Episode 19.1

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Dolorès

Un nouveau fracas retentit. Cette fois, ce n'est pas passé loin. On dirait que la grenade s'est écrasée à quelques mètres de notre tente. Karin me crie quelque chose, mais seul un bruit strident résonne dans mes oreilles. J'ai comme l'impression qu'ils ont réussi à me percer le tympan, ces connards ! J'essaye de me rappeler que tout cela n'est qu'une mise à l'épreuve. Je n'ai aucun intérêt dans cette guerre, moi. Tout ce que je veux, c'est rentrer à la maison.

Quelqu'un approche. Mon instinct ne ment jamais. J'attrape la première arme qui me passe sous la main : c'est un laser à compression. Je m'avance furtivement vers l'entrée de la tente. Être plus rusée que l'ennemi, ne jamais se faire repérer : c'est ça, le secret. Et si l'un de ces salauds se montre, je le descends !

La toile bouge et une silhouette se dessine dans la lumière aveuglante du soleil. Je glisse le doigt sur la sécurité du canon, prête à le débloquer. Alors, dans le contre-jour, je distingue le visage poussiéreux du commandant Ashton. Ashton n'est pas un tendre. Il me prend pour un larbin et, si ça ne tenait qu'à moi, je lui aurais explosé la cervelle depuis longtemps. Mais Maître Kayû dit qu'il faut rester humble. Je respire un grand coup, comme il me l'a enseigné, et je conserve un calme redoutable. Un seul faux pas, et c'est vers moi que l'escadrille pointera les armes. Je veux rentrer à la maison.

Ashton est calme, lui aussi, mais je décèle une tension dans ses yeux. Il a peur. Ils ont tous peur. Pourquoi moi je ne ressens rien ?

— Soldats, dit-il, il faut lever le camp. Ils arrivent, et ils ont de l'artillerie lourde.

— Deux caisses de grenades, une mitrailleuse et cinq canons laser, compte rapidement Karin.

— Martel, ordonne Ashton, les armes à longue portée, dans le sac ! Escalones, prends une caisse de grenades. Chargez tout ça dans le camion. On décolle !

— Et les provisions ? s'inquiète Karin. Et nos fringues ? Et le campement ?

Un nouvel impact fait trembler le sol. Une autre bombe.

— On n'a plus le temps pour ça, tranche Ashton.

Je lance mon canon à Karin pour empoigner le caisson en bois, conformément aux ordres. Aussi vite que possible, nous nous précipitons tous trois en-dehors de la tente. Je pousse la caisse sur la plate-forme à l'arrière du camion puis je m'y hisse à mon tour. Ashton balance la seconde caisse de sorte que je la réceptionne, après quoi il s'empresse de prendre le volant. Le moteur vrombit. Karin nous rejoint avec peine, le sac rempli d'armes qui ballote sur son épaule. Je lui tends la main pour l'aider à grimper et aussitôt le camion s'élance à travers le désert. Karin rampe jusqu'à l'avant du véhicule, toute essoufflée, et se glisse par la trappe dans l'habitacle. Je ne connais Karin que depuis quelques jours. Elle sait tirer, c'est certain, mais je n'ai jamais vu personne d'aussi irréfléchi. Est-ce qu'ils sont tous comme elle, ceux qui sortent des classes Élite d'Europe ? De pauvres inconscients qu'on parachute sur le champ de bataille après une formation éclair ; ils seront les premiers à se faire descendre.

Je me rapproche de l'habitacle. Karin ôte son casque et tire ses cheveux en arrière.

— On a eu chaud ! rit-elle

— T'as encore rien vu, gamine, soupire Ashton.

Karin rit de plus belle. Elle prétend qu'elle est là pour les buter un par un. Elle n'arrête pas de répéter qu'elle libérera le monde de ces chiens. Karin parle beaucoup, mais Karin a juste peur.

Elle tourne le bouton de la radio et notre petite baffle se met à grésiller.

— On capte rien ? demande-t-elle.

Elle tourne le bouton encore et encore. Le grésillement s'atténue puis retrouve son intensité initiale. Non, on ne capte rien au milieu du désert. Karin gémit. Mais qu'est-ce qu'elle est venue foutre dans cette guerre ?

Ashton ne rit pas du tout, lui. Je lui demande où nous allons. La base de Kashi, répond-il, à trente kilomètres de notre position. Le commandant Descombes et ses hommes nous attendent sur place.

Karin continue de tourner le bouton. Soudain, des notes de musique percent le brouhaha des grésillements. Encore un petit ajustement, et bientôt une chanson que je ne connais pas envahit l'habitacle. Karin se réjouit :

— Canal 412 opérationnel !

... Plus l'temps d'hésiter,

Maintenant faut plonger

Et...

Woaw ! Le temps s'accélère

Vitesse de la lumière.

Là dans l'arène,

Non, t'es pas la reine.

Cours, vite, plus vite ! À en perdre...

Je soulève doucement le bas de la toile qui couvre la plate-forme arrière et colle l'œil contre l'ouverture ainsi formée. Alors je vois les corps entassés autour du petit village de Bamoa, les flaques de sang qui stagnent dans le sable bouillant et les décombres noyés dans la fumée. Quelque part, dans les restes de ce qui devait être ce matin encore une maison, un bras jaillit des gravats et s'agite faiblement. Bientôt, j'entends les plaintes ; elles me semblent venir de partout. Je crie à l'intention d'Ashton :

— Il y a quelqu'un de vivant, ici !

— Pas de prise de risque inconsidérée, dit-il fermement.

Je suis sur le point de protester, lorsqu'un énième fracas retentit. Alors, l'œil toujours accolé à la toile du véhicule, je vois les ruines de Bamoa voler en éclats ; des charpentes et des meubles qui s'embrasent tandis que le bras qui s'agitait quelques secondes plus tôt est projeté contre le camion parmi une vague d'autres débris. Prise d'effroi, je recule. Au même instant, Ashton donne un violent coup de volant pour éviter les projectiles et le sac d'armes renversé roule dans ma direction. Une secousse ébranle le camion quand les pneus gravissent de grosses bosses. Je ne suis pas conne, je sais que ce sont des corps.

Quelque chose bouillonne en moi. Je n'ai jamais ressenti ce genre de rage auparavant. Je suis d'un naturel irritable, mais pour la première fois je suis vraiment hors de moi. Je m'empare de la mitrailleuse et je rejoins le bout de la plate-forme arrière. Je pose le canon contre la cloison amovible et, accroupie derrière le rebord métallique, j'amène mon œil face au viseur. Je les vois débouler au loin, des hommes vêtus de noir, voilés dans leurs tuniques dont seuls les yeux dépassent, tandis que d'autres, en équipements, tirent avec des armes à compression sur des corps déjà morts. Bientôt, leurs armes se tournent dans notre direction. La mitrailleuse est chargée. Nos assaillants ne sont plus que des ombres au milieu du désert, des silhouettes sans visages enveloppées dans la poussière, les flammes et la lumière du ciel. Trois véhicules surgissent de derrière une dune. Le sable vole et tourbillonne. Je rabats sur mes yeux les lunettes coincées sur mon casque. Les tirs redoublent. Les impacts pleuvent sur le camion.

— File-moi une arme ! crie Karin.

Je jette le sac à l'avant du camion. Je lui crie à mon tour :

— Monte le son !

— On se calme, les filles, ordonne Ashton. Non, Martel, ferme la fenêtre ! Escalones, reviens vers nous !

— Le son, Karin ! j'insiste.

Je les entends se chamailler dans l'habitacle, puis le volume de la musique augmente et finit par couvrir le son de leurs voix.

Mes lunettes sur les yeux, je regarde à nouveau dans le viseur. La mitrailleuse est chargée. Je tire. Je les vois tomber, les uns après les autres, sous mes coups. J'en manque quelques-uns. Qu'importe.

— Escalones ! hurle Ashton. Dans le camion, c'est un ordre !

— J'en tiens un, mon commandant ! Non, j'en ai deux en ligne de mire. Vous en faites pas, je maîtrise !

— Tu maîtrises rien du tout ; t'es qu'une môme !

Je fais comme si je n'avais rien entendu. Je me murmure à moi-même :

— Garde ton calme, Dolorès...

Une autre nuée de balles crible la carrosserie. Je me recroqueville dans le coin de la plate-forme pour me mettre à l'abri, puis j'ouvre le feu à nouveau. Des hommes armés courent à nos trousses, profitant qu'Ashton peine à manœuvrer entre les murs abattus et les corps démembrés. Des fleuves de sang s'écoulent partout où nous passons. Je n'ai jamais vu autant de sang de toute ma vie. Un type lance une grenade contre le camion. À peine le temps de l'éviter. Le véhicule encaisse un léger impact, puis se retourne. Je m'agrippe au rebord de la plate-forme arrière, les yeux rivés sur la toile qui se déchire au-dessus de ma tête. Le dessus qui devient le côté, puis le dessous, et le côté encore. Ma tête cogne le sol – ce qui était le sol. Mon casque m'évite le pire. Je suis un peu sonnée, mais je tiens encore fermement la mitrailleuse contre moi. Elle est toujours chargée. Alors je roule en dehors du véhicule, emportant avec moi les lambeaux de la toile, et je tire à l'aveugle.

La vie me prend aux tripes

Sans dec', je trip. J'ai le cœur qui palpite !

Je voudrais figer le cours du temps

Juste un instant, un air de faux semblant.

J'ai les yeux qui s'égarent dans ton regard hagard

Et puis soudain trou noir.

Flash-back.

Tsunami.

C'est la vague qui déferle dans mon âme, l'ami !

Woaw ! Le temps s'accélère,

Vitesse de la lumière.

Là dans l'arène,

Non t'es pas la reine.

Cours, vite, plus vite ! À en perdre haleine !

Pourquoi donc tu résistes à l'appel des sirènes ?

Le temps s'accélère,

Vitesse de la lumière...

La musique se poursuit à tue-tête. Des silhouettes foncent tout droit sur moi. Sans réfléchir, j'appuie sur la détente. Elles s'effondrent tour à tour. Aucune pitié. Je tiens trop à la vie. Je veux rentrer à la maison.

— Martel, à couvert ! hurle la voix d'Ashton.

Ils sont en vie et, inexplicablement, je suis rassurée de savoir qu'ils ont survécu. Des pas dans le sable derrière moi. Je reste aux aguets, prête à presser la détente. Ashton et Karin surgissent de derrière la carcasse du camion, laquelle s'embrase presque instantanément. Karin brandit le sac :

— J'ai sauvé les canons ! lance-t-elle fièrement.

Elle s'empare d'une des armes. Ashton empoigne les deux autres.

— Attrape ça, Escalones !

J'attrape le canon au vol et le coince dans la ceinture de mon uniforme. La portée d'un canon est plus longue et sa précision en fait une arme de choix. Mais la mitrailleuse est un instrument de massacre incomparable. Je détestais utiliser ce genre d'armes pendant mes entraînements. Ça ne m'amusait pas de tirer dans le tas. À l'époque, je n'imaginais pas faire face à un jour à un troupeau d'enragés prêts à me mettre en pièces. Je n'imaginais pas ce que c'était, cette guerre. Désormais, je joue dans la cour des grands ; mon orgueil n'a plus sa place ici.

Ashton nous indique une grande dune derrière laquelle nous mettre à l'abri. À son signal, nous nous précipitons tous trois en direction du monticule de sable, contraints de traverser le champ de tir de nos assaillants. Je roule dans le sable pour éviter les balles. La souplesse, répète la voix de Maître Kayû dans ma tête, c'est un avantage que tu auras toujours sur les brutes. Et puis soudain, un choc ; la douleur qui traverse ma jambe et la chaleur du sang qui coule le long de mon mollet. Je sens la bille de plomb, là, coincée dans mon os. Et bientôt, mes muscles sont comme paralysés par l'onde froide du métal. J'ai mal. Je veux rentrer à la maison. Je ne dois pas mourir.

— Escalones ! crie la voix grave du commandant Ashton.

J'ai tout juste le temps de lever la tête. Un colosse armé jusqu'aux dents s'avance vers moi, le sourire aux lèvres. Un sourire qui dit : « Je vais te saigner. ». Mais je ne veux pas mourir. Pas maintenant. Je dois rentrer à la maison. Gechina sera fière de moi. Les gens du village se réjouiront de mon retour et enfin je ferai ce pour quoi je suis née ; je protégerai les miens. Mais si ce salopard me loge une balle dans le crâne, je serai bien incapable de défendre qui que ce soit. En mon for intérieur, j'adresse une ultime prière à Odin, et je supplie les Ases de me garder en vie. Le canon vient se plaquer violemment contre ma tempe. C'est la fin.

Soudain, mon corps s'emballe, presque malgré moi. Je ne veux pas mourir. Sans réfléchir, j'empoigne la cheville de l'homme qui me menace. Je la tire fermement vers moi, et le colosse vacille. Le coup de feu part en l'air. Au même moment, je lève mon arme sur lui. Quelques tirs dans le ventre, au hasard, et me voilà partie, sans plus un regard pour l'inconnu que je viens d'abattre de sang froid. Je m'élance droit devant pour gagner la dune. Ma jambe traîne derrière moi, comme un boulet. Mais qu'importe, je dois vivre. Les salves continuent de retentir dans mon dos. Le ciel bleu du désert est troublé par la fumée. L'odeur âcre du soufre vient me brûler les narines. Je rajuste mon foulard par-dessus mon nez. Bientôt, la douleur est trop forte. Je me retrouve au sol, une fois de plus. Mes bras prennent la relève. Je rampe, à plat ventre dans le sable. De petits projectiles s'abattent sur mon casque. Le métal tinte, comme une cloche qui résonne à la fin du chemin : l'appel du Walhalla. Au-dessus de mon gilet pare-balles, mon gros sac à dos constitue un rempart supplémentaire. Après une éternité, me semble-t-il, à me traîner dans le sable chaud, le sang chaud, la charogne qui rougit au soleil, le nez dans mon foulard pour échapper aux effluves du plomb et de la viande cuite, je roule derrière la dune, la tête contre le genou du commandant Ashton. Comment j'y parviens ? C'est un miracle. Un putain de miracle au beau milieu des enfers !

Karin jette un œil à ma jambe et pousse un cri de dégoût :

— Putain, tu pisses le sang !

La douleur me fait grimacer lorsque je lui réponds :

— C'est rien, ça. Ça me fait pas mal.

Aussitôt, je retire mon foulard et l'enroule autour de mon mollet. Ashton se tourne vers moi pour me prêter main forte, mais je décline son aide. Je suis une grande fille, je sais me faire un garrot. Lui, il est bien plus utile avec l'œil dans le viseur, l'ennemi en ligne de mire. Karin, je lui fais pas confiance pour couvrir mes arrières. C'est un sacré chieur, Ashton, mais je sais qu'il hésiterait pas à se faire descendre pour me sauver la mise.

L'hémorragie s'estompe. C'est le foulard qui prend tout. Il s'imbibe et vire au brun illico. L'étoffe s'échauffe, ramollit, toute douce et toute poisseuse. Soudain, c'est agréable de se vider de son sang. L'hémoglobine bouillonne dans le bas de ma jambe. C'est l'instinct de survie qui traîne son chant de guerre tout le long de mes veines.

Brusquement, me voilà dressée, les coudes enfoncés dans le sable du talus, un canon à bout de bras. Je fais sauter la sécurité et je tire dans le tas. Les lasers transpercent les poitrines de nos assaillants. Le ciel pleut des balles et le sol crache du feu, partout autour de nous. Je pousse un cri de rage. Une onde de choc déferle sur le désert et démembre les hommes. C'est la puissance des armes. C'est ma puissance à moi. Je n'entends plus les Ases dans le chaos de la guerre. La poussière se coagule dans ma bouche, sous mon palais, sur ma langue. Le sifflement aigu reprend dans mes oreilles.

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("L'extase matérielle").
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"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".
Surgissement, à partir du simple, du menu, de l'insignifiant, d'une perspective ontologique dont l'homme ne saurait faire l'économie qu'en acceptant de vivre sur le mode du "on", de l'inauthentique.
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