35.2

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Je garde les yeux braqués sur le mystérieux cocktail que m'a servi Jeringa. Je n'ai toujours pas osé y tremper mes lèvres.

— Un petit effort, Jewel, dit-elle doucement. Ça ne va pas te tuer.

Ça ne va pas me tuer ! J'ai déjà l'impression d'être morte à l'intérieur. Mes boyaux sont tout retournés et, dès que j'essaye de faire abstraction de la douleur qui cogne dans mon ventre – plutôt comme l'écho d'une douleur dont mes chairs se sont imprégnées durant les dernières heures et qui maintenant a l'air de vouloir faire partie de moi pour le restant de mes jours – j'ai l'impression que la pourriture se répand sous ma peau, à l'abri, comme un champignon vorace qui, à la longue, sans se faire remarquer, va finir par m'étouffer, et finalement par me dissoudre.

— Je veux rentrer chez moi.

— Ça, mon bijou, ça ne va pas être possible, me répond calmement Jeringa. Tu es sous contrat maintenant. Tu appartiens au Temple pour les cinq prochaines années.

Un étrange dépôt stagne dans le fond de mon verre. Sans plus rien dire, je me repasse mentalement les images de la maison où j'ai grandi – mon chez moi – et que peut-être je ne reverrai jamais. Je me souviens de mes sœurs, des jeux auxquels nous jouions, des disputes innocentes que nous avions à l'époque.

J'étais jalouse d'Adoria, de la facilité avec laquelle elle pouvait sans même s'en rendre compte capter l'attention des garçons qui me remarquaient à peine. Mais je l'aimais aussi, ma sœur et ma meilleure amie qui, parce que nous étions à la fois si différentes et si proches, me supportait mieux que quiconque, sans jamais me juger ou se moquer de mes mésaventures, même pas des plus idiotes. J'adorais les rares fois où nous portions les mêmes vêtements ; le rendu sur l'une et sur l'autre n'avait jamais rien à voir.

J'admirais Luna : sa beauté singulière et ténébreuse, cette pointe de malice qui pétillait en permanence dans ses pupilles, comme un feu qu'on ne peut pas éteindre, une sorte d'étincelle inquiétante et magnifique à la fois. Je l'admirais et elle demeurait pour moi une énigme ambulante ; apaisante et secrète comme un parfum entêtant, capté à la volée, dont on ne parvient pas à saisir les essences.

Cerise m'apaisait. Par sa douceur – la douceur de ses traits, la douceur de ses gestes et celle de ses mots, toujours réconfortants – mais aussi par son parfum ; une senteur fleurie à la fois légère et enivrante. Je crois que la douceur bienveillante et le parfum chaleureux de Cerise m'ont toujours renvoyée au lointain souvenir de la tiédeur maternelle – ce que j'imaginais être un souvenir. C'est pourquoi, je pense, nous avions toutes tendance à nous reposer sur elle comme sur une mère, ou plutôt une nourrice.

Emmanuelle m'impressionnait, forte de sa détermination à toute épreuve. Elle avait ce genre de négligence soignée. Elle donnait l'air de ne s'intéresser qu'à ses lectures et à ses questionnements innombrables, mais en réalité Emma était coquette sans le savoir. Elle n'avait pas besoin d'y réfléchir pour marier les couleurs de ses vêtements comme il se doit. Combien de fois l'ai-je vue, plongée dans un livre sur le canapé, passer la main dans ses cheveux pour se recoiffer, devinant d'instinct que certaines mèches avaient besoin d'un petit ajustement ! Elle ne laissait jamais les émotions la submerger – ou du moins ne le montrait-elle jamais. Même dans les moments critiques, même lorsque ce jour-là il a fallu qu'elle descende au sous-sol et qu'elle inspecte le cadavre de Papa, je ne l'ai jamais vue paniquer.

Eugénie non plus ne paniquait jamais. Mais pas pour les mêmes raisons. Son sang-froid à elle n'avait rien du calme fiable et rassurant d'Emmanuelle. Une agitation discrète faisait tout le temps vibrer Eugénie, une sorte d'excitation violente à la limite de l'inhumain, une excitation qui lui crispait les membres et lui fermait le visage. Toujours tirée à quatre épingles, je me suis souvent dit qu'elle gâchait un sacré potentiel en s'enfermant de la sorte dans un style aussi rigide. J'avais pour habitude d'habiller et de coiffer mentalement les membres de mon entourage – l'un de mes passe-temps préférés. Je m'inspirais de tenues vues dans les magazines ou sur des photos de défilés. Eugénie était la base de nombreuses créations imaginaires ; des heures de relooking intensif qui la métamorphosaient en véritable femme fatale. Il m'est souvent venu à l'idée qu'Eugénie était peut-être un androïde, et pas l'un des mieux imités. Ça ne me surprendrait plus à l'heure qu'il est. À vrai dire, il n'y a que ses excès de colère qui me paraissaient trop brutaux pour être ceux d'une machine qui, en principe, n'a pas de sautes d'humeur.

Nolwenn agaçait Eugénie. Elle m'agaçait et m'attendrissait tout à la fois, avec sa curiosité sans limites. Elle nous suivait partout, comme un petit animal. Elle avait beaucoup d'un petit animal – d'un chaton, à tout hasard. Elle posait sans cesse un tas de questions et ce qui m'énervait le plus, je crois, c'était généralement de ne pas connaître la réponse. Tout ce que je pouvais lui apprendre concernait la mode et le maquillage. Et bizarrement, même à ce sujet, Nolwenn se montrait curieuse. Elle me demandait des conseils de beauté, elle, l'enfant déguisée dans un corps de jeune femme, avec ses joues de fillette et ses airs innocents, avec ses grands yeux débordant d'enthousiasme et sa bouche pleine de rires ; elle donnait l'impression de vouloir se tenir prête pour le jour où peut-être l'adulte en elle se révélerait.

Faustine m'effrayait. Elle était comme le fantôme qui hantait la villa ; silencieuse et immobile pendant des heures, comme un mannequin dans une vitrine, comme une statue de cire, ses yeux à moitié fermés qui avaient l'air de vous suivre partout. Personne ne savait ce qui l'occupait, sur quoi son attention pouvait bien se porter. Dans ces moments-là, elle gardait l'air absent, comme si elle avait en fait été en train de regarder à l'intérieur d'elle-même ; des heures entières tournée vers son petit monde intérieur, secret, comme elle. Parfois, en bon fantôme, elle ressentait le besoin de manifester sa présence, alors c'était comme si un court-circuit la faisait disjoncter. Tous les plombs pétaient, dans une violence exceptionnelle. Les crises de folie de Faustine, nous avions tous fini plus ou moins par nous y faire. C'est arrivé qu'elle casse quelques-unes de mes affaires, mais elle ne s'en est jamais prise à moi personnellement. Ses crises n'étaient pas ce qui m'effrayait le plus chez elle. Ce qui me faisait vraiment peur, c'était qu'elle était singulièrement banale. C'est vrai, la blancheur laiteuse de sa tignasse, la clarté rosâtre de ses iris et l'aspect de porcelaine de sa peau en étonnaient plus d'un. Mais j'y étais trop habituée pour en être frappée et, cette pâleur mise à part, Faustine était d'une banalité terrifiante : les traits doux, presque effacés, le regard terne et une silhouette parfaitement quelconque ; une banalité anormale. Mon œil expert ne pouvait pas s'y tromper : pour atteindre un pareil degré de platitude, il fallait le vouloir et s'acharner quotidiennement à avoir l'air banale. Deux choses nous différenciaient foncièrement, moi et Faustine. Moi, je soignais mon apparence pour qu'on me remarque alors qu'elle se maquillait uniquement en vue de passer inaperçue. Moi, je détestais les pommes, et elle en raffolait.

L'après-midi touchait à sa fin quand j'ai atteint l'adresse fournie par le vieux Sancho ; une maison de quatre étages dont la devanture chargée semblait sur le point d'exploser, étriquée entre les deux façades mitoyennes. Numéro 64, Donkey Street, une ruelle sombre de la vieille ville. Le genre de ruelle dont les maisons raffinées évoquent une lointaine richesse mais qui toutes ou presque paraissent abandonnées. Le pavement au sol est fissuré de partout et les bâtisses sont si hautes qu'en levant les yeux on peut à peine entrevoir le ciel. Sur Donkey Street, les bâtiments occupés se comptent sur le bout des doigts : une boutique de prêt-à-porter de luxe qui fait le coin, à l'entrée de la rue ; le Temple de Venus qui porte le numéro 64 ; la maison juste en face, avec des rideaux en dentelle et un chien en faïence qui monte la garde sur le balcon ; et enfin, au bout de la ruelle, une étrange vitrine où sont exposés des friandises et des animaux empaillés.

Je suis restée plantée un moment devant le numéro 64, peint en lettres gothiques sur le verre d'une vieille lanterne. La façade du Temple de Venus est décorée de colonnes romaines – apparemment en marbre véritable. Au milieu, en haut de trois marches, se découpe une grande porte de bois intégralement sculptée. Sur le battant gauche, on peut voir un relief représentant une femme nue aux courbes généreuses et à la poitrine ferme. La beauté se prélasse sensuellement, assise dans un coquillage, une jambe étendue prête à caresser le sol du pied. Ses longs cheveux en fils d'or – de l'or véritable – glissent sur son épaule. Elle a le nez grec et le regard perçant. Elle tend la main, face vers le ciel, en direction de l'autre battant. Le battant de droite est orné d'une foule de jeunes femmes, plus petites, toutes dénudées et divinement belles. Toutes semblent se presser vers cette femme – cette déesse – les bras levés vers le ciel comme pour saisir un présent. Ce présent, c'est un fruit : une pêche bien ronde sculptée à cheval sur les deux battants, la queue pointée vers la déesse et la fente du dessous tournée en direction de la foule des femmes. Le cadre de la porte est sculpté lui aussi, évoquant les branches fleuries de l'arbre dont provient le fruit offert.

Plutôt inhabituel comme décoration, ai-je pensé. Mais après tout pourquoi pas ? Si les romains avaient lu des magazines, ils auraient sans doute demandé à leurs déesses de poser en couverture. Les top-modèles incarnent un idéal de beauté féminine, exactement au même titre qu'une Venus antique !

J'ai inspiré bien fort, j'ai serré les poings, et je me suis finalement décidée à appuyer sur le bouton de la sonnette : un petit interrupteur incrusté entre les pétales d'une fleur de pêcher.

Le battant droit s'est ouvert en grinçant. L'obscurité du hall d'entrée a englouti la foule des femmes sculptées dans le bois. Un visage froid m'est apparu, celui d'une jeune femme de petite taille habillée en soubrette. Ses cheveux étaient roses et ses yeux blancs. L'iris et la pupille, tous les deux blancs comme de la nacre. La jeune femme souriait ; un sourire sans aucune émotion. J'ai compris qu'il s'agissait d'un androïde.

— Que puis-je pour vous ? a demandé le robot d'une voix rêche.

— J'aimerais parler à un certain Boss. Est-ce qu'il est ici ?

— Comment pourrait-il être ailleurs ?

Je n'ai pas compris le sens de sa réponse. Comme elle m'invitait à entrer dans le hall, je l'ai suivie à l'intérieur. La lourde porte sculptée s'est refermée derrière moi. Dans le hall, il faisait noir comme en pleine nuit. L'androïde s'est excusée en m'expliquant que, pour des questions d'économies, les lumières des espaces ouverts du Temple ne fonctionnaient que le soir. Je n'ai pas cherché à comprendre ce qu'était un « espace ouvert ».

Je n'ai pas cherché à comprendre une seule des bizarreries que j'ai croisées par la suite. Nous avons remonté un long couloir, lui aussi plongé dans le noir. Le robot a allumé ses yeux, alors devenus deux lampes torches qui éclairaient notre chemin. J'ai pu voir plus distinctement les portes le long des murs. Chacune avait été placardée d'un écriteau « Privé » sous lequel, à même le bois, était gravé une inscription. « Aquarium », « Office », « Chambre-à-la-demande » ou encore « Suite nuptiale ». J'ai demandé si ces pièces servaient aux photo-shoots, ce à quoi l'androïde s'est contenté de répondre en répétant :

Shoot ! Shoot !

J'en ai conclu qu'elle était déréglée. Les problèmes financiers de la maison n'avaient visiblement pas impacté que le budget luminaires !

Au bout du couloir, l'androïde m'a introduite dans le bureau du fameux Boss.

— Une demoiselle pour toi, a-t-elle dit.

Puis elle est sortie de la pièce en refermant la porte.

C'est comme ça que j'ai rencontré Boss. Il était assis à son bureau – un meuble en chêne massif – en train de jouer à un jeu vidéo. À moitié allongé sur sa chaise, il avait les pieds posés sur le meuble, les semelles de ses baskets impeccablement blanches à même le bois vernis. Il portait sa chemise ouverte sous son blaser en cuir noir, un collier de perles en bois et un petit bouc soigneusement taillé. Ses cheveux étaient rabattus en arrière, figés dans une solide couche de gel. En-dehors d'un nez busqué et d'une petite bouche tordue par les mimiques, je ne distinguais pas grand chose de son visage, caché derrière d'épaisses lunettes de soleil – l'un des modèles limités de l'année 2106 signé Antonio Dergodi.

Boss a levé la tête de son écran et m'a dévisagée.

— Que veut donc la demoiselle ?

Au moment d'ouvrir la bouche, je me suis emballée. Mon cœur s'est mis à battre très fort. Je n'avais jamais été aussi proche de mon objectif, ce n'était pas le moment de se laisser démonter !

— Je viens pour... Euh... Enfin... On m'a dit que peut-être je pourrais travailler pour vous.

Je me sentais ridicule. Boss a rajusté ses lunettes sur son nez. J'ai cru distinguer une petite cicatrice au niveau de son œil droit.

— Travailler pour moi ? a-t-il répété. Pour le Temple, plutôt. Je vois. Tu manques d'argent, petite ? Crois-moi, des salopes désespérées, j'en vois souvent passer. Je n'ai pas de temps à perdre avec des filles comme toi.

J'étais désespérée, ça oui. Désespérée d'être rabaissée plus bas que terre avant même d'avoir eu l'occasion de me vendre comme il se doit ! Je lui ai dit que je ne savais pas ce qu'il entendait par « salope désespérée », mais que ce n'était pas moi. J'ai dit que j'étais une fille honnête et que j'étais prête à tout pour travailler pour le Temple. J'ai répété que j'accepterais de faire n'importe quoi pour travailler dans cette agence. Grosse erreur.

Boss a esquissé un sourire, a rajusté ses lunettes une nouvelle fois, puis il s'est levé. Derrière ses verres teintés, il m'a semblé qu'il me scrutait minutieusement. Il m'a demandé pourquoi j'avais choisi cette agence plutôt qu'une autre. J'ai répondu sans réfléchir :

— Je connais Sancho Marquez, c'est lui qui m'a parlé de vous.

— Oh, ce bon vieux Sancho ! Suis-moi, petite, on va voir si on peut faire quelque chose de toi.

Il s'est levé. La boutonnière de son pantalon était défaite, et je me suis demandée s'il jouait réellement à un jeu vidéo avant de me recevoir...

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Le texte ; les choses.
Le surgissement de l'infime et de l'inaperçu est une des marques de la culture actuelle que l'on pourrait qualifier de "métamoderne", tant cette dimension sort radicalement des sentiers habituels de la création. Quelques références poseront le cadre nécessaire à leur juste perception. Si, dans la littérature dite classique, les choses ne jouaient guère qu'un rôle de décor "de surcroît" permettant de poser le contexte dans lequel se développait une narration, il en va bien autrement dans une perspective contemporaine.
Dans le domaine des arts plastiques, Arman, grâce à ses "Accumulations", mettait l'objet en situation afin de le désigner comme extension, prolongement de l'humain. Tàpies, quant à lui, en faisait l'inscription du temps à même la matière.
Dans "Le parti pris des choses", Francis Ponge, souhaitant "fonder (le mot) en réalité", ne cherchait qu'à révéler la puissance du langage dans ses rapports avec le monde concret. Philippe Jaccottet faisait un travail sur l'exactitude de la parole qui devait mettre en valeur perçu et ressenti face aux choses vues, tout en préservant l'émotion dont elles étaient investies. Le Nouveau Roman, grâce à de méticuleuses descriptions, détachait les objets de leur usage et en faisait la préoccupation même de l'écriture. Alain Robbe-Grillet souhaitait appréhenderles choses "comme elles sont". L'objet reprenait tout son pouvoir, simplement "celui d'être là" selon les termes de Roland Barthes.
Mais c'est sans doute dans l'œuvre de JMG Le Clézio que le statut de l'objet prend une dimension non seulement originale, mais aussi une profondeur singulière. Car Le Clézio (et ses personnages) observent le monde d'un regard de myope, au travers duquel tout devient démesuré, où les sensations sont démultipliées par une propension naturelle à l'hyperesthésie, à une extraordinaire déflagration de la conscience. Dès lors la page blanche apparaît comme la métaphore du vide qu'il convient de combler. Car il y a urgence à créer du langage, à saturer de mots un univers qui, autrement, deviendrait "concentrationnaire". Décrire avec fièvre le tout du monde, aussi bien les publicités de vieux journaux, que des noms inconnus, le contour d'une pièce, la spirale d'une peau d'orange. Car tout peut être convoqué pour élever des digues contre l'absurde, aussi bien "l'extase matérielle" qui, souvent, débouche sur une manière d'émerveillement, de vision du monde primitive, à la manière du sauvage ou bien d'une naïveté tout enfantine. Parvenir à une transcendance matérielle dont les racines puisent au profond de l'expérience sensible.
"Le doux paysage serein, propre et lumineux qui doit exister derrière les choses."
("L'extase matérielle").
Car le sens est à trouver partout, indéfiniment, les choses disposant tout contre nous leur langage secret. Celui, par exemple que Paoli, dans "La fièvre", fait tenir à un objet du quotidien, l'explorant sous toutes ses coutures :
"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".
Surgissement, à partir du simple, du menu, de l'insignifiant, d'une perspective ontologique dont l'homme ne saurait faire l'économie qu'en acceptant de vivre sur le mode du "on", de l'inauthentique.
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