Episode 25.1

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Emmanuelle

Je passe mon badge devant le détecteur pour ouvrir la porte. Quatre murs blancs. Une large fenêtre. Un haut plafond dans lequel sont encastrées des ampoules à diodes. Deux bureaux, de part et d'autre de la vitre. Une large penderie et une étagère fixée au mur de droite. À gauche, deux couchettes superposées. Voilà à quoi ressemble notre chambre, aussi impeccable qu'impersonnelle.

Je me laisse tomber sur le lit du bas. Cette première journée à l'Académie a été épuisante. Passionnante, mais épuisante. Luna défait son corsage et s'installe sur le lit d'en haut. Les jambes accrochées à la rambarde. La tête en bas, face à moi. Un soupir fatigué. Ses grandes ailes velues se déplient dans son dos. Luna s'enroule dedans. Elle ouvre la bouche et j'aperçois ses canines pointues.

— Félicitation, Emma. Tu as vraiment eu une idée de génie. Je ne m'attendais pas à ce que tu sois si réactive.

— Tu devrais remercier Adoria. Ça fait des années qu'elle nous bassine avec l'Académie. C'est en croisant son regard que j'ai su comment faire avancer les choses. C'est elle qui sans le savoir m'a donné cette idée de génie.

— Je la remercierai, un jour. Pour le moment, mieux vaut rester discrètes quant à notre petite entreprise.

Elle laisse tomber ses longs bras pâles et tend les doigts en direction du plancher :

— À présent, nous sommes à Elthior.

— Oui, nous y sommes.

« Les réponses ne sont pas ici, Emma, et tu le sais. » C'est ce que m'a dit Luna dans le salon, hier après-midi.

Luna laisse souvent parler son intuition, et elle se trompe rarement. En ce qui me concerne, je préfère me servir de ma tête avant de prendre des décisions inconsidérées. Pourtant, hier, il ne m'a pas fallu longtemps pour peser le pour, le contre et admettre que Luna avait raison.

Nos sœurs ne sont pas au courant. Elles ne se doutent de rien. Nos études à l'Académie ne sont pour ainsi dire qu'un prétexte, une couverture. La véritable raison de notre venue, à Luna et à moi, c'est le meurtrier de Papa. Nous n'avons pas eu le temps d'en discuter sérieusement toutes les deux, mais Luna et moi partageons la même conviction : le tueur n'est pas l'un de nos voisins. Les pêcheurs de Puertoculto, bien qu'ils se méfient de nous, ne nous ont jamais fait le moindre mal. Bien sûr, il se pourrait que ma visite imprévue ait changé la donne. Je persiste à croire qu'ils n'auraient pas osé venir jusque chez nous. Toutes ces années passées à nous regarder d'un œil craintif. Personne ne retournerait sa veste aussi rapidement. Visiblement, Luna est du même avis : qui que soit le coupable, il y a fort à parier que nous retrouverons une trace de son passage sur l'Île d'Elthior. Je lève la tête vers elle :

— Faisons le point. Papa a été empoisonné avec de la datura. On a actuellement trois certitudes. La première : ce n'était pas un suicide. La deuxième : la plante utilisée ne provient pas de la serre. Reste à trouver où l'assassin a pu s'en procurer. La datura, ce n'est pas franchement commun dans l'archipel. La troisième : le meurtrier a eu l'intention de nous faire porter le chapeau. Il est donc au courant de notre existence. Impossible de savoir jusqu'où il est informé à notre sujet.

— Tu penses qu'il sait, à ce propos ?

Luna bat des ailes dans le vide.

— Peut-être. Si c'est le cas, ça nous donnerait déjà une vague idée du mobile.

— Admettons. L'assassin sait que Magnus fait des expériences douteuses sur huit adolescentes et décide de le supprimer. Pourquoi ? Je doute qu'il ait eu l'intention de nous venir en aide. Le plus probable, ce serait qu'il ait prévu de nous faire disparaître, nous aussi. Ou peut-être de nous utiliser. Dans ce cas, pourquoi nous avoir laissées à la villa ?

Je souris. L'intuition de Luna ne lui a pas livré la clé de ce mystère. Je m'empresse d'éclairer sa lanterne :

— Partons du principe que l'assassin a agi seul, d'accord ? Seul face à huit hybrides, ça peut paraître un peu risqué. Évidemment, cela suppose aussi qu'il ignore que nous venons de découvrir nos pouvoirs. Admettons maintenant que le coupable ait à sa disposition tout un réseau de complices et qu'il sache que nous sommes sans défense. Il nous élimine toutes, ou bien il nous enlève pour exploiter nos aptitudes. Que risque-t-il, alors ?

— Quelqu'un signalerait notre disparition.

— Exactement. Sancho, un habitué de l'île ou les collègues de Papa auraient forcément fini par remarquer notre disparition. Même si ce qu'a fait Papa n'avait rien de très légal, nous kidnapper ou nous tuer ne l'aurait pas été davantage. Le meurtrier a dû avoir peur de laisser une piste trop évidente. Mais alors, il a une idée brillante : il tue Papa et nous épargne. Il nous laisse là, à la villa, en parfaite santé, avec un cadavre sur les bras. Un cadavre dont l'estomac est barbouillé d'un poison que l'une d'entre nous cultive. À ce moment-là, il suffit d'attendre que quelqu'un contacte la police. Nous, paniquées par la mort de Papa, qui ne nous doutons pas de ce qui l'a tué. Ou bien les membres du Bureau de Recherches Aquatiques qui attendent les travaux de Magnus. La police débarque, procède à l'autopsie. Cerise devient le suspect numéro un, et nous autres de potentielles complices. On nous place en garde à vue, on mène une enquête sur nous. Dans la nuit-même, ce qui sommeille en nous depuis tout ce temps se réveille et nos particularités ne sont plus un secret pour personne. Comment tu imagines que les forces de l'ordre réagiraient, devant une chauve-souris de ton gabarit ? Je parie qu'on nous ferait enfermer quelque part. Et encore, on aurait de la chance de ne pas se prendre une balle entre les yeux. On ferait toutes sortes d'expériences sur nous, ça c'est certain. Mortes ou vives, au final, le résultat serait le même : on serait foutues.

Luna pose sur moi un regard admiratif. Elle sourit :

— Je me demande combien de nuits tu as passé à cogiter sur cette affaire, Emma. Nous venons de mettre de sacrés bâtons dans les roues de notre ennemi, n'est-ce pas ?

— En effet, maintenant que nous sommes à l'Académie et que Magnus a repris son travail pour le Bureau de Recherches, le tueur va devoir changer de stratégie.

— Nous avons plutôt intérêt à lui mettre la main dessus avant que lui ne nous retrouve.

Luna a raison. Nous sommes loin d'être tirées d'affaire.

— Tu penses que les autres sont en sécurité, à la villa ? me demande Luna.

— Normalement, oui. Les pêcheurs m'inquiètent un peu. J'étais à Puertoculto avec Cerise, le jour où Papa a été empoisonné. Un type là-bas a parlé d'une sauveuse. Est-ce qu'ils auraient été capables d'embaucher quelqu'un pour faire le sale boulot ?

— Tâchons de le découvrir.

À dix-neuf heures, nous rejoignons Adoria, Roxane et Faustine au réfectoire : une salle spacieuse et lumineuse avec de grandes tables et un self. Il se situe au rez-de-chaussée, sur la façade ouest. On voit l'océan par-delà la baie vitrée.

La nourriture est variée. Tellement de mets sont proposés dans les bacs que chacune d'entre nous compose son assiette de façon différente. Faustine se rue sur la viande : des cuisses de poulet, du porc frit et une côtelette d'agneau. En plus de cela, trois gros œufs crus et une pomme bien rouge. Roxane lui fait remarquer que ce n'est pas très équilibré, mais Faustine lui répond par l'un de ses fameux regards noirs. Roxane baisse les yeux sur son bol de soupe. Luna avale son ragoût en silence. Juste un regard à mon attention, de temps à autre. Adoria comble le silence entre deux bouchées de son omelette au riz. Cette première journée n'a pas entamé son enthousiasme. Moi aussi, je me suis laissée tenter par l'omelette. Sans regret : elle est délicieuse.

Roxane et Adoria nous parlent de leur classe. Apparemment, elles ont rencontré bon nombres de camarades intrigants. Roxane se montre particulièrement critique envers leur déléguée. Cette Dayanara n'a pas l'air d'être une tendre. Adoria semble pourtant bien déterminée à s'attirer sa sympathie. À entendre Roxane, ce ne sera pas une mince affaire.

Personnellement, je n'ai pas prêté particulièrement attention à mes camarades de classe. J'étais bien trop absorbée par les cours. Les premiers cours de ma vie dans une vraie école. Mathématiques. Littérature. Sciences politiques. Et le plus formidable : l'histoire. J'ai lu beaucoup de livres, j'ai vu d'innombrables émissions. Papa m'a même emmenée visiter quelques musées, une forteresse, le port colonial de Lucile et un ancien temple dédié à la déesse Freyja. Cependant, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais entendu un passionné – comme moi – me parler de vive voix de l'histoire de notre archipel, de la Pacification, de la disparition des identités nationales. Je suis restée comme accrochée à sa voix, grave et posée, happée par sa leçon. J'étais heureuse aussi, de constater que le discours de M. Ink allait dans mon sens, de le savoir du même avis que moi : la disparition progressive des cultures ancestrales est un véritable fléau. Il m'a paru triste, aussi triste que moi, à l'idée que ce trésor, la richesse infinie que constituent tous les récits du passé, se retrouve engluée dans une identité commune aussi décousue qu'un patchwork. L'expression favorite de M. Ink tient en quatre mots : « une soupe de disparités ».

Je me souviens du traditionnel bouillon de restes que mijotent chaque été une bande de vacanciers avant de quitter l'Île des Nootaks. Une drôle de bouillie à base de poissons, de fruits de mer, de bananes, de goyaves, avec des racines, des algues, du chocolat, les fonds de bouteilles de lait, de vin, et même la nourriture en poudre.

Cette nuit-là, impossible de trouver le sommeil. Je reste étendue sur mon matelas, immobile, l'esprit agité par des pensées qui se succèdent de manière anarchique.

Où peut bien se terrer le meurtrier de Papa ? Maintenant que nous sommes ici, comment allons-nous le traquer ? Et si nous l'attrapons, comment lui faire payer ? Comment allons-nous vivre, après, telles que nous sommes ?

Je sens une aile saillante déchirer mon dos.

Qu'est-ce que je ferai, une fois que j'aurai épuisé mon stock de gélules ? Et si j'en prenais une ?

Ma vue se trouble.

Et si les autres l'apprenaient, ici, à l'Académie ? S'ils venaient à apprendre ce que nous sommes vraiment, mes sœurs et moi ? Qu'est-ce qu'on ferait de nous ? Et si nous le coinçons, nous ne pourrons pas compter sur la police. Ce serait trop suspect. On enquêterait sur nous. Ils finiraient par tout savoir : les expériences, nos gènes. Des expériences, ils en feront sur nous. Pourquoi ? Pourquoi existons-nous ? Pourquoi avons-nous été créées ? Papa devait avoir une bonne raison, pour faire ce qu'il a fait. Je me demande laquelle. S'il était là, s'il était encore parmi nous, je lui poserais la question. Je suis certaine qu'il aurait une bonne explication à fournir. Il est trop tard, pourtant.

Je sens les pinces tranchantes pousser sous ma gencive. Je ne veux pas de ça !

Un grognement m'échappe. Je porte immédiatement ma main à ma bouche : j'ai presque oublié que Luna dormais juste au-dessus de moi. Je tends l'oreille, mais je n'entends rien. Rien, si ce n'est un faible souffle, régulier. Elle doit être endormie.

Elle pourrait être réveillée, comme moi, les yeux ouverts dans l'obscurité, fixant le plafond. Je pourrais lui demander si elle dort, lui demander comment elle peut accepter si calmement ce qu'elle est.

J'essaye, encore et encore, de rétracter mes ailes, de ranger mes antennes. En vain. Épuisée, je finis par tomber de fatigue, telle que je suis.

Je me réveille en sursaut. Sans raison, me semble-t-il. Aucun cauchemar. Aucun bruit dans la chambre. Il fait froid.

Il me faut quelques secondes avant de me remémorer où je suis, comment sont disposés les meubles dans la chambre. Une fois tout cela remis en ordre dans ma tête, je constate seulement que je suis étendue sur le sol, mes ailes chiffonnées contre le parquet froid.

Je tends les mains devant moi pour me redresser et mon regard, quand je me relève, glisse sur la fenêtre ouverte. Grand ouverte.

J'esquisse d'abord un pas avec l'intention d'aller la refermer. Mais je me ravise aussitôt. Pourquoi ? Si la fenêtre est ouverte, c'est forcément pour une raison. Laquelle ? Je me dirige plutôt vers le lit de Luna. Peut-être qu'elle me fournira une explication. Je trouve sa couchette vide. Le sang fait un tour dans mes veines. Craignant le pire, je cours à la fenêtre et passe la tête par-dessus le rebord pour regarder en bas. Rien. Le parc de l'Académie est silencieux, immobile. Les arbustes impeccablement taillés. Les parterres en ordre. Aucun corps étendu.

Je soupire, soulagée. Cerise et moi, nous nous sommes souvent demandées s'il n'arrivait pas à Luna de mutiler son corps, si les gants ne dissimulaient pas des entailles sur ses poignets, si les ras-du-cou ne masquaient pas des blessures. Parfois, le soir, en allant nous coucher, nous nous arrêtions devant l'escalier de sa chambre. Nous partagions notre inquiétude : l'idée que nous pourrions un jour la retrouver en pièces s'il lui prenait l'envie de se jeter de l'observatoire. Ou de ne jamais la retrouver si elle décidait de sauter du haut d'une falaise. Certains jours, quand Luna rentrait tard, nous redoutions sérieusement qu'elle soit passée à l'acte. En réalité, rien ne nous a jamais permis de penser qu'elle ait des tendances suicidaires. Personne d'autre n'a jamais semblé s'en inquiéter. Ni nos sœurs, ni notre père. D'où est née cette crainte ? Je ne pourrais pas le dire avec exactitude. Il y a chez Luna une sorte de négligence déguisée. Cerise dit qu'elle paraît à l'étroit dans sa propre chair. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'elle tente de s'en défaire.

C'est là que je comprends. Si Luna accepte si aisément son corps métamorphosé, peut-être est-ce simplement parce qu'il ne lui pèse pas plus qu'autrefois. Peut-être est-ce parce qu'au fond il est tissé de la même chair. Peut-être même que cette transformation l'a libérée, qui sait, en déployant son enveloppe jusqu'alors trop étroite.

Je repasse les plis sur mes ailes pour les défriper. C'est comme si je défroissais des pages cornées, comme si je dépliais un filet emmêlé : à aucun moment ne me vient l'idée qu'elles font partie de moi. Sauf quand soudain, sous la pression de mes doigts, un frisson parcourt les nervures et remonte jusque dans mes vertèbres.

Occupée à me lisser les ailes sur le rebord de la fenêtre, je vois tout d'un coup une ombre filer à travers le ciel. Les nuages cette nuit l'ont fait pâlir et l'écran de la nuit à présent aussi terne et lisse que du goudron projette très nettement les contours des silhouettes qui le fendent. Des traînées de vapeur qui s'enroulent les unes aux autres. Des oiseaux de nuit qui filent à tir d'ailes. À tir d'ailes aussi, Luna passe au-dessus des jardins. Où a-t-elle appris à voler ?

Je l'observe un moment, sans me faire voir, sans lui faire signe. Elle monte en flèche, relâche les bras, pique vers le sol et échappe d'une vrille à une chute fatale. Sans arrêt, elle gagne de la hauteur et replonge, gagne de l'assurance et tente le Diable d'un peu plus près. L'échec n'est plus une option pour elle, apparemment. C'est peu rassurée que je finis par regagner mon lit, après un bon quart d'heure passé à la regarder planer, admirant son audace, redoutant son imprudence.

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("L'extase matérielle").
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