Episode 14.1

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Nolwenn

Elle m'a frappée. Eugénie m'a frappée !

Elles veulent ouvrir Papa comme un vulgaire bout de viande. Je n'arrive pas à croire qu'il est mort. Ce n'est qu'un autre cauchemar et je vais me réveiller. Je vais me réveiller et Papa sera là, et il me sourira comme il en avait l'habitude. Nous nous assiérons tous autour de la grande table de la salle à manger pour prendre le repas, tout le monde parlera, comme d'habitude, en essayant de se faire entendre, jusqu'à ce que chacun se mette à donner de la voix et que, finalement, on n'entende plus personne. Tout redeviendra normal, dès que je me serai réveillée.

Mais les larmes ne veulent pas s'arrêter de couler. Elles roulent, encore et encore, toujours plus lourdes sur mes joues, toujours plus abondantes. Je ne peux pas m'arrêter.

La joue me brûle encore. Je ne sais pas si ce sont les pleurs, ou alors la gifle que m'a mise Eugénie. J'ai mal. Je sais bien qu'Eugénie n'aurait jamais fait de mal à Papa. Je sais aussi qu'elle ne nous considère pas comme sa famille. Elle est comme ça, Eugénie : elle marche avec sa tête et pas avec son cœur. Peu importe le temps que Papa aura passé à lui transmettre tout ce qu'il savait, peu importe les années qu'on a traversées ensemble ; il ne sera jamais que Magnus pour elle et nous ne serons jamais de véritables sœurs à ses yeux. C'est une idée à laquelle je me fais difficilement.

Je cours, sans m'arrêter, toujours plus profondément dans la jungle. Je voudrais fuir loin, très loin de cette réalité. J'essaye encore de me convaincre que tout cela n'est qu'un très mauvais rêve. Mais je commence à m'essouffler. Et dans les rêves, on ne s'essouffle pas. Quand un monstre cauchemardesque nous poursuit, on est toujours capable de courir plus loin et, quand on se retrouve pris au piège dans un cul-de-sac, on ne sait pas trop comment, on parvient à escalader un mur pour le semer. Échapper à la réalité, on a beau le vouloir de tout notre cœur, c'est une course perdue d'avance.

Un sanglot jaillit de ma bouche. Mes jambes ne peuvent plus soutenir le poids de mon corps, parce que la tristesse qui écrase mes épaules est trop lourde à présent. Je tombe à genoux dans la litière, et des plantes moites suintent sur mes jambes nues. Je pleure, encore et encore. Je tape du poing sur le sol. Je ne sais pas à qui je dois en vouloir, mais je n'ai jamais ressenti autant de colère en moi. Ni autant de tristesse. Je n'ai pas les mots pour décrire le méli-mélo de rage et de désespoir qui fait que mon cœur bat très fort et que mes larmes coulent sans cesse. Je ne sais pas bien où je suis. Quelque part au milieu de la jungle, quelque part où personne ne m'entendra gémir ; près d'un petit ruisseau dont la cascade s'écoule, tranquillement, et me donne l'impression que la nature toute entière veut pleurer avec moi. Bientôt, taper le sol ne suffit plus. Mes mains arrachent furieusement les plantes qui poussent autour de moi. Tige après tige, je les envoie valser. Je sens un cri monter en moi, un hurlement que je ne peux pas retenir à l'intérieur. Je ne peux plus ! Je me redresse et, après une profonde inspiration, je laisse exploser mon méli-mélo sentimental. Un son puissant sort de ma bouche grande ouverte. On dirait qu'il provient d'un endroit, très profond en moi, d'où rien n'était encore remonté jusqu'à ce jour. Le cri est plus grave que ceux que je pousse d'habitude, et il semble ne jamais s'arrêter. Quand finalement mon souffle est trop court pour poursuivre mon hurlement, je me laisse tomber à terre, je roule au sol et glisse dans le ruisseau. Mes mains plongent dans la boue au fond de l'eau. Je serre la vase dans mes poings et la lance sur un arbre, en face de moi. Je recommence. Un nouveau cri monte en moi. Cette fois, accroupie dans le ruisseau, je crible de coups la surface de l'eau. Un poing, puis deux. Et bientôt, même ma tête vient cogner la surface. À chaque fois que je reprends mon souffle, un puissant grognement s'échappe de ma gorge. Je me traîne progressivement vers la rive. Je respire très fort et très vite. La colère ne veut pas retomber. Alors que j'atteins le rivage boueux, je lance une dernière fois l'avant de mon corps contre les vaguelettes du ruisseau. Je me redresse, avec de la gadoue jusqu'au sommet du crâne qui dégouline sur mon visage.

C'est à ce moment-là que je la vois. L'inconnue est plantée devant moi, un peu en retrait dans la jungle, et elle me fixe avec de grands yeux, probablement surprise de me trouver ici. Elle a la peau très pâle, comme Faustine, mais ses cheveux sont encore plus noirs que ceux de Luna. Pareil pour ses iris. Je n'ai jamais vu des yeux aussi sombres ! Elle ne bouge pas, elle ne fait aucun bruit et, sans sa veste jaune vif et son étrange regard, je pense que je n'aurais pas remarqué sa présence.

L'inconnue s'avance doucement vers moi et s'accroupit à ma hauteur

— Est-ce que ça va ? s'inquiète-t-elle.

Je hoche la tête timidement. Les larmes ruissellent encore sur mes joues.

— Ton visage, dit-elle. Tu devrais le rincer.

Sans me laisser le temps de faire quoi que ce soit, l'inconnue plonge sa main dans l'eau du ruisseau. De l'autre, elle me fait lever le menton, puis elle se met en tête d'essuyer la boue qui recouvre ma figure.

— Voilà qui est plus convenable, dit-elle.

— Merci...

J'ai répondu presque à voix basse. Je ne sais pas pourquoi, j'ai un peu honte qu'elle m'ait découverte dans cet état. C'est peut-être parce qu'elle est très jolie, qu'elle se tient droite et qu'elle a vraiment fière allure. Elle paraît sûre d'elle et très délicate malgré son corps musclé. Et moi, je suis là, à patauger dans la vase, avec mes habits sales, mon visage sale, au beau milieu d'une crise d'hystérie. Je dois avoir l'air vraiment pitoyable.

— Tu peux te lever ? demande l'inconnue en me tendant la main.

— Oui...

J'essaye de retenir mes sanglots quand je parle. J'hésite à empoigner la main qu'elle me tend, de peur de couvrir de boue sa peau parfaitement blanche. Mais, devant mon air embarrassé, l'inconnue vient me saisir par le poignet et me tire vers elle pour me relever.

— Merci, je murmure.

— Y a pas de quoi.

Elle fronce les sourcils.

— Est-ce que tu es en train de pleurer ?

— Non, je...

Je fais de mon mieux pour ravaler mes pleurs en reniflant bruyamment. Mais au lieu de s'arrêter, mes larmes coulent de plus belle. L'inconnue fouille dans la poche de son sac et me tend un mouchoir. Elle me sourit, tout en posant sur moi un regard bienveillant.

— Tiens, dit-elle, sèche donc ces larmes de crocodile.

Pendant que je me mouche, elle me prend par le bras et me guide jusqu'à une grosse pierre. Elle me fait asseoir.

— Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-elle. Je peux t'aider ?

Je fais non de la tête.

— C'est très gentil, lui dis-je, mais ce n'est rien, vraiment...

Je renifle une fois de plus. J'ai enfin réussi à arrêter de pleurer. J'en profite pour me présenter.

— Au fait, moi c'est Nolwenn. Et toi ?

— Je m'appelle Dolorès Escalones, lâche-t-elle comme un robot. Je suis...

— Tu viens de Puertoculto, n'est-ce pas ?

— Oui, dit-t-elle. Comment tu le sais ?

— Le nom hispanique. Et puis, surtout, tous les touristes sont partis maintenant. Il reste que les gens qui vivent sur l'île.

Soudainement, l'expression de Dolorès a changé. Je devine de la peur dans ses yeux. Elle me dévisage, comme si elle venait de voir un fantôme.

— Tu veux dire que tu vis ici ? s'assure-t-elle.

— Oui, j'habite sur la colline, avec mes sœurs et...

Dolorès se lève brusquement et recule de quelques pas.

— Tu es l'une des filles du scientifique, c'est ça ?

— Oui, je...

Elle recule encore.

— Est-ce que tu as l'intention de me faire du mal ?

Je me relève à mon tour et m'avance vers elle, les mains en avant, pour lui montrer que je ne suis pas sur le point de m'en prendre à elle. J'essaye de la rassurer :

— Non, bien sûr que non ! Pourquoi je te ferais du mal ? Tu as été vraiment gentille avec moi, et je serais bien incapable de faire du mal à quelqu'un, de toute manière.

— Tu veux dire que tu n'as jamais blessé personne ?

— Non, je ne crois pas.

— Mais, c'est dans ta nature, non ? Je veux dire, ça pourrait arriver, sans que tu le veuilles...

— Écoute, je sais pas ce que vous avez, vous les pêcheurs, mais vous avez l'air de penser que mes sœurs et moi on est des sortes de créatures démoniaques. Je vois pas du tout ce qui vous effraie comme ça.

— Tu ne vois pas du tout ? s'étonne-t-elle.

— Franchement, non. Tu pourrais peut-être m'expliquer ?

Dolorès soupire. Mais je constate que son expression s'est quelque peu adoucie. Elle se rapproche de moi, visiblement convaincue que je n'ai aucune mauvaise intention.

— Voyons voir, réfléchit-elle. Un scientifique vient s'installer sur une île presque déserte avec huit enfants, toutes plus différentes les unes des autres. Avoue que c'est un peu intrigant. On peut imaginer beaucoup de choses...

— Nous avons toutes été adoptées, je lui explique. Papa avait de l'argent et il a décidé de l'utiliser pour nous élever. Un jour, je lui ai demandé pourquoi il nous avait recueillies. Il m'a répondu que personne ne devrait jamais être seul et que, malgré nos différences, chacun de nous avait sa place dans ce monde.

— C'est ce qu'il a dit ?

— Oui. Tu n'es pas d'accord ?

— Si, c'est bien joli, dans l'idée. Mais qu'est-ce qu'il entendait exactement par différences ?

— Le fait qu'on ne se ressemble pas, je pense, comme tu l'as dit toi-même.

— Je vois...

Dolorès a l'air perplexe. Je me sens obligée d'insister :

— Je te promets que je n'ai pas l'intention de te blesser. Tu peux me faire confiance.

— La confiance, souffle-t-elle, c'est surfait ! Ça fait vingt ans qu'ils me disent que vous êtes une menace pour nous, vous autres, là-bas, sur la colline. Et aujourd'hui je te rencontre, toi, et tu es probablement la personne la plus inoffensive que j'ai vue de ma vie. Pourquoi ils essayent de me faire croire qu'une fille toute fragile comme toi menace l'équilibre du monde ?

Je grimace :

— Je n'suis pas toute fragile...

— T'as rien d'un monstre, en tout cas ! Et merde ! Qu'ils aillent se faire foutre avec leurs croyances à la con ! Si c'est toi la grande menace, ils n'ont besoin de personne pour les protéger.

— Pour les protéger ?

— Ouais, ces arriérés pensent que toi et tes sœurs vous êtes le mal incarné. Mais quand je te regarde, maintenant, je me rends compte que vous êtes juste différentes d'eux. Et c'est probablement pour ça qu'ils vous méprisent. C'est de ça qu'ils ont peur. Ça ne leur est sûrement pas venu à l'esprit que, même avec vos différences, vous étiez humaines, vous aussi. Magnus, lui, il devait l'avoir compris.

— Tu connais mon père ?

— De nom, seulement. Un grand scientifique, cela dit. Est-ce que tu accepterais de m'en dire plus sur lui ?

— Je...

À partir du moment où Dolorès a prononcé le nom de Magnus, un poids est revenu écraser ma poitrine et les larmes ont à nouveau jailli de mes yeux. En me voyant pleurer, Dolorès s'empresse de ressortir un mouchoir de sa poche. Mes mains se sont mises à trembler, d'incontrôlables sanglots me secouent. Au lieu de me tendre le mouchoir, cette fois, Dolorès préfère essuyer elle-même mes pleurs.

— Ça va aller, dit-elle doucement.

Elle passe la main derrière mon épaule et caresse ma nuque du bout des doigts pour m'apaiser.

— Je suis désolée si j'ai dit quoi que ce soit de déplacé, s'excuse-t-elle. Est-ce qu'il y a quelque chose à propos de Magnus qui...

— Il est mort !

Les mots sont sortis tous seuls. Je sais que je n'étais pas censée en parler, mais c'était plus fort que moi ; il fallait que ça sorte.

— Magnus est... mort ? bredouille Dolorès.

Elle me serre contre elle pour me consoler. Je laisse aller ma tête sur son épaule. Mes doigts s'agrippent nerveusement à son blouson. Alors que j'explose en larmes au-dessus d'elle, Dolorès passe la main dans mes cheveux, dont quelques mèches sont encore enduites de vase.

— Dans quel état tu es, ma pauvre Nolwenn...

Sa voix est grave, mais elle est douce. Je la connais à peine, mais je me sens en sécurité auprès d'elle. Je comprends très bien pourquoi mes sœurs n'ont pas cherché à me réconforter tout à l'heure : elles essayaient déjà de s'en sortir avec leur propre tristesse, mais elles arrivaient à prendre sur elles et voulaient avant tout chercher à aller de l'avant. Je suis probablement plus sensible qu'elles ; j'ai besoin de plus de temps pour faire mon deuil. Je vois bien que cette autopsie sera nécessaire. Je ne peux juste pas imaginer qu'on éventre l'homme qui m'a élevée pour regarder ses boyaux...

— C'est peut-être bête de te demander ça, dit Dolorès, mais est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? Évidemment, j'imagine que c'est difficile de perdre quelqu'un, surtout un père. Enfin, je n'en ai jamais eu alors... Je ne peux qu'imaginer, bien sûr. Mais tu ne devrais pas affronter ça toute seule. Où sont tes sœurs ?

Je lève les yeux sur elle.

— Elles sont à la villa. En fait, nous nous sommes disputées. Dolorès, est-ce que tu peux me faire une promesse ?

— Quel genre de promesse ?

— Ce que je viens de te dire, à propos de la mort de Magnus, je n'avais pas le droit d'en parler.

— J'ai saisi. Tu ne m'as rien dit.

— Merci...

Je repose ma tête contre son épaule.

— Dolorès ?

— Oui, Nolwenn ?

— Tu as dit que tu n'avais pas de père...

— C'est une longue histoire. Que dirais-tu qu'on aille jusque chez moi ? Le vent commence à se lever, il vaudrait mieux ne pas être ici quand une tempête se pointera. On pourrait discuter de tout ça autour d'une boisson chaude.

Je la connais à peine. J'imagine bien ce que diraient mes sœurs. Tu ne devrais pas la suivre, Nolwenn. Tu lui en as trop dit. Tu ne sais même pas qui elle est. Qui elle est, justement, je suis curieuse de le découvrir. C'est étrange de penser cela, mais Dolorès me rappelle un chiot qu'un couple avait oublié sur l'île, il y a quelques années. C'était un animal bien apprivoisé, qui savait comment donner la patte et faire le beau. Et parce qu'il avait appris que c'était comme ça qu'on obtenait un sucre, il faisait le beau au milieu de nulle part, en espérant qu'une friandise finirait par tomber du ciel. Il était certain que cela fonctionnerait mais, en constatant que ce n'était pas le cas, il avait vite fait de devenir un animal craintif. Quand je l'ai retrouvé dans les bois, il ne savait plus quand donner la patte et il avait tendance à faire le mort dès que quelqu'un passait.

C'est en repensant à ce chiot que j'en arrive à la certitude que je dois suivre Dolorès. J'accepte son invitation.

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"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".
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