle a accepté de recevoir en elle la douleur de même que le plaisir. Convaincue par mon obédience exemplaire qu'elle exerce sur moi les pleins pouvoirs, Awashima s'est finalement abandonnée à moi. Elle expulse, suffocante, les effluves du brasier dans un soupir grinçant. Tandis que mes doigts fouillent sans relâche ses rouages organiques à la recherche du levier qui la fera imploser, il me semble que son corps vibre de tous les engrenages qui, bloqués en son sein, crissent de leurs innombrables dents. Enfin, déchirant une ultime tapisserie, j'initie la destruction automatique et ma maîtresse explose en un cri de jouissance.

Digne monnaie de ma pièce, mes tétons saignent sous la pression des ongles de ma belle automate, déréglée par l'éclosion dans la machine d'une germe d'envie primitive.

— Te voilà rassurée, ma Luna ?

J'acquiesce. Désormais, le jeu peut reprendre, dans la confiance mutuelle la plus totale.

Poignets et chevilles retenus dans les sangles de la lourde croix noire qui décore le mur de la chambre, je m'accroche au souvenir du con mutilé d'Awa, tandis qu'elle maltraite mes parties sensibles du bout de son plumeau. Elle lève les yeux sur moi et, à travers les cheveux qui me tombent sur le visage, je décèle un regard de défi. Elle brandit une chaîne aux extrémités de laquelle se balancent deux petites pinces.

— Tu te souviens de mon mot de passe... salope ?

— Évidemment.

Elle approche la première pince de mon sein et la referme sur mon téton éraflé. Je me mords la langue, dans l'espoir d'étouffer un gémissement. Le rire au bord des lèvres ouvertes, je soutiens son regard. Elle hausse les sourcils et opine d'un air satisfait. Déjà, il me tarde de connaître ma punition.

Les hommes seuls, de toutes les créatures raisonnables, ne peuvent s'entendre, bien qu'ils aient l'espérance de la Grâce divine, Dieu proclamant la paix, ils vivent néanmoins entre eux dans la haine, l'inimité et les querelles [...] ¹

_______________________________________________

1 John Milton, Le Paradis Perdu, Livre II

ANNEXE / Arbre généalogique de la lignée des Gouverneurs d'Elthior :

https://64.media.tumblr.com/9c019a040495d6d30501559ca052467b/da755d03d5c637f7-dd/s540x810/e6bf9a83a3ffd9af8b46608e99d6ff31fa850de6.jpg

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Le texte ; les choses.
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Mais c'est sans doute dans l'œuvre de JMG Le Clézio que le statut de l'objet prend une dimension non seulement originale, mais aussi une profondeur singulière. Car Le Clézio (et ses personnages) observent le monde d'un regard de myope, au travers duquel tout devient démesuré, où les sensations sont démultipliées par une propension naturelle à l'hyperesthésie, à une extraordinaire déflagration de la conscience. Dès lors la page blanche apparaît comme la métaphore du vide qu'il convient de combler. Car il y a urgence à créer du langage, à saturer de mots un univers qui, autrement, deviendrait "concentrationnaire". Décrire avec fièvre le tout du monde, aussi bien les publicités de vieux journaux, que des noms inconnus, le contour d'une pièce, la spirale d'une peau d'orange. Car tout peut être convoqué pour élever des digues contre l'absurde, aussi bien "l'extase matérielle" qui, souvent, débouche sur une manière d'émerveillement, de vision du monde primitive, à la manière du sauvage ou bien d'une naïveté tout enfantine. Parvenir à une transcendance matérielle dont les racines puisent au profond de l'expérience sensible.
"Le doux paysage serein, propre et lumineux qui doit exister derrière les choses."
("L'extase matérielle").
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